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Alerte
Quel avenir pour
l’audiovisuel public au Maroc ? |
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Le Ministre de la Communication
Mustpaha El Khalfi a donné les explications suivantes.
Sur le plan juridique, il s’est référé à l’article 49 de
la loi 77/03 promulguée en 2005, qui stipule que le
gouvernement prépare les cahiers de charges des chaînes
de télévision et de radio nationales. Il rappelle
également le décret de 2008 attribuant au Ministère de
la communication la préparation des cahiers de charges,
la remise au Chef de l’exécutif, qui doit les présenter
pour validation à la HACA (Haute autorité de la
communication audiovisuelle). Le Ministre a affirmé que
ces cahiers de charges ont été préparés en impliquant
les professionnels, les experts, les syndicats, et les
acteurs de la société civile. Il conclue en disant que
ces nouveaux cahiers des charges ont été validés par la
HACA le 29 Mars 2012.
Les principales dispositions de ces nouveaux cahiers de
charges valables pour la période 2012-2014, et qui
doivent entrer en vigueur le 1er Mai 2012, concernent
plusieurs volets. Au niveau de la programmation, les
programmes religieux ont été augmentés de 52 ministres
avec diffusion de l’appel aux cinq prières quotidiennes
et la retransmission intégrale de la prière du vendredi
par les deux chaînes Al Oula et 2M. Au niveau des
langues, les émissions d’Al Oula devraient être en arabe
à 80%, et 20% des programmes de 2M seront en langue
étrangère. Un bilan pondéré des langues à utiliser par
les deux chaînes donne 70% pour l’arabe, 20% pour le
tamazight et 10% pour les langues étrangères. Enfin, la
publicité pour les jeux de hasard a été interdite,
entraînent une perte de recettes pour les deux chaînes
de 27 millions de dirhams.
La divulgation de ces nouveaux cahiers de charges a
entraîné une vive polémique de la part des
professionnels, et également des partis politiques de
l’opposition et même de la majorité. Le Directeur de 2M
Salim Cheikh a qualifié ces nouveaux cahiers de charges
de « dirigistes et qui infantilisent les
professionnels ». Il ajoute qu’ils n’ont pas tenu compte
des remarques importantes des opérateurs autorisés.
Accusant le Ministre de la communication de rétention de
l’information, il considère qu’il ne s’agit pas de
cahiers de charges, mais d’une grille de programmation
qui va bouleverser tout le paysage de la chaîne. Il
plaide la cause des professionnels qui vont perdre toute
initiative de créativité, et tout le savoir-faire acquis
par 2M pendant 23 ans d’expérience. Il prend l’exemple
de la BBC et de France télévisions qui laissent une
grande liberté aux journalistes pour la conception des
programmes et la prise de parole. Il conclue en
indiquant que les nouveaux cahiers de charges exigent
des budgets importants, alors qu’en même temps la chaîne
va perdre des ressources financières équivalant à 25
millions de dirhams, du fait de l’interdiction de la
publicité des jeux de hasard. Le SNPM (Syndicat national
de la presse marocaine) de son côté tire la sonnette
d’alarme quant aux menaces qui planent sur la diversité
et la liberté de création.
Les partis d’opposition se sont également manifestés.
Salaheddine Mezouar du RNI déclare « cette réforme remet
en causse la liberté de créer, et impose un modèle de
pensée unique avec une vision rétrograde du champ
audiovisuel. C’est une approche antinomique qui n’assure
ni diversité de l’offre ni une télévision plus
attractive ». Ahmed Réda Chami de l’USFP réclame un
amendement de la loi de 2003 afin que les cahiers de
charges concernant l’audiovisuel soient présentés et
débattus par le Parlement. Même les partis de la
majorité ont manifesté leur mécontentement. Nabil
Benabdallah du PPS menace de quitter la coalition
gouvernementale en cas d’atteinte aux libertés
fondamentales. Mohamed Ouzzine du Mouvement populaire,
Ministre de la jeunesse et des sports et Président du
Conseil d’administration de la Marocaine des jeux et des
sports, a aussi évalué l’initiative d’El Khalfi « qui
est un Ministre de la communication et non un Mufti ou
un Fqih qui interdit et autorise ». Enfin, un membre du
parti politique du PPS a déclaré « Ce sont des cahiers
de charges que nous considérons comme
anti-constitutionnels, car ils remettent en cause le
principe de l’ouverture consacrée par la Constitution
adoptée le 1er Juillet 2011 ».
En tant que société civile, nous ne pouvons pas rester
indifférents à cette question de l’audiovisuel public
dans notre pays. Tout d’abord, il est regrettable que
ces nouveaux cahiers de charges n’aient pas été discutés
en Conseil de gouvernement. Même si la loi ne le prévoit
pas expressément, le Chef de gouvernement pour renforcer
la solidarité gouvernementale, doit mettre à l’ordre du
jour du Conseil de gouvernement toutes les questions
sensibles. Ceci n’a pas été également le cas lors de la
publication par le Ministre des Transports de la liste
des bénéficiaires d’agréments. Le Chef de gouvernement
qui dispose de larges prérogatives dans la nouvelle
Constitution, doit assurer également la discipline de
ses ministres afin d’éviter les déclarations
tonitruantes. Dans la conjoncture extrêmement difficile,
à la fois régionale et nationale, tout doit être fait
pour éviter une crise gouvernementale qui serait
grandement préjudiciable à notre pays.
Dans ce cas justement de l’audiovisuel public, il est
anormal que seuls 10% du temps soit réservé aux langues
étrangères, alors qu’elles servent majoritairement de
véhicule à notre administration, à nos entreprises, et à
nos universités. On peut s’étonner aussi que la HACA a
validé si rapidement ces cahiers de charges, alors qu’en
tant qu’organe indépendant du gouvernement, elle doit
tenir compte de toutes les composantes de la société
marocaine. L’économie de notre pays est tournée aux deux
tiers vers l’Europe, tant au niveau du commerce
extérieur, du tourisme, des transferts RME, et des
investissements. De plus, trois millions de marocains
vivent à l’étranger, et ne maîtrisent pas parfaitement
l’arabe. Il faut absolument encourager l’apprentissage
des langues étrangères (anglais, français, espagnol,
allemand) pour parfaire l’ouverture de notre pays
explicitement mentionnée dans notre Constitution, sans
pour cela enlever la primarité à nos deux langues
officielles : l’arabe et le tamazight. Il est
aujourd’hui admis que la décision politique, prise sans
préparation dans les années 80, d’arabiser les cycles
primaires et secondaires dans l’enseignement a fait de
nombreux dégâts, dont nos subissons les conséquences
négatives encore aujourd’hui. Certes, le PJD a remporté
les élections législatives du 25 Novembre 2011, mais il
n’a représenté que 27,08 % des voix des électeurs.
Aussi, pour toute mesure touchant au projet de société,
il est indispensable qu’une large concertation soit mise
en œuvre avant toute décision définitive. Pour les
nouveaux cahiers de charges de l’audiovisuel public qui
ne doit entrer en vigueur que le 1er Mai 2012, il est
encore temps de rectifier le tir.
Jawad Kerdoudi
Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales) |
Alerte
Les partis d’extrême
droite européens
dépassent toutes les limites |
Les partis d’extrême droite ont connu en
Europe cette dernière décennie une progression
inquiétante. Ils existent dans pratiquement tous les
pays européens avec une influence différenciée.
Ils parviennent à dépasser 9% de voix dans les diverses
élections en Autriche, Allemagne, Belgique, Danemark,
France, Finlande et Norvège. Les caractéristiques
générales des partis d’extrême droite sont la nostalgie
du passé et la haine du présent, le refus du changement
et l’anti-individualisme. Ils préconisent l’apologie des
élites, la nostalgie du sacré, et surtout la peur du
métissage génétique et de l’effondrement démographique,
d’où leur haine de l’immigration. Ils défendent la
censure des mœurs et sont contre la licence sexuelle, et
se déclarent opposés aux intellectuels qui d’après eux
n’ont aucun contact avec le réel.
On constate ces dernières années et presque partout en
Europe, une concentration de leurs attaques sur
l’immigration en général, surtout celle d’origine
musulmane. Ceci alors que la communauté musulmane en
Europe selon le Pew Research Center ne constitue que 6%
de la population totale. Les reproches qui sont fait par
l’extrême droite à la communauté musulmane sont d’ordre
politique, économique, culturel et social. D’abord, elle
fait l’amalgame entre les attentats terroristes commis
par quelques éléments de l’Islam radical, et la religion
musulmane qui n’a rien à voir avec ces jihadistes. Sur
le plan économique, elle impute l’augmentation du
chômage au fait que les immigrés prennent la place des
nationaux. Sur le plan culturel, elle stigmatise le mode
de vie des immigrés musulmans, qu’elle considère
contraire aux valeurs occidentales. Enfin sur le plan
social, elle se plaint que les immigrés bénéficient
indûment des avantages sociaux, sans aucune préférence
pour les nationaux. Le plus grave, c’est qu’elle met
dans le même sac les immigrés de nationalité étrangère,
avec les binationaux qui ont acquis la nationalité du
pays d’accueil, ou qui y sont nés.
Deux partis d’extrême droite ont malheureusement dépassé
toutes les limites. Il s’agit du Front National en
France où Marine le PEN mène une campagne virulente
contre les immigrés d’origine musulmane. Elle est allée
jusqu’à affirmer dans l’un de ses discours de campagne,
que les jeunes musulmans après une activité sportive ne
se lavent pas pour des raisons religieuses, et que le
viande « halal » présente des dangers sanitaires pour le
consommateur français. Le 30 Mars dernier, elle a tout
simplement réclamé la dissolution de l’Union des
organisations islamiques en France. Elle a enfin déclaré
que si elle était élue « elle prendrait toutes
dispositions nécessaires pour protéger les Français de
la menace islamiste ». De son côté, le parti d’extrême
droit Autriche FPO « Parti autrichien de la liberté » a
diffusé une affiche en vue des élections municipales de
15 Avril 2012 avec le slogan « l’amour de la patrie
plutôt que des marocains voleurs ». Je me sens
personnellement insulté ainsi que tout le peuple
marocain. A juste titre, notre Ministère des Affaires
Etrangères a convoqué l’Ambassadeur d’Autriche à Rabat,
l’a rappelé à l’ordre, et lui a demandé d’intervenir
auprès des autorités autrichiennes par qu’elles prennent
les mesures nécessaires. De son côté, notre Ambassadeur
à Vienne a intenté des poursuites judiciaires contre ce
parti politique.
Il est temps que les hommes de bonne volonté aussi bien
chez nous qu’en Europe réagissent pour stopper cette
dérive des partis d’extrême droite, dangereuse pour
l’avenir de nos relations, et des communautés vivant de
part et d’autre de la Méditerranée. Des efforts sont à
entreprendre par les deux parties. Dans les pays
d’accueil, notre communauté doit s’organiser pour le
strict respect des lois et règlements en vigueur, et
doit veiller à avoir un comportement exemplaire et
éviter toute provocation. Nos Ambassades et Consulats
doivent intensifier leur action pour éviter tout
débordement préjudiciable à notre communauté. Nous
devons condamner plus vigoureusement les actions
terroristes perpétrées sur des civils innocents, et
prendre toutes mesures pour éradiquer les fléaux du
terrorisme et de l’immigration clandestine. Nos
coreligionnaires installés en Europe doivent intégrer
les partis politiques qui défendent les idées
humanitaires, et participer à la vie publique locale et
nationale. Un grand effort doit être fait sur le plan
culturel pour mieux expliquer l’Islam tolérant, car la
quasi-totalité des européens ignorent tout de cette
religion. Ceci peut être entrepris en France par les
organisations musulmanes et par la Grande Mosquée de
Paris. En plus du côté religieux, il faut montrer au
public européen la grandeur de la civilisation musulmane
à travers ses savants, ses poètes et ses artistes. A cet
égard, il faut féliciter l’Institut du Monde Arabe à
Paris et la Casa Arabe à Madrid qui font un travail
remarquable. Il faut multiplier ces institutions
culturelles dans les autres pays européens et
intensifier le rôle de l’ISESCO et des médias culturels
arabes qui sont très peu visibles sur la scène
internationale. De l’autre côté, les pouvoirs publics
européens doivent condamner et sanctionner sévèrement
toute instigation à la haine et à la discrimination
raciale. Ils doivent accorder un soin particulier aux
communautés étrangères installées sur leur territoire,
pour veiller à leur assurer un logement décent et une
bonne éducation. Ils doivent multiplier les efforts
d’intégration, particulièrement au niveau des jeunes. Ce
n’est que par des efforts communs et soutenus que seront
combattues les idées néfastes des partis européens
d’extrême droite.
Jawad Kerdoudi
Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales) |
Le mal vivre en ce début de siècle
La montée des
extrémismes |
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On assiste en ce début
du 21ème siècle à un mal vivre assez généralisé de l’humanité, qui se
manifeste par des actes individuels ou collectifs. On
peut citer à titre d’exemple le cas de personnes qui ont
« pété les plombs » comme on dit vulgairement.
Le 22 Juillet 2011, un jeune
norvégien de 32 ans Anders Brevik pose une bombe devant
le siège du gouvernement à Oslo qui fait huit morts. Il
se rend ensuite à l’Ile d’Utoya où se tient l’Université
d’été de la jeunesse du parti travailliste, et cause la
mort de 69 jeunes. Le 11 Mars 2012, un sous-officier
américain quitte sa base du District de Panjway en
Afghanistan, et se rend dans deux villages voisins où il
tue 16 civils dont des femmes et des enfants. Enfin,
également le 11 Mars 2012, le jeune franco-algérien
Mohamed Merah est présumé coupable de l’assassinat d’un
sous-officier français à Toulouse. Il récidive le 15
Mars 2012 avec l’assassinat de deux parachutistes de
l’armée française à Montauban. Enfin le comble, il tue
de sang froid trois enfants et un enseignant dans une
école de confession juive à Toulouse.
Au niveau collectif, le mal vivre s’est exprimé pendant
l’année 2011 par ce qu’on appelle désormais le Printemps
arabe. Suite au suicide d’un jeune diplômé chômeur en
Tunisie, un mouvement révolutionnaire a déferlé sur le
monde arabe. Il s’en est suivi la chute des dictateurs
de Tunisie, d’Egypte, de Libye et du Yémen. D’autres
pays arabes ont dû réformer leur système politique, et
prendre des mesures d’urgence pour éviter le pire. Se
réclamant du Printemps arabe, le Mouvement des Indignés
est apparu en Espagne à partir du 15 Mai 2011 par une
série de manifestations spontanées, rassemblant
plusieurs milliers de personnes, et relayées par les
réseaux sociaux. Ce mouvement s’est étendu par la suite
au Portugal, France, Allemagne, Italie, Angleterre,
Belgique, Grèce et même aux Etats-Unis.
Quelles sont les raisons qui expliquent ce mal-vivre ?
Elles sont d’ordre politique, économique et social. Sur
le plan politique sont mis en cause les systèmes
politiques en place, qui ne reflètent pas la véritable
démocratie. Sont notamment dénoncés le bipartisme entre
droite et gauche, et le manque de représentation des
partis politiques et des syndicats. D’où la réclamation
d’une réforme électorale, qui permettrait une plus
grande participation des citoyens. Les revendications
portent également sur la lutte contre la corruption et
le népotisme, le droit de tous à la culture, à
l’éducation et à la santé. Enfin, le droit à la parole
en donnant une place médiatique plus grande aux
citoyens. Sur le plan économique et social, sont
revendiqués le droit au travail avec une réduction
significative du chômage, et le droit à un logement
décent. Sont également réclamées les réformes du système
économique et financier et de la fiscalité, afin de
réduire les inégalités sociales.
Sur le plan international, les raisons du mal vivre sont
également multiples. La persistance du conflit
israélo-arabe qui dure plus d’un demi-siècle empoisonne
les relations internationales. L’intransigeance
israélienne à résoudre le problème, exacerbe les
sentiments des arabes et des musulmans partout dans le
monde. L’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan a
augmenté le ressentiment vis-à-vis de l’Occident. Enfin
la résurgence de la guerre froide telle qu’elle est
apparue dans le cas de la Syrie, complique la situation.
Tout cela explique la montée des extrémismes de part et
d’autre. D’un côté l’Islam radical qui est minoritaire
mais actif, recrute des jeunes musulmans fragiles et mal
formés, qui commettent des crimes impardonnables. De
l’autre côté, surtout en Europe, les mouvements
d’extrême–droite se donnent à cœur-joie pour stigmatiser
les étrangers, dénoncer les immigrés, et inciter à la
haine. Le résultat est un climat malsain qui couvre
actuellement toute la planète.
Certes, les problèmes cités sont nombreux, et il est
difficile de leur trouver rapidement une solution.
Cependant, les hommes de bonne volonté de par le monde
doivent se mobiliser et unir leur voix. Il convient tout
d’abord de résoudre le problème israélo-arabe dans le
cadre d’un Etat palestinien viable, vivant côte à côte
avec Israël. Il faut renforcer la démocratie et l’état
de droit en Irak, et quitter le plus rapidement possible
l’Afghanistan. Une solution doit être trouvée de toute
urgence en Syrie pour arrêter l’effusion de sang. Il
faut aider les pays concernés par le Printemps arabe à
consolider leur marche vers la démocratie, et à se
développer économiquement et socialement. Il faut enfin
combattre de toutes nos forces tous les extrémismes de
quelques bords qu’ils soient. Un soin tout particulier
doit être apporté aux jeunes en général, et en
particulier à ceux habitant dans les quartiers
populaires défavorisés, pour veiller à leur assurer une
éducation valorisante, pour occuper leurs loisirs
notamment par l’exercice du sport, et surtout les aider
à trouver un travail pour subvenir à leurs besoins.
Jawad Kerdoudi
Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales) |
Syrie : Halte au massacre
Pour un droit
d’ingérence des Nations Unies |
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Suite au Printemps arabe,
et à l’instar des autres pays de la région, la Syrie a
connu à partir de Février 2011 une vague de
contestations populaires sociales et politiques.
Les revendications exprimées par les
manifestants concernent l’instauration de la liberté, la
levée de l’état d’urgence, la réforme de l’Etat, et le
départ du Président Bachar El Assad. Ce dernier a
succédé à son père Hafez El Assad en 2000. Lui-même a
pris le pouvoir en 1970 à la faveur d’un coup d’état,
instituant une dictature héréditaire s’appuyant sur le
Parti Baas (El Baath). Rappelons que Bachar El Assad
appartient à la minorité chiite alaouite, alors que la
majorité des syriens est sunnite, et qu’il existe
également une minorité chrétienne.
Les manifestations quotidiennes ont commencé à Daraa à
partir du 18 Mars 2011 avec l’incendie de plusieurs
bâtiments symboliques du pouvoir : siège du parti Baas
et tribunaux. Le 18 Mars de la même année, les
manifestations se sont étendues à Damas, Homs et Banias.
Le pouvoir réprime dans le sang les manifestations,
arguant qu’il s’agit d’actions terroristes à la solde de
l’étranger, et provoquant des centaines morts et des
milliers de blessés, ainsi que de multiples
arrestations. A partir du 25 Mars, malgré des
concessions du pouvoir sur le plan social, le mouvement
s’étend à toutes les principales villes du pays. Le 3
Août 2011, le Conseil de sécurité de l’ONU condamne à
l’unanimité les « violations généralisées des droits de
l’homme et l’emploi de la force contre les civils ». Fin
Août 2011 est créé le Conseil National Syrien (CNS) qui
est lancé officiellement le 1er Octobre 2011 à Istanbul
en Turquie.
En 2012, les manifestations et la répression continuent
de plus belle. Plusieurs journalistes et photographes
étrangers sont tués ou blessés. Le 3 Février, l’armée
syrienne n’hésite pas à tirer au char et au mortier sur
la population à Homs faisant plus de 260 morts dont des
femmes et des enfants. Selon des témoignages crédibles (Human
Rightes Watch), des cas de torture sur des enfants sont
signalés. Le 14 Février, l’armée syrienne tire deux
roquettes par minute sur le quartier meurtri de Baba Amr
à Homs, tandis que le 15 Février la ville de Homs est
prise d’assaut par les forces du régime syrien. Le 10
Mars, les forces gouvernementales syriennes assiègent et
bombardent la ville d’Idleb, qui tombe aux mains du
pouvoir le 14 Mars.
Face à ce véritable massacre estimé à près de 9.000
morts, des milliers de blessés, 30.000 réfugiés et
200.000 déplacés, quelle a été la réaction de la
communauté internationale ?
L’Europe et notamment la France ont été les premières à
réagir. Dès le 23 Mars 2011, le Ministère des Affaires
Etrangères français a appelé le pouvoir syrien à
« renoncer à tout usage excessif de la force et a
condamné les violences qui font des morts et des
blessés ». En Août 2011, l’Union européenne a pris une
série de sanctions contre la Syrie, notamment l’embargo
sur les exportations de pétrole syriennes. Le 17 Février
2011, la France rappelle son ambassadeur à Damas et
ferme les consulats généraux d’Alep et de Lattaquié. Aux
Nations Unies, dès le 7 Juillet 2011, le Secrétaire
Général Ban Kimon appelle à mettre fin à la répression,
et le 3 Août de la même année, le Conseil de sécurité
condamne la répression par les autorités syriennes. Le 5
Octobre 2011 et 4 Février 2012, deux résolutions de
l’ONU condamnant la répression en Syrie ne sont pas
adoptées du fait du véto de la Russie et de la Chine.
Enfin le 23 Février 2012, Kofi Anan ancien Secrétaire
Général, est nommé émissaire de l’ONU et de la Ligue
arabe sur la crise en Syrie.
Les Etats-Unis de leur côté prennent le 10 Août 2011 des
sanctions économiques contre les sociétés de télécoms et
les banques liées à Damas, tandis que leurs avoirs aux
Etats-Unis sont gelés. Le 18 Août 2011, le Président
Obama déclare que Bachar El Assad devrait démissionner,
et condamne à nouveau la répression brutale. Hillary
Clinton annonce le même jour un embargo total sur les
importations de pétrole syrien aux Etats-Unis. Les pays
arabes de leur côté condamnent le pouvoir syrien le 22
Août 2011, et le 22 Novembre 2011, la Ligue arabe
suspend l’adhésion de la Syrie à toutes ses réunions, et
prend des sanctions politiques et économiques contre le
pouvoir syrien. La position arabe ferme contre la Syrie,
menée par l’Arabie Saoudite et Qatar, s’expliquent outre
les raisons humanitaires, par le rapprochement de la
Syrie avec l’ennemi héréditaire des Arabes qu’est
l’Iran. Le Maroc a été également très actif, en prenant
l’initiative au Conseil de sécurité de l’ONU dont il est
membre, d’une résolution visant à identifier une
solution définitive à la question de la Syrie. Le Maroc
a d’autre part appelé à un arrêt immédiat de la violence
dans les territoires syriens.
Avec le seul appui de la Chine, de la Russie et du
Venezuela, le régime syrien se trouve compétemment isolé
sur la scène internationale. Deux scénarii sont
possibles : une solution politique avec le départ de
Bachar El Assad et la constitution d’un gouvernement
d’union nationale incluant l’opposition, ou
l’intransigeance du régime syrien qui l’amènerait à sa
perte, et peut être à une guerre civile. En tout cas, il
faut arrêter le massacre de la population syrienne par
ses propres dirigeants, car la communauté internationale
ne peut rester spectatrice de ce que certains ont
qualifiés de véritable génocide. Ceci pose le problème
du droit d’ingérence que doit s’arroger l’Organisation
des Nations Unies, à savoir le droit de violer la
souveraineté nationale d’un Etat, dans le cas de
massacre de la population par ses propres dirigeants.
Ceci implique également la réforme de l’ONU, car il est
inadmissible qu’un seul Etat membre permanent du Conseil
de Sécurité, puisse bloquer une résolution à caractère
humanitaire. En attendant la réforme du Conseil de
sécurité, il faudrait que toute résolution de
l’Assemblée Générale de l’ONU, votée au deux tiers des
pays membres, puisse acquérir le caractère de résolution
contraignante.
Jawad Kerdoudi
Consultant Economiste
Président de l’IMRI |
Visite de Martine Aubry au Maroc
Les propositions du parti socialiste |
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J’ai eu le plaisir de participer à la réunion tenue à
Casablanca le 11 Mars 2012 par Martine Aubry, Première
secrétaire du Parti socialiste français. J’ai pu
admirer le talent de cette femme politique chevillée
dans ses convictions, et pétrie de générosité.
J’ai pu admirer le talent de cette
femme politique chevillée dans ses convictions, et
pétrie de générosité. Elle est venue au Maroc
principalement pour présenter le programme du parti
socialiste français, à la veille des élections
présidentielles françaises des 22 Avril et 6 Mai 2012.
Sans revenir sur les 60 engagements du candidat François
Hollande, je voudrais mettre en exergue les propositions
qui le différencient de son principal rival Nicolas
Sarkozy, et relever celles qui intéressent plus
particulièrement notre pays le Maroc.
L’orientation générale du parti socialiste français vise
principalement à renforcer le rôle de l’Etat, à
promouvoir les classes les plus défavorisées, et à
appréhender l’étranger avec beaucoup d’humanité. C’est
ainsi qu’il propose la création d’une banque publique
d’investissements consacrée principalement au
développement des PME, et la préservation du statut
public des entreprises détenues majoritairement par l’Etat
telles que EDF, SNCF, la Poste etc. Sans vouloir
nationaliser les banques, il propose de séparer les
activités qui sont utiles à l’investissement et à
l’emploi, des opérations purement spéculatives. Il veut
interdire aux banques d’exercer dans les paradis
fiscaux, mettre fin aux produits financiers toxiques,
supprimer les stocks-options, et encadrer les bonus.
Dans le même ordre d’idées, il propose de stopper la
règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux,
et de recruter 60.000 agents supplémentaires pour
l’éducation dans les cinq années à venir.
Afin d’assurer un meilleur équilibre de la société
française et lutter contre les inégalités sociales, il
compte engager une profonde réforme fiscale. La première
mesure consisterait à garantir une rémunération du livre
A d’épargne populaire supérieure à l’inflation, et à
plafonner le coût des services bancaires. Le candidat
socialiste veut revenir sur les cadeaux fiscaux et les
« niches fiscales » qui permettront de dégager 29
milliards d’euros de recettes supplémentaires pour le
budget de l’Etat. Les plus riches des Français seront
plus imposés par la création d’une taxe supplémentaire
de 45% sur le revenu supplémentaire à 150.000 euros par
part. A été ajouté hors programme la proposition de
taxer à 75% les revenus supérieures à 1 million d’euros
par an. Les niches fiscales qui resteront seront
plafonnées à 10.000 euros. L’impôt sur la fortune sera
également augmenté, et l’abattement sur les successions
ramené à 100.000 euros par enfant. D’autre part, le
programme socialiste prévoit une augmentation de 15% de
l’imposition des bénéfices des banques, la création
d’une taxe sur les transactions financières, et d’une
agence européenne de notation. Afin de privilégier la
croissance plutôt que l’austérité, il propose de
renégocier le Traité européen issu de l’Accord du 9
Décembre 2011, et de créer des Euro-obligations. Afin de
diminuer la concurrence déloyale notamment vis-à-vis des
pays asiatiques, il propose de fixer des règles strictes
de réciprocité en matière sociale et environnementale,
et de créer une contribution climat énergie aux
frontières de l’Europe.
Le programme socialiste accorde une place importante au
volet social, afin de promouvoir les classes sociales
les plus défavorisées et réduire les inégalités
sociales. C’est ainsi qu’il propose l’augmentation de
25% de l’allocation de rentrée scolaire, le départ à la
retraite à l’âge de 60 ans de tous ceux qui auront
cotisé la totalité de leurs annuités, ainsi qu’une vaste
réforme de la dépendance. Grande défenseur des services
publics, le candidat socialiste propose de revoir la
tarification des soins médicaux fournis par les
hôpitaux, la baisse des prix des médicaments, et une
assistance médicalisée pour terminer la vie dans la
dignité. Pour ce qui est du logement, il propose
l’encadrement des loyers, la construction pendant la
quinquennat le 2,5 millions de logements avec une
priorité accordée au logements sociaux, et la mise à
disposition gratuite des terrains de l’Etat aux
collectivités locales.
Des mesures également sont prévues pour lutter contre la
précarité du travail, pour imposer l’égalité des
rémunérations entre les femmes et les hommes, et pour
fixer l’écart maximal de 1 à 20 des rémunérations dans
les entreprises publiques. Dans le même ordre idée, et
afin d’améliorer la cohésion sociale, il est prévu
d’accorder le droit de vote aux étrangers pour les
élections locales, de lutter contre le « délit de
faciès » dans les contrôles d’identité, contre toute
discrimination à l’embauche et au logement, et contre le
racisme et l’antisémitisme. Des dispositions importantes
sont proposées pour combattre le chômage des jeunes :
contrat de génération, création de 150.000 emplois
d’avenir, formation professionnelle. En matière
environnementale, le programme socialiste propose la
réduction de la part du nucléaire dans la production
d’électricité de 75% à 50% à l’horizon 2025, l’isolation
thermique de 1 million de logements par an, et la mise
en place d’une Organisation mondiale de l’environnement.
En politique étrangère, le programme du parti socialiste
propose d’œuvrer pour la réforme du Conseil de sécurité
de l’ONU, de développer les relations de la France avec
la rive sud de la Méditerranée, de rompre avec la «
Françafrique », de retirer avant fin 2012 les troupes
françaises d’Afghanistan, et de soutenir la
reconnaissance internationale de l’Etat palestinien. En
conclusion, et sans vouloir s’immiscer dans la politique
intérieure française, car il appartient aux Français
d’élire leur Président, on ne peut qu’être sensible aux
propositions du programme socialiste de réduire les
inégalités sociales, d’améliorer la cohésion sociale, de
traiter avec humanité les étrangers, et de soutenir plus
activement la cause palestinienne. D’autant plus que
Martine Aubry a déclaré pendant sa visite au Maroc, que
le parti socialiste a toujours appuyé l’initiative
marocaine d’autonomie au Sahara et qu’il continuera à le
faire s’il est au pouvoir.
Jawad Kerdoudi
Consultant Economiste
Président de l’IMRI |
|
Bienvenue à la BERD au
Maroc |
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La Banque européenne pour la reconstruction et le
développement dont le siège est à Londres a été créée le
29 Mai 1990 à Paris suite à la chute du Mur de Berlin
L’objectif principal de cette Banque était d’aider les
pays est-européens libérés de l’emprise de l’URSS à
passer à l’économie de marché. Soixante et un pays sont
actionnaires de cette Banque dont l’Egypte et le Maroc,
ainsi que l’Union européenne et la Banque européenne
d’investissements. Empruntant sur les marchés financiers
internationaux à des conditions très avantageuses, la
BERD opère à travers des prêts, des prises de
participation et des garanties. Axé sur les PECO (Pays
d’Europe Centrale et Orientale), ses critères de
participation sont : la démocratie pluraliste,
l’existence d’un secteur privé, et l’économie de marché.
Ses missions sont les investissements dans les projets
dans un cadre de concertation, les conseils aux
entreprises, en privilégiant le développement durable et
l’efficacité énergétique.
Plus précisément, ses moyens d’actions sont le
cofinancement par la mobilisation des capitaux internes
et étrangers dans les pays d’opération. La BERD agit
aussi bien dans le secteur public que le secteur privé,
et peut apporter jusqu’à 35% des fonds propres à long
terme d’un projet ou d’une entreprise. Elle bénéficie du
statut de créancier privilégié, qui lui permet notamment
d’échapper à tout rééchelonnement de dette souveraine.
Elle permet aussi aux emprunteurs d’accéder aux marchés
financiers grâce à sa garantie qui peut couvrir tous les
risques ou des risques spécifiques. Vingt banques
commerciales ont été sélectionnées pour cofinancer les
prêts accordés par la BERD, qui sont d’origine
européenne, canadienne et japonaise. Font notamment
partie les banques françaises : Crédit Agricole, BNP
Paris et Société Générale.
Les formes de cofinancement sont diverses : il peut
s’agir de prêts où la BERD est le prêteur officiel pour
la totalité, ou de prêts où une fraction est attribuée
par la BERD à des banques commerciales locales. La BERD
peut également opérer des cofinancements avec d’autres
institutions financières internationales. Elle peut
octroyer divers mécanismes de garantie, opérer des
placements privés de titres, et cofinancer des prêts
avec des investisseurs institutionnels. Elle agit enfin
avec un souci de grande intégrité et de bonnes
pratiques, en procédant notamment à des Appels d’offre
pour ses besoins internes, pour réaliser un projet ou
pour solliciter un conseil.
De 1991 à maintenant, la BERD a effectué un excellent
travail permettent au PECO de jouir de l’économie de
marché et d’un développement économique très
appréciable. A titre d’exemple, la BERD en 2006 a
financé 301 projets pour une valeur de 4,9 milliards
d’euros. Les secteurs où la BERD opère sont très
divers : infrastructures, industrie, énergie, immobilier
et tourisme, télécoms, transports, finances,
exploitation de ressources naturelles, et même sécurité
nucléaire.
Faisant suite au Printemps arabe et à ses conséquences
sur les économies des pays sud-méditerranéens, les
Hautes instances de la BERD ont décidé d’élargir son
activité à des pays comme le Maroc, la Tunisie, l’Egypte
et la Jordanie. Il a été fixé un montant de 2,5
milliards d’euros par an pour les pays de l’Afrique du
Nord et du Moyen-Orient. L’Egypte va dès maintenant
bénéficier d’un financement de 100 à 200 millions
d’euros. Un intérêt particulier est porté au Maroc par
la BERD, qui a organisé le 27 Février 2012 à Casablanca
un grand colloque sur le thème : « Favoriser la
croissance et l’investissement pendant la transaction ».
Cette journée à laquelle j’ai eu l’honneur de
participer, a été marquée par la présence d’un grand
nombre de responsables publics et privés. Ont également
participé à ce colloque de hauts responsables de
Hongrie, Pologne, Serbie et Turquie. Au cours des
séances plénières et des ateliers, il y a eu échange
avec les responsables de ces pays, qui ont décrit leur
expérience dans le développement de leur économie, et
dans leur collaboration avec la BERD. Certes le cas des
pays est-européens est différent de celui du Maroc, mais
il est toujours utile d’étudier l’expérience de ces
pays, qui ont réussi à accentuer leur développement
économique durant ces vingt dernières années.
La BERD qui va ouvrir très prochainement un bureau à
Casablanca a déjà exprimé son intérêt pour le soutien au
PME marocaines, au secteur financier, à l’amélioration
des services municipaux, à la rationalisation de
l’agriculture, et à l’énergie durable. On ne peut que se
réjouir de l’installation dans notre pays de ce nouvel
acteur économique et lui souhaiter bonne chance.
Jawad Kerdoudi
Consultant Economiste
Président de l’IMRI |
Prévisions économiques 2012 du Haut
Commissariat au Plan
Pour le maintien d’une
institution indépendante pour l’élaboration des
statistiques nationales |
Le Haut Commissariat au Plan (HCP) a présenté le 15
Février 2012 à Casablanca ses prévisions de l’économie
marocaine pour l’année 2012.
Ces prévisions se basent sur une demande mondiale
adressée au Maroc, qui n’augmenterait que de 2,1% au
lieu de 5,6% en 2011. Cela est dû à la crise mondiale et
notamment celles de la zone euro, principale débouché de
notre économie. Le cours moyen du pétrole retenu est de
99 $ le baril au lieu de 104 $ en 2011, alors qu’il est
prévu une baisse de 14% des matières premières non
énergétiques. Il est supposé également une parité
euro-dollar de 1,36 et une stabilité des recettes du
tourisme international et de transferts RME à leur
niveau de 2011. Par contre, il est espéré une
augmentation des investissements directs étrangers (IDE)
de 10% après leur forte baisse de 37,2% en 2011. Enfin,
les hypothèses retenues prévoient une production
céréalière de 60 Millions de quintaux, et intègrent les
dispositions annoncées dans le Projet de finances 2012.
Selon ces hypothèses, la croissance économique en 2012
sera de 4,1% au lieu de 4,8% en 2011. Les activités non
agricoles s’accroîtraient de 4,9%, alors que le secteur
primaire enregistrerait une baisse de valeur ajoutée de
2,2%, étant donné les conditions climatiques en cours.
La croissance économique serait principalement tirée par
la consommation intérieure : +5% pour les ménages et +2%
pour les administrations publiques. La formation brute
de capital fixer (FBCF) s’accroîtrait de 6%, alors que
l’inflation connaîtrait une légère progression à 2,1% au
lieu de 1,3% en 2011. Quant aux échanges extérieurs de
biens et services, ils dégageraient de nouveau une
contribution négative à la croissance du PIB de 1,3
point. Cela s’explique par d’ampleur des importations
par rapport aux exportations. Tout ceci entraînerait un
déficit budgétaire de 7,1% du PIB qui s’explique en
partie par un taux d’investissement (37% du PIB)
largement supérieur au taux d’épargne (29,9% du PIB).
Quelle analyse peut-on faire de ces prévisions du HCP ?
Les hypothèses prises en compte pour le calcul de ces
prévisions sont globalement correctes. Ont peut
cependant émettre des réserves sur le prix du baril du
pétrole à 99 $, étant donné les grandes incertitudes qui
pèsent sur le marché pétrolier mondial, du fait des
relations tendues entre l’Iran et l’Occident (Etats-Unis
et Europe). De même, il est difficile de prévoir la
parité euro-dollar, du fait de la grave crise financière
de la zone euro, et du grand problème financier de la
Grèce qui n’est toujours pas réglé. Enfin,
l’accroissement des IDE de 10% dépend essentiellement de
la conjoncture économique de la zone euro, principal
pourvoyeur du Maroc dans ce secteur.
Pour ce qui est des prévisions proprement dites du HCP,
ont peut noter que le taux de croissance prévu de 4,1%
est nettement insuffisant pour résorber le chômage. La
croissance économique dans notre pays reste tributaire
du secteur agricole et des conditions climatiques. Il y
a lieu d’accélérer le Plan Maroc Vert pour réduire la
dépendance de l’économie marocaine vis-à-vis du secteur
primaire. Un autre élément à souligner est que la
croissance économique du Maroc est tirée principalement
par la consommation intérieure et les investissements
surtout publics. Le gros point noir est celui des
échanges extérieurs, aussi bien le commerce extérieur de
biens et services qui souffre d’un déficit structurel,
que la balance des paiements qui n’arrive plus à
s’équilibrer par les recettes du tourisme, des RME, et
des IDE. Pour remédier à cela, il faut mettre en œuvre
une véritable politique de promotion des exportations,
et trouver les moyens de réduire les importations,
notamment par une politique plus active des changes. Il
faudrait également prendre toutes les mesures pour
augmenter l’épargne nationale, et développer les
investissements du secteur privé. Sans des mesures
énergiques, le déficit budgétaire de 7,1% du PIB en 2012
risque de déraper davantage, ainsi que le solde de la
balance des paiements qui était déficitaire de 6,7% du
PIB en 2011.
Rappelons que le HCP est une structure ministérielle
érigée en Septembre 2003 en une administration de
mission, dont le responsable est nommé par le Roi avec
rang de ministre. Il jouit d’une indépendance
institutionnelle et intellectuelle dans l’établissement
de ses programmes et la conduite de travaux d’enquêtes
et d’études. Le HCP est le principal producteur de
l’information statistique, économique, démographique et
social, et est chargé de l’établissement des comptes de
la nation. Ses études portent principalement sur les
données de la conjoncture, le cadrage macroéconomique,
et la prospective. Il dispose d’un Observatoire des
conditions de vie des ménages et d’un Centre d’études et
de recherches démographiques. Le HCP élabore ses
statistiques conformément aux normes internationales, et
a été admis depuis 2005 à la Norme spéciale de la
diffusion des données du FMI. Le HCP représente le
Maroc, qui est membre depuis 2000, à la Commission
statistique des Nations Unies. Concrètement, le HCP a
procédé à de très nombreuses études socio-économiques,
démographiques sectorielles ainsi qu’à des réflexions
prospectives (Maroc 2030). Il a également mené de
multiples enquêtes économiques, socio-démographiques et
prospectives. Il procède à des publications diverses et
à des conférences entrant dans son champ d’activité.
Selon des rumeurs colportées par la presse, le
gouvernement actuel envisagerait la disparition du HCP.
Certes, c’est de son droit de réformer les activités du
HCP, mais il serait souhaitable le maintien d’une
institution indépendante pour l’élaboration des
statistiques nationales. Ceci permettrait de garantir
son objectivité, et sa neutralité vis-à-vis du
gouvernement. D’autant plus, que l’indépendance des
organes nationaux des statistiques, est fortement
recommandée par les organisations internationales : ONU,
Banque mondiale, FMI et OCDE.
Jawad Kerdoudi
Consultant Economiste
Président de l’IMRI |
Forum de Paris à Casablanca
« Le Nouvel Ordre
Mondial » |
|
Interview accordée à Finances News le 09/02/2012
Par Jawad Kerdoudi
Question : Pensez-vous
qu’il existe un ou plusieurs printemps arabes ? Et où se
situe le Maroc par rapport à ce qui se passe au Maghreb
et au Moyen-Orient ?
Réponse : Le Printemps arabe a eu des
causes communes à la fois politiques, économiques et
sociales. Sur le plan politique les pays qui ont été
touchés étaient tous autoritaires, sans respect des
droits de l’homme et des libertés individuelles et
collectives. Sur le plan économique, les dirigeants de
ces régimes se sont accaparés avec leur famille les
richesses du pays, dans un environnement marqué par les
abus de pouvoir et la corruption. Enfin sur le plan
social, seule une minorité bénéficiait du régime, et une
large partie de la population vivait sans dignité dans
la pauvreté et la misère. Ceci-dit, chaque pays arabe a
eu un changement différencié. Les dictateurs de Tunisie,
Egypte, Libye et Yémen ont été demis de leurs fonctions,
et remplacées par de nouveaux dirigeants après leur
fuite ou leur assassinat. Le cas de la Syrie n’est pas
encore réglé, du fait de l’appui de la Russie et de la
Chine au dictateur Bachar El Assad, qui mène une
répression sanglante contre son peuple. D’autres pays
sont en stand by comme l’Algérie, la Mauritanie et les
pays du Golfe. Quant au Maroc, il a connu une évolution
de son régime politique plutôt qu’une révolution. Suite
au mouvement du 20 Février 2011, le Roi a réagi
rapidement en procédant à une profonde réforme
constitutionnelle et à des élections législatives
libres, qui ont porté au pouvoir un parti d’opposition.
On peut dire que jusqu’à maintenant le Maroc a bien tiré
son épingle du jeu.
Question : On estime qu’un nouvel ordre mondial est en
train de naître mais concrètement, l’économique
pourrait-il prendre le dessus sur le politique ? Et si
nouvel ordre économique il y a, où pourrait-on situer le
Maroc ?
Réponse : En effet, un nouvel ordre économique est en
train de naître. Il se caractérise principalement par la
montée en puissance des pays émergents : Chine, Inde,
Brésil, Russie. La Chine est devenue la seconde
puissance économique du monde, le Brésil est classé
sixième devant le Royaume-Uni et l’Italie, tandis que
l’Inde et la Russie occupent la neuvième et la dixième
place. De plus, depuis la grande crise financière
internationale de 2008, l’économie mondiale est tirée
par la croissance des pays émergents. Les Etats-Unis et
surtout l’Europe connaissent depuis cette crise des taux
de croissance médiocres et mêmes négatifs, ainsi qu’un
endettement phénoménal. Le Maroc devant ce grand
changement, doit réorienter son économie vers les pays
émergents qui représentent l’avenir. Il doit également
diversifier ses échanges vers l’Afrique sub-saharienne
au sud, les pays du Moyen-Orient à l’Est, et l’Amérique
à l’Ouest. Le Maroc doit enfin redoubler d’efforts pour
la construction de l’Union maghrébine qui peut seule
peser sur la scène internationale.
Question : Sur un autre registre, quelle lecture
faites-vous de la visite de Mariano Rajoy au Maroc et la
réception d’El Othmani par le Roi Juan Carlos ?
Réponse : Les relations maroco-espagnoles sont
compliquées. Beaucoup de questions posent problème entre
les deux pays. Sur le plan politique, la question des
villes marocaines Sebta et Melilia est dans l’impasse.
Les espagnols refusent d’en parler, et le Maroc la met
pour le moment en stand by. Sur la question du Sahara,
la position du gouvernement espagnol est mitigée, tandis
que la société civile espagnole apporte un grand appui
au Polisario. Sur le plan économique, l’Espagne tente de
faire rejeter par le Parlement européen l’Accord
agricole entre le Maroc et l’Union européenne pour
protéger ses producteurs de fruits et légumes. Sur le
plan de la pêche, c’est l’Espagne qui est demanderesse
pour permettre à sa flotte de pêche artisanale d’opérer
dans les eaux territoriales marocaines. Enfin, il ne
faut oublier que prés d’un millier d’entreprises
espagnoles opèrent au Maroc, et que plus de 700.000
immigrés marocains résident en Espagne. Tout cela permet
de penser que les deux gouvernements marocains et
espagnols vont tenter de trouver des solutions aux
problèmes bilatéraux afin d’éviter un nouveau clash.
Question : On nous parle souvent du coup du non-Maghreb,
sommes-nous en phase de dépasser ce blocage vu que des
contacts ont été pris récemment entre les deux pays ?
Réponse : Des études sérieuses ont montré que le coût du
non-Maghreb est évalué à une perte de deux points de PIB
par chaque pays le composant. En effet, les synergies
sont évidentes entre par exemple le Maroc et l’Algérie.
Cette dernière est riche en ressources énergétiques
(pétrole et gaz) alors que le Maroc en est dépourvues.
L’économie marocaine est plus forte que l’algérienne en
matière d’agriculture, d’industries de transformation,
de tourisme. La fermeture de la frontière terrestre
entre le Maroc et l’Algérie bloque également toute
exportation par voie terrestre du Maroc vers la Tunisie
et la Libye. Certes depuis le Printemps arabe, les
relations bilatérales se sont réchauffées entre
l’Algérie et le Maroc. Mais pour le moment rien de
concret n’a été fait sur les deux grands questions qui
divisent les deux pays : l’ouverture de la frontière
terrestre, et le problème du Sahara. Des élections
législatives vont avoir lieu en Algérie au printemps
prochain. Nous allons voir aux résultats de ces
élections s’il y aura un véritable changement politique
chez notre voisin, ou si le système actuel va perdurer.
Meilleures salutations
Jawad Kerdoudi
Consultant Economiste
Président de l’IMRI
Prière accuser réception |
Le programme du nouveau gouvernement
marocain
Peu innovant et non chiffré |
|
Nommé le 3 Janvier 2012, le nouveau gouvernement
marocain a présenté le 19 Janvier dernier son programme
devant le Parlement.
Le document de 93 pages vise l’édification d’une société
« solide, stable, solidaire, prospère » et se base sur
trois axes fondamentaux : l’action intégrée et
complémentaire, l’approche participative, et le souci de
lier la responsabilité à la reddition des comptes.
Au-delà de ces grands principes et à la lecture du
document, on constate que le programme du gouvernement
de Abdelilah Benkirane est peu innovant et ne comporte
que quelques chiffres. On aurait souhaité un programme
plus ramassé, identifiant clairement les priorités, et
chiffrant les propositions à l’horizon 2016, afin
d’évaluer les résultats à la fin de la législature. En
effet presque tous les sujets traités, sont soit la
continuation des gouvernements précédents, soit
l’expression de la volonté d’amélioration de l’existant,
mais sans définir des propositions concrètes pour y
parvenir.
Reprenons cependant les quelques propositions concrètes
et chiffrées. Saluons tout d’abord l’affirmation dans le
programme de l’Islam tolérant et de l’égalité des deux
sexes. En matière économique, le programme cite des
chiffres très ambitieux dans la conjoncture nationale et
internationale : croissance de 5,5%, inflation 2%,
déficit budgétaire 3%, et chômage 8%. Le programme
n’indique pas sur quels critères ces prévisions ont été
basées, et ne mentionne pas le SMIG à 3.000,00 dh qui
était bien mentionné dans le programme du PJD. Pour la
réduction du chômage, il se contente de prévoir de
nouveaux programmes : Moubadara (Initiative), Taatir
(Encadrement) et Istiaab (Assimilation). Or on sait le
peu d’efficacité des programmes de ce genre pour la
promotion de l’emploi.
Pour la Caisse de Compensation, il se contente de
propositions vagues : rationaliser les dépenses et
cibler les bénéficiaires. Pour ce qui est de la
fiscalité, il parle d’équité fiscale, d’élargissement de
l’assiette de l’impôt, et de réduction des exonérations
fiscales, mais sans donner de détails, sauf
l’exonération du secteur agricole où il mentionne
l’ouverture d’un débat. On ne peut que regretter le
manque de courage sur la réforme de la fiscalité
marocaine qui doit être profonde, et qui est l’élément
principal du renforcement des recettes publiques et de
la réduction du déficit budgétaire.
En ce qui concerne la politique sectorielle, les seules
propositions concrètes sont de porter l’irrigation des
terres bour à 60.000 h/an, et le Fonds de développement
rural à 1 milliard de dirhams. Pour le tourisme, il est
prévu l’achèvement des 8 stations balnéaires à l’horizon
2016, et la mise en œuvre de la vision 2020 avec
l’objectif de 250.000 lits en 2016. Pour les
investissements étrangers, il est prévu la
diversification au Moyen-Orient, l’Amérique et l’Asie.
Quant à l’Artisanat, la seule mesure concrète est la
formation de 60.000 stagiaires par an à l’horizon 2015.
Le programme prévoit également la mise à niveau du
secteur financier sans faire référence à la finance
islamique, mais en incitant la place financière de
Casablanca à « rayonner au niveau du monde arabe et
islamique ».
Tout un chapitre est consacré à la bonne gouvernance,
avec le renforcement des attributions du Conseil de la
concurrence, et en reprenant toutes les idées générales
que chacun connaît. Sur le plan social, le programme
prévoit l’extension de l’AMO (Assurance maladie
obligatoire) à 10 millions de bénéficiaires et
l’assurance maladie à 8,5 millions de personnes qui en
sont dépourvus. Il se propose de parachever le Code du
Travail notamment la loi sur la grève, qu’aucun
gouvernement précédent n’avait réussi à faire passer du
fait de l’opposition des syndicats, et de réformer le
système des retraites sans donner aucune orientation
précise. Par contre, pour la lutte contre
l’analphabétisme les chiffres sont précis : un million
de bénéficiaire par an, et réduction du taux
d’analphabétisme à 20% à l’horizon 2016. Pour le Code de
la presse, si la liberté d’opinion et d’expression pour
les journalistes est reconnue, il n’est pas fait mention
de la dépénalisation des délits de presse. Pour le
logement, le programme prévoit de réduire le déficit en
logement de 440.000 unités, et la construction de
maisons individuelles à 800.000,00 dirhams pour la
classe moyenne.
En conclusion, le programme du nouveau gouvernement est
décevant. Il se contente de cataloguer les problèmes
sans y apporter des propositions concrètes. Il n’a pas
fixé les priorités à réaliser absolument pendant la
législature. Il a enfin manqué de courage, notamment sur
la réforme fiscale, la Caisse de compensation,
l’introduction de la finance islamique, et la révision
du Code de la presse. La société civile doit rester très
vigilante pour contribuer à sortir notre pays des graves
difficultés qu’il rencontre.
Jawad Kerdoudi
Consultant Economiste
Président de l’IMRI |
La France perd le triple A
Quel impact sur l’économie marocaine ? |
|
Pour comprendre le triple A, il faut revenir aux
Agences de notation financière. Ces dernières sont des
organismes privés qui ont pour but l’évaluation
financière des acteurs économiques. Sont concernées
notamment les dettes souveraines, les banques, les
grandes sociétés.
Les Agences de notation financière évaluent uniquement
le risque financier, et émettent une opinion sans
garantie de leur part, et sans responsabilité pour les
conséquences. Les critères que les agences de notation
doivent respecter sont l’objectivité, l’indépendance, la
transparence, l’information du public, un bon niveau de
ressources financières et humaines, et enfin de la
crédibilité. Il existe près de 150 Agences de notation
dans le monde, mais trois « The big Three » dominent à
94% le marché : Standard & Poor’s à égalité avec Moody’s
(40%) et Fitch (14%). Les Agences de notation disposent
d’une échelle de notation aussi bien pour le long terme
que le court terme. A titre d’exemple Standard & Poor’s
dispose de 22 niveaux de gradation pour le long terme
échelonnée de la lettre A à la lettre D. La première
qualité étant AAA, et la dernière D : défaut de
paiement. Pour le court terme, elle dispose de 6 niveaux
de gradation A. 1+ (première qualité) jusqu’à C (peu
d’espoir de recouvrement). A titre d’exemple l’Agence
Standard & Poor’s a noté le 1er Décembre 2011 le Maroc,
BBB pour les dettes à long terme, et A3 pour les dettes
à court terme, correspondant dans son échelle à
« qualité moyenne inférieure ». A noter enfin que les
Agences de notation sont rémunérées par leurs clients,
et ont été l’occasion d’un vive polémique dans l’affaire
ENRON et lors de l’évaluation des Subprimes aux
Etats-Unis, ce qui a diminué relativement leur
crédibilité. Depuis la crise financière internationale
2008-2009, elles sont étroitement surveillées notamment
par la SEC américaine (Securities and exchange
commission) et par l’Autorité européenne des marchés
financiers. On leur reproche aussi d’alimenter la
spéculation sur les marchés financiers. Il n’en demeure
pas moins que leur notation a toujours un effet
considérable, comme ça a été le cas le 5 Août 2011,
lorsque le note de la dette souveraine à long terme des
Etats-Unis a été dégradée.
Le 13 Janvier 2012, Standard & Poor’s a dégradé la note
souveraine de 9 pays de l’Union européenne. La France et
l’Autriche sont passés de AAA à AA+ (perte du triple A),
l’Italie et l’Espagne ont été dégradés de 2 crans,
Malte, la Slovaquie et la Slovénie d’un cran, tandis que
les dettes du Portugal et de Chypre ont été classées
dans la catégorie investissements spéculatifs. Seule 4
pays de l’Union européenne ont pu conserver le triple
A : l’Allemagne, la Finlande, le Luxembourg et les
Pays-bas. Pour justifier cette dégradation, Standard &
Poor’s estime que les solutions apportées à la crise de
la dette souveraine de la zone euro sont insuffisantes.
Elle critique les institutions politiques européennes
pour leur manque d’efficacité, de stabilité et de
prévisibilité. Elle leur reproche d’avoir utilisé un
seul pilier, l’austérité budgétaire, sans mobiliser les
autres. Elle trouve que les Fonds de secours de la zone
euro sont insuffisants en ressources et en flexibilité.
Pour le cas de la France, elle relève le niveau élevé de
la dette publique et la rigidité du marché de travail.
Cette dégradation de l’Agence Standard & Poor’s a eu
l’effet d’un bombe, dans un climat économique européen
malsain, marqué par le problème de la dette souveraine
grecque qui n’a pas encore trouvé de solution, et par la
difficulté d’alimenter le FESE (Fonds européen de
stabilité financière) qui lui aussi a perdu son triple
A. Les réactions ne se sont pas fait attendre :
Bruxelles considère cette décision comme une
« aberration », le Premier ministre français l’estime à
contre-temps, le candidat Hollande comme la perte d’une
bataille, tandis que l’Allemagne essaie de calmer le
jeu, en rappelant que les liens entre tous les pays
européens sont très étroits, et que les mesures prises
pour résoudre la crise de la dette sont sur la bonne
voie.
Les conséquences de cette prise de position de Standard
& Poor’s sont multiples. Elles peuvent d’abord être
psychologiques dans une Europe qui est en
quasi-récession. Plus concrètement, elles peuvent
entraîner des baisses des Bourses européennes, et agir
sur le climat des affaires. En effet, il est à craindre
un relèvement des taux d’intérêt pour les prochains
emprunts des pays concernés, qui risque de se répercuter
sur les crédits bancaires aux entreprises et aux
ménages. Ceci pourrait entraîner une baisse des
investissements et de la consommation, et augmenter le
taux de chômage. Cependant, ce sont les semaines à venir
qui vont nous éclairer. Certains économistes argumentent
que les marchés financiers ont déjà anticipé la perte du
triple A, et n’envisagent pas de répercussion grave sur
les taux d’intérêts et d’activité économique. D’autre
part, les Agences de notation Fitch et Moody’s ont
maintenu le triple A pour la France. Ces économistes
citent aussi comme exemple les Etats-Unis qui malgré la
perte du triple A, ont pû emprunter dans de bonnes
conditions.
Notre pays le Maroc doit suivre attentivement la
situation en Europe qui concentre les 2/3 de nos
échanges, investissements, tourisme, transferts
financiers. Et ce particulièrement pour la France, qui
est notre premier client, fournisseur, investisseur, et
pourvoyeur de touristes et de transferts financiers.
D’autre part, une détérioration des banques françaises
peut avoir des conséquences sur leurs filiales au Maroc.
La diversification de nos partenaires économiques
devient de plus en plus impérieuse. D’abord en Europe,
où nous devrons intensifier nos relations avec
l’Allemagne, qui s’érige en première puissance
économique européenne, et avec les autres pays
est-européens. En dehors de l’Europe, nous devons
développer nos échanges avec l’Afrique sub-saharienne,
les pays de Golfe, l’Amérique et l’Asie. La
réorientation externe de notre économie est un
impératif.
Jawad Kerdoudi
Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales)
|
Maroc
Les défis à court et long terme |
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L’année 2012 a débuté avec un nouveau gouvernement
marocain issu des élections législatives du 25 Novembre
2011. Le Printemps arabe a été doux pour le Maroc, dans
la mesure où il n’y a eu ni violences ni effusion de
sang.
Ceci est dû aux grands chantiers
économiques et sociaux lancés par le pouvoir Royal
depuis une décennie. Suite au mouvement du 20 Février
2011, véritable déclencheur du changement politique, le
discours du Roi du 9 Mars 2011 et la nouvelle
Constitution adoptée le 1er Juillet 2011 ont apporté une
réponse qui a apaisé les esprits. Le gouvernement
Benkirane issu des transactions avec les partis et le
Palais, a certes donné lieu à un exécutif lourd,
hétérogène, et comprennent une seule femme. Il faut
espérer cependant que ce gouvernement puisse répondre
aux nombreux défis de notre pays.
Le défi le plus immédiat est celui de la Loi de finances
2012. On se rappelle que cette dernière avait été
élaborée par le précédent gouvernement, puis retirée du
Parlement sans explications. Le déficit budgétaire a été
de 4,6% du PIB en 2010, et on s’attend à un déficit de
6% en 2011. Ce dernier déficit est dû principalement aux
augmentations de salaires, et au déséquilibre de la
Caisse de Compensation qui a atteint en 2011 50
milliards de dirhams. Tout le problème de la loi de
finances 2012 est de ne pas trop aggraver le déficit
budgétaire, tout en satisfaisant même partiellement les
promesses électorales. Rappelons que le programme
économique du PJD, qui sera certainement amendé lors de
la déclaration gouvernementale devant le Parlement,
était très ambitieux. Il table sur une croissance de 7%,
un déficit budgétaire de 3%, un SMIG mensuel de 3.000
dirhams, et la création de 250.000 emplois. Ce même
programme prévoit sur le plan fiscal une baisse de l’IS
à 25% et l’exonération de la TVA pour les produits
alimentaires et les médicaments. Pour réaliser même en
partie ce programme, il est nécessaire de diminuer les
dépenses et augmenter les recettes publiques. Pour
réduire les dépenses, ce gouvernement aura-t-il le
courage de geler les salaires et de réduire les
prestations de la Caisse de compensation ? Pour
augmenter les recettes, établira-t-il un impôt sur la
fortune, touchera-t-il à la dépense fiscale, et
taxera-t-il lourdement les produits de luxe ? Autant ses
questions qui ne recevront de réponses que dans un au
deux mois. En tous cas, la loi de finances 2012 ne
pourra se baser que sur un taux de croissance de 4,5 à
5%, étant donné la faible croissance de l’Union
européenne (+1,8%), avec laquelle le Maroc opère les 2/3
de ses échanges. Il faut enfin s’attendre à une forte
pression des partis d’opposition au Parlement qui
connaissent bien les dossiers, et du Cabinet royal qui
compte maintenant 11 Conseillers de haut niveau.
Outre la loi de finances, d’autres problèmes doivent
recevoir une amorce de solution dès 2012, mais qui ne
pourront être résolus qu’à long terme. Il s’agit tout
d’abord du problème du chômage qui touche
particulièrement les diplômés et les jeunes. C’est une
question qui exige une mobilisation de tout le
gouvernement, et une politique vigoureuse de formation
pour répondre aux besoins du marché du travail. Autre
problème préoccupant, le déficit de la Balance des
paiements qui s’élève à 5% du PIB, et qui ne permet plus
que le financement de 5 mois d’importations. Le déficit
est dû principalement au déséquilibre de la Balance
commerciale où les exportations ne couvert que 48% des
importations. Tenant compte de la conjoncture économique
défavorable internationale et particulièrement en
Europe, on peut craindre une baisse des investissements
directs étrangers, des recettes du tourisme et des
transferts des RME, qui contribuent grandement à
l’équilibre de la Balance des paiements.
Lors de sa campagne électorale, le PJD s’est engagé à
lutter contre le « fassad » c'est-à-dire la corruption,
la spéculation, le népotisme et l’économie de rente,
afin de moraliser la vie publique. C’est un combat de
longue haleine qui exige beaucoup de détermination face
à des lobbys puissants. Il s’est engagé également à
réformer et améliorer les prestations des départements
de l’éducation, de la justice et de la santé. Malgré les
plans d’urgence mis en œuvre, ces corps de l’Etat sont
encore défaillants pour remplir leur mission. Nous avons
besoin d’une éducation qui met fin à l’analphabétisme,
et qui forme un citoyen respectueux des valeurs morales,
et compétent pour exercer un métier. D’une justice
rapide, équitable, et intègre, et de services de santé
qui permettent à toute personne là où elle se trouve, de
se faire soigner efficacement. Les autres déficits
sociaux concernant la couverture médicale qui n’est pas
assurée à tous, et le logement social qui ne profite pas
à toutes les catégories défavorisées de notre pays.
En conclusion, les défis qui assaillent notre pays sont
énormes. En tant que société civile, nous devrons aider
autant que possible à résoudre les problèmes, et rester
très vigilants sur la démocratie, la bonne gouvernance
et le respect des libertés individuelles et collectives.
Jawad Kerdoudi
Consultant Economiste
Président de l’IMRI |
Relations internationales
Les grands dossiers de 2012 |
L’année 2011 qui vient de s’achever a été très chargée
sur le plan politique et économique. Sur le plan
politique, c’est indéniablement les révoltes dans le
monde Arabe qui ont marqué l’actualité de cette année.
Pas moins de quatre dictateurs arabes ont été démis de
leurs fonctions, tandis que d’autres pays arabes ont été
obligés de procéder à des réformes politiques en
profondeur.
On peut citer également la disparition de Oussama Ben
Laden, et le départ définitif des soldats américains
d’Irak. Le Japon a également connu en 2011 un terrible
tsunami à Fukushima mettant sérieusement en cause
l’énergie nucléaire. Enfin l’année politique s’est
terminée par le décès de Vaclav Havel, un homme qui a
voué toute sa vie à la cause de la liberté, et son
contraire le dictateur nord-coréen Kim Jong. Sur le plan
économique, l’année 2011 a été marquée par la grave
crise financière et économique qui a frappé l’Europe et
plus particulièrement la Zone Euro.
L’année 2012 dans le cadre de la continuité, va
reprendre certains dossiers qui n’ont pas encore trouvé
leur aboutissement. Il s’agit tout d’abord du Printemps
arabe dont les conséquences restent indécises. Le
dossier le plus brûlant est celui de la Syrie, où malgré
l’envoi d’une mission d’observateurs de la Ligue arabe,
la répression sanglante continue et a fait déjà 5.000
morts. Il est très difficile de prévoir ce qui va s’y
passer, d’autant plus qu’une intervention étrangère
parait peu probable, du fait qu’elle pourrait embraser
toute la région très sensible du Moyen-Orient. Si la
Tunisie a pû se doter d’institutions crédibles, ce n’est
pas le cas de l’Egypte où l’armée se campronne au
pouvoir, ou de la Libye où tout est à construire du fait
du vide laissé par Kaddafi. Le cas du Yémen malgré le
départ Président Saleh reste également compliqué du fait
des luttes intestines qui sévissent dans ce pays. Le
Maroc est plus stable grâce à la réforme
constitutionnelle et l’arrivée au pouvoir d’un parti
d’opposition après des élections transparentes, tandis
que l’Algérie, le Jordanie et les pays du Golfe se
cantonnent dans l’immobilisme, et n’envisagent pas de
réformes politiques significatives. Le trait dominant
des élections qui ont déjà eu lieu dans certains pays
arabes est la montée des partis islamistes. Aussi le
dossier du Printemps arabe est loin d’être fermé, et
beaucoup d’incertitudes pèsent sur l’instauration d’une
véritable démocratie dans les pays arabes respectant les
droits fondamentaux de l’Homme.
Non loin du monde arabe, l’Iran pose problème du fait de
son intention non déclarée de se doter de l’arme
nucléaire, et de la menace récente de bloquer le détroit
d’Ormuz par lequel transite 40% du pétrole mondial. La
mise en exécution de cette dernière menace serait
catastrophique pour l’économie mondiale, dans la mesure
où elle ferait grimper le prix du baril de pétrole à 200
ou 300 $. L’Occident et la Chine ne pourraient
l’accepter, d’où le risque d’un conflit armé localisé au
départ, mais aux conséquences imprévisibles. Il faut
souhaiter que les parties concernées fassent l’effort de
« raison garder » pour préserver la paix mondiale.
Toujours dans le Moyen-Orient, l’intransigeance d’Israël
à chercher le chemin de la paix vis-à-vis de son conflit
avec les Palestiniens, risque de faire monter la tension
si aucun initiative n’est prise d’ici le 26 Janvier
2012, date qu’à fixé le Quartette sur le Proche-Orient
pour recevoir de nouvelles propositions des deux
parties. Les autres pays de la région (Afghanistan,
Irak, Pakistan) sont loin de connaître la tranquillité,
puisque des attentats meurtriers s’y multiplient de jour
en jour.
Autre dossier important de 2012, la crise économique née
aux Etats-Unis en 2008, et qui n’a cessé de provoquer
des effets dévastateurs dans le monde entier. C’est
l’Europe et tout particulièrement la zone euro qui
souffrent actuellement le plus, du fait d’un endettement
phénoménal de plusieurs Etats européens. Malgré les
multiples mesures prises de 2009 à 2011, le risque de
l’éclatement de la zone euro persiste. En effet, les
critères de Maastricht se sont avérés insuffisants pour
assurer la stabilité monétaire de la zone. L’Allemagne
et la France ont pris l’initiative de présenter aux
autres membres de l’Union européenne en Décembre 2011,
un nouveau pacte intergouvernemental tendant à contrôler
les déficits budgétaires des pays membres et à mieux
harmoniser les politiques économiques et fiscales. Il
faut espérer que ce pacte pourra être mis en point
pendant la présidence danoise du premier semestre 2012.
Dernier dossier de 2012 les élections présidentielles
qui auront lieu en Mars, Avril et Novembre en Russie,
France et Etats-Unis. On ne peut rester indifférent aux
résultats de ces élections, vu que ces trois pays jouent
un grand rôle sur la scène internationale. Les
Etats-Unis malgré un certain affaiblissement, demeurent
la première puissance politique et économique du monde.
La France qui se classe en cinquième rang de l’économie
mondiale, dispose d’une influence certaine sur le plan
international, du fait de son histoire et de son vaste
réseau diplomatique. Quant à la Russie, c’est le pays le
plus vaste du monde, héritier de l’URSS, et qui dispose
d’importantes ressources naturelles dont le pétrole et
le gaz. Il est impossible de prévoir l’issue de ces
élections présidentielles. Certes les trois présidents
en exercice Poutine, Sarkozy et Obama sont quelque peu
affaiblis par l’usure du pouvoir. Sarkozy et Obama
souffrent tout particulièrement de la crise économique
qui a frappé leur pays. Poutine fait l’objet de
protestations d’une partie de son peuple, qui lui
reproche son manque de démocratie, notamment lors des
dernières élections législatives peu transparentes.
Cependant tous trois ont une chance d’être réélu. Tout
dépend de la force de leur adversaire, et des événements
qui vont se dérouler pendant les prochains mois.
En conclusion, il faut craindre que l’année 2012 soit
aussi chargée que celle qui l’a précédée.
Jawad Kerdoudi
Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales) |
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REVOLTEZ -VOUS |
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A l’aube de cette nouvelle année 2012, et en jetant un
regard sur l’état du monde, je suis rempli d’une grande
tristesse. Quatre constats parmi bien d’autres me
révoltent. Le premier est la persistance de la faim, de
la misère et de la pauvreté dans le monde. Le second est
la manque de libertés et de démocratie dans beaucoup de
pays. Le troisième est l’indifférence vis-à-vis du
changement climatique qui risque d’emporter la planète à
long terme. Le dernier enfin est l’injustice faite aux
Palestiniens quant à la non-reconnaissance de leur droit
à disposer d’un Etat.
Pour ce qui est de la faim, il faut
simplement rappeler que 840 millions de personnes
souffrent de la faim dans le monde. La malnutrition
touche 25% des enfants dans les pays en développement,
et entraîne le décès de 150 millions de moins de 5 ans.
Pour ce qui est de la pauvreté, 2,6 milliards de
personnes (soit 37% de la population mondiale) vit avec
moins de 2$ par jour. D’après une étude du journal
britannique « L’Economist », 55 pays en 2010 souffraient
encore de dictature ou de régimes autoritaires. Cette
étA l’aube de cette nouvelle année 2012, et en jetant un
regard sur l’état du monde, je suis rempli d’une grande
tristesse. Quatre constats parmi bien d’autres me
révoltent. Le premier est la persistance de la faim, de
la misère et de la pauvreté dans le monde. Le second est
la manque de libertés et de démocratie dans beaucoup de
pays. Le troisième est l’indifférence vis-à-vis du
changement climatique qui risque d’emporter la planète à
long terme. Le dernier enfin est l’injustice faite aux
Palestiniens quant à la non-reconnaissance de leur droit
à disposer d’un Etat. ude qui porte sur 167 pays se base sur « un indice de
démocratie » reposant sur cinq critères : le processus
électoral et le pluralisme politique, les libertés
civiles, le fonctionnement du gouvernement, la
participation politique et la culture politique. D’après
cette étude, il n’y aurait que 26 démocraties parfaites,
53 démocraties imparfaites, et 33 régimes hybrides outre
les 55 régimes dictatoriaux et autoritaires. En queue de
liste figure à juste titre la Corée du Nord, dont la
mort récente du dictateur a occasionné une réaction
hallucinante d’un peuple asservi depuis la naissance.
Dans le classement de l’Economist de 2010, la
quasi-totalité des pays Arabes figurait dans la
catégorie régimes autoritaires. Heureusement en 2011,
une véritable révolte a fait chuter quatre dictateurs,
et a fait émerger un espoir de liberté et de démocratie
dans le monde arabe. Il y a encore un long chemin à
parcourir pour que l’ensemble des peuples du monde
puisse bénéficier réellement de la Déclaration
Universelle des Droits de l’Homme, adoptée cependant le
10 Décembre 1948.
Le changement climatique menace sérieusement notre
planète. Les scientifiques ont prouvé qu’il est dû
principalement à l’émanation de gaz à effet de serre,
produite par l’activité de l’homme. Pourtant les
responsables mondiaux sont sourds et aveugles, et
refusent de prendre les mesures nécessaires pour limiter
le réchauffement de la planète. Les Conférence
internationales se suivent : Rio, Copenhague, Durban,
sans parvenir à des engagements concrets. Les grands
pollueurs de la planète : Etats-Unis et Chine freinent
de toutes leurs forces des initiatives de l’Europe qui
vont dans le bon sens. Quant aux pays en développement
qui subissent de plein fouet les conséquences du
réchauffement climatique, ils ne parviennent pas à
obtenir l’aide financière nécessaire pour rendre durable
leur économie.
Le conflit israélo-arabe perdure depuis plus d’un
demi-siècle. Les juifs voulant créer leur pays après des
millénaires de dispersion à travers le monde, ont choisi
la Palestine comme terre d’accueil. La création en 1948
d’un Etat israélien en terre arabe a causé un drame
épouvantable : l’expulsion des Palestiniens qui sont
maintenant près de cinq millions de réfugiés, vivant
dans des conditions déplorables, dans des camps
alimentés par l’aide internationale. L’Europe qui se
sont responsable de l’extermination de six millions de
juifs par le régime nazi, a apporté son soutien
politique et matériel à l’Etat d’Israël depuis sa
création. Plus fort que l’Europe, le soutien des
Etats-Unis à l’Etat hébreu est inconditionnel, et est
motivé par le puissant lobby pro-israélien et certains
mouvements d’obédience chrétienne. Les pays Arabes
faibles et divisés, n’ont rien pu faire pour empêcher ce
drame, de même que l’ONU empêtrée dans ses
contradictions. Alors qu’une solution de paix est
proposée par la Ligue Arabe, reconnaissant de plein
droit l’existence de l’Etat d’Israël, le gouvernement
actuel israélien continue la colonisation de la
Cisjordanie et de Jérusalem, afin d’empêcher par le fait
accompli toute création d’un Etat palestinien viable,
vivant côte à côte avec Israël. Tout dernièrement, les
Etats-Unis et Israël ont tenté d’empêcher la Palestine à
adhérer à l’UNESCO, tandis que l’admission à l’ONU est
en stand-by.
Face à ces grands problèmes, que faire pour leur
apporter une solution ?
Pour ce qui est de la faim, de la misère et de la
pauvreté, la communauté internationale et les pays
concernés ont tenté de lutter contre ces fléaux. L’ONU a
lancé en 2000 les objectifs du millénaire pour le
développement (OMD), agréées par les 193 membres et 23
organisations internationales. Le premier objectif est
de réduire de moitié d’ici 2015 l’extrême pauvreté
(moins d’un dollar par jour) et la faim, en fournissant
à tous un emploi décent et productif. Les autres
objectifs visent à assurer l’école primaire, à
promouvoir l’égalité des genres, réduire la mortalité
infantile, améliorer la santé maternelle, combattre les
pandémies, assurer un environnement humain durable,
enfin construire un partenariat mondial pour le
développement.
L’ONU a fait un bilan des OMD à mi-parcours le 22
Septembre 2010, qui a conclu à des avancées
insuffisantes et des résultats mitigés. A cette date,
925 millions de personnes continuent à souffrir de la
faim, tandis que 884 millions n’ont pas accès à l’eau
potable, et 2,6 milliards d’individus sont démunis
d’installations sanitaires. Les indicateurs sont encore
mauvais par la lutte contre le sida, le développement
durable, et la réduction de la perte de la biodiversité.
D’après le Secrétaire Général de l’ONU, les causes de
cette situation sont le manque d’engagement et de
ressources, le déficit de responsabilité des dirigeants
des pays concernés, enfin l’insuffisance de soutien
technique et de partenariats.
Afin d’accélérer la résolution des fléaux de la faim, de
la misère et de la pauvreté, il y a lieu de réformer les
organisations internationales, notamment l’ONU et la
Banque mondiale, en donnant plus de poids dans la
décision aux pays émergents et en développement. Il faut
également augmenter les ressources financières en
procédant à une taxation de la spéculation
internationale sous toutes ses formes, et notamment les
flux financiers. Afin de réduire l’écart flagrant entre
les pays riches et les pays pauvres, il y a lieu
d’augmenter l’aide publique au développement (APD) des
pays riches à 1% de leur PIB. Enfin, il faut donner plus
de reconnaissance et de moyens financiers aux ONG
agissant dans le secteur du développement économique et
social.
Pour le développement des libertés et de la démocratie à
tous les peuples de la planète, il y a lieu tout d’abord
de réformer le Conseil de Sécurité de l’ONU où cinq pays
disposent du droit de véto, qui ne correspond plus à la
réalité du monde actuel. Toujours dans le cadre de
l’ONU, il faudrait adopter une résolution générale de
suspension de tout membre de l’Organisation, qui
porterait gravement atteinte dans son pays, aux droits
de l’homme, aux libertés, à l’Etat de droit et à la
démocratie. Il faut saluer et étendre la décision de
l’Organisation Africaine, de non-reconnaissance de tout
pouvoir issu d’un coup d’Etat militaire. Une autre
mesure consisterait à codifier le droit d’ingérence, par
la force s’il faut, dans tout pays ou la population
civile est menacée par ses propres dirigeants. Une
législation internationale devrait d’autre part
interdire toute limitation ou censure des réseaux
sociaux et des mass-médias (Presse, Internet,
télévision, radios). Enfin, il faudrait aider sous
toutes ses formes les mouvements démocratiques qui
luttent contre les régimes autoritaires.
Le développement durable devrait devenir une priorité
internationale, par une sensibilisation plus importante
des populations sur les risques encourus par la planète
du fait du changement climatique. Il faudrait
accompagner cette sensibilisation par l’encouragement
des énergies renouvelables tels que l’éolien et le
solaire, et l’instauration d’une économie verte, pauvre
en carbone, et créatrice d’emplois. Enfin pour ce qui
est du conflit israélo-palestinien, il faudrait que la
communauté internationale et les pays Arabes et
Musulmans en particulier en fassent une priorité. A
l’instar du lobby pro-israélien, il faudrait créer aux
Etats-Unis et en Europe un lobby pro-arabe qui pourrait
défendre la cause des Palestiniens. Des actions
énergiques devraient être menées aux Etats-Unis, pour
amener ce pays à avoir une position plus équilibrée sur
le conflit israélo-palestinien, si nécessaire en
utilisant l’arme économique (pétrole et flux
financiers).
En conclusion, il faut reconnaître qu’il ne suffit pas
de l’année 2012 pour résoudre tous les problèmes du
monde, qui nécessitent beaucoup de temps. Cependant,
l’important est d’en prendre conscience et de contribuer
même très modestement à leur résolution. La pire des
attitudes est l’indifférence, et à l’instar du message
de Stephane Hessel « Révoltez-vous ».
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Le sauvetage de la Zone Euro
Quelles perspectives ? |
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Par Jawad Kerdoudi
L’économie marocaine dépend environ aux
deux tiers de la zone euro, aussi bien au niveau des
échanges, des investissements directs étrangers, que du
tourisme et des transferts des marocains résidant en
Europe. Aussi, nous ne pouvons rester indifférent
vis-à-vis de la situation économique et financière de
cette zone. La zone euro a connu depuis le
déclenchement de la grave crise financière née en 2008
aux Etats-Unis, une situation marquée par un très fort
endettement de certains Etats européens tels que
l’Irlande, la Grèce, le Portugal, l’Espagne et l’Italie.
Ces pays appartenant à la zone euro, et vu les multiples
imbrications économiques et financières entre les
membres, il y a un grand risque de contagion vis-à-vis
des autres pays de la zone. Or lors de la création de
l’Euro, il n’a pas été prévu de règles précises quant à
une politique commune dans les domaines budgétaires,
économiques et fiscaux.
Pour sauver la zone euro, et à l’initiative des deux
grands pays de la zone l’Allemagne et la France, a été
créé le Fonds économique de stabilité financière (FESF)
doté de 250 milliards d’euros, et qui a effectivement
aidé l’Irlande et le Portugal. Mais ce Fonds s’est avéré
insuffisant pour parer aux difficultés financières de
l’Italie et l’Espagne. Entre-temps, l’Agence Moody’s a
baissé la note de trois grands banques françaises,
tandis que Standard and Poor’s menace de dégrader la
note des pays de la zone euro y compris l’Allemagne et
la France.
Devant cette grave situation, un Conseil européen s’est
tenu à Bruxelles, et a adopté dans la nuite du Jeudi au
Vendredi 9 Décembre 2012 un certain nombre de mesures.
Les plus immédiates ont concerné la création d’un
nouveau Fonds appelé Mécanisme économique de stabilité
(MES) qui sera doté de 500 milliards d’euros, et qui
sera opérationnel en Juillet 2012. En parallèle, le FESF
sera prolongé jusqu’à Juin 2013.
Seront également mobilisés le Fonds monétaire
international qui sera doté d’une enveloppe
supplémentaire de 200 milliards d’euros, ainsi que la
Banque Centrale européenne (BCE) qui sera chargée
d’opérer les deux Fonds FESF et MES. Le but de tous ces
fonds est de racheter la dette souveraine des Etats
fragiles afin de diminuer les taux d’intérêt.
A moyen terme, il a été décidé de négocier un nouveau
Traité européen pour refonder la zone euro, et qui sera
rédigé d’ici le mois de Mars 2012. Le Traité aura pour
principal objet un contrôle plus strict des budgets
nationaux des pays membres, et une plus grande cohésion
en matière économique et fiscal. Sur le plan pratique,
les pays membres devront présenter aux institutions
européennes (Commission de Bruxelles et Eurogroupe) les
budgets nationaux, et ce avant le 15 Octobre pour
l’année budgétaire qui suit. En cas de dépassement de 3%
du déficit budgétaire, les institutions européennes
pourront demander des changements au pays concerné, sans
peine de sanctions financières. Par ailleurs, « un règle
d’or » permettant de maintenir les déficits budgétaires
sous le seuil de 0,5% du PIB sur la durée du cycle
économique, devra être intégrée aux législations
nationales, sous le contrôle de la Cour de Justice
européenne. En fait, il s’agit de créer un gouvernement
économique de la zone euro, qui sera contrôlé par le
Parlement européen et les Parlements nationaux.
Comme à son habitude, le Royaume Uni a exigé un
traitement spécifique de la place financière de Londres,
un droit de regard sur les projets de régulation
financière, et a finalement refusé de participer au
prochain Traité. Par contre, l’accord a été conclu par
les 17 pays de la zone euro et six pays non-membres de
la zone euro : Bulgarie, Danemark, Lettonie, Lituanie,
Pologne et Roumanie. Trois pays : Hongrie, République
Tchèque et Suède ont réservé leur réponse en attendant
la consultation de leur Parlement.
En conclusion, il est certain que le prochain Traité
européen renforcera la stabilité de la zone euro. Il est
en effet anormal de disposer d’une monnaie commune, sans
une politique commune en matière budgétaire, économique
et fiscal. Le Maroc a tout intérêt à avoir à l’avenir un
partenaire européen stable et prospère. |
Le programme économique du PJD
Est-il réalisable ? |
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Le PJD a remporté largement
les élections législatives marocaines du 25 Novembre
2011. Il a proposé un programme économique très
ambitieux. En premier lieu, un taux de croissance du PIB
de 7%, un déficit budgétaire de 3%, un SMIC mensuel de
trois mille Dirhams, et la création de 250.000 emplois.
Ses autres propositions portent sur
la réduction de la pauvreté de 50%, la diminution de l’IS
à 25% et du seuil d’investissements à 100 millions de
Dirhams pour bénéficier des avantages spéciaux de la
Commission Nationale des Investissements. Il a complété
ses propositions par la réservation de 30% des marchés
publics aux PME, l’exonération de TVA pour les produits
alimentaires et les médicaments, et la promotion de la
finance islamique. Enfin, il prévoit d’augmenter la
pension de retraite minimum à 1.500 Dirhams et réduire
le taux de chômage de deux points soit à 7,2% de la
population active.
Pour réaliser ces objectifs, le PJD table sur une
amélioration de la gouvernance économique, notamment par
la lutte contre la corruption et l’économie de rente. Il
compte également éradiquer l’analphabétisme pour les
15-24 ans d’ici 2016, renforcer la justice, booster
l’investissement public, et diversifier les
exportations. Afin d’augmenter les recettes de l’Etat,
il compte taxer les revenus les plus élevés et les
signes extérieurs de richesse.
Ce programme économique est-il réalisable ?
Tout d’abord on ne peut qu’être d’accord sur les
propositions d’amélioration de la gouvernance, de lutte
contre la corruption et l’économie de rente,
l’éradication de l’analphabétisme, la réforme de la
justice et la taxation des plus riches. Cependant, force
est de constater que dans la conjoncture actuelle, il
sera très difficile d’atteindre les objectifs
économiques escomptés par le PJD, même à l’issue de la
législature. L’économie mondiale après la grave crise
financière de 2008-2009 ne s’est pas encore relevée.
Plus grave pour nous, l’Europe qui absorbe prés des deux
tiers de notre économie connaît une grave crise de
l’endettement, qui se traduit par une très faible
croissance qui sera de 1,8% en 2012 selon le Fonds
monétaire international.
Le taux de croissance prévu par le programme économique
du PJD est irréaliste. Rappelons que les taux de
croissance réalisés durant les trois dernières années
(2008-2010) ont été de 5,6%, 4,8% et 3,7%, et que le FMI
prévoit un taux de croissance de 4,5% à 5% pour 2012. De
même la réduction du déficit budgétaire à 3% du PIB sera
difficile, puisqu’il a été de 4,6% en 2010 et que le FMI
prévoit un déficit de 7,5% pour 2012, si des mesures
correctives ne sont pas prises. La création de 250.000
emplois est très aléatoire, ainsi que la baisse du taux
de chômage de deux points, si on relève qu’en 2010 il
n’a été créé que 120.000 emplois nets selon le Haut
Commissariat au Plan. Un SMIC à trois mille Dirhams
grèverait gravement la compétitivité de l’économie
marocaine qui n’est pas déjà très forte, du fait que
nous perdons chaque année des parts de marché sur le
plan mondial. Le secteur textile marocain serait
gravement atteint, du fait de la concurrence très vive
de l’Asie.
Les autres mesures : réduction de l’IS à 25%,
l’exonération de TVA sur les produits alimentaires et
les médicaments, la pension retraite minimum à mille
cinq cent Dirhams, vont diminuer les recettes et
augmenter les dépenses de l’Etat. Est-ce que le manque à
gagner va être compensé par la taxation des riches ? Une
étude préalable doit être faite sur cette question. Par
contre, la diminution du seuil d’investissement à 100
millions de Dirhams, la promotion de la finance
islamique, et la réservation de 30% des marchés publics
aux PME, sont de bonnes mesures pour stimuler
l’investissement et élargir les ressources financières
en provenance des pays islamiques. Encore faut-il
renforcer la capacité du PME pour qu’elles puissent
effectivement absorber les 30% des marchés publics.
On peut regretter que le programme économique du PJD n’a
rien prévu de précis pour réduire le déficit abyssal du
commerce extérieur qui s’est élevé à 152 milliards de
Dirhams en 2010, avec un taux de couverture de seulement
48,8%. De même pour le déficit de la balance des
paiements qui va atteindre 5% du PIB en 2011. Rien non
plus pour la Caisse de Compensation, dont le déficit va
atteindre 40 milliards de Dirhams en 2011, dont 85% pour
les produits pétroliers et le gaz butane. Outre qu’elle
constitue une ponction insoutenable sur le budget de l’Etat,
cette Caisse n’est pas ciblée et bénéficie aussi bien
aux riches qu’aux pauvres, et produit un effet pervers
sur le consommateur. En effet ce dernier n’oriente pas
sa consommation en fonction du prix réel du produit
qu’il consomme. La réforme de cette Caisse est de plus
en plus urgente.
En conclusion, la situation économique de notre pays est
très préoccupante. Au delà des positions partisanes, il
y a lieu de multiplier les efforts pour trouver les
meilleures solutions aux grands défis qui nous
attendent. Il faut espérer que le futur Parlement puisse
être le lieu où toutes ces questions difficiles seront
sérieusement examinées, en associant également la
société civile.
Jawad Kerdoudi
Consultant Economiste
Président de l’IMRI
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Printemps arabe : la vague islamique |
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Il s’est étendu par la suite à la
quasi-totalité du monde arabe, soit sous forme de
révolution, soit par l’évolution plus démocratique des
régimes en place. Les révolutions avec chute du
dictateur ont eu lieu en Tunisie, Egypte, Libye et
Yémen. D’autres pays arabes ont connu une évolution de
leur régime politique, tel que le Maroc. Les pays arabes
du Golfe ont été peu touchés jusqu’à maintenant à
l’exception de Bahreïn. La Syrie connaît une répression
sanglante, l’Egypte se débat dans une situation malsaine
où l’armée ne veut pas quitter le pouvoir, tandis que
l’Algérie se complait dans l’immobilisme.
Ce mouvement révolutionnaire acté principalement par des
jeunes, a été aidé par les nouvelles techniques de la
communication et d’information, et galvanisé par les
télévisions satellitaires, dont Al Jazira. Contrairement
à la théorie du complot venu de l’étranger, ce fût un
mouvement spontané des peuples de la région. Les
revendications des manifestants ont porté sur la
situation économique désastreuse, marquée par un chômage
élevé, et des conditions misérables ne permettant pas
une vie digne. Le manque de liberté, la lutte contre la
corruption et le népotisme, les inégalités sociales, ont
été également dénoncés avec force par les manifestants.
Enfin, l’aspiration à la démocratie a été unanimement
réclamée.
Cependant, force est de constater que les principaux
bénéficiaires du Printemps arabe ont été jusqu’à
maintenant les partis islamiques. En Tunisie, les
premières élections libres de l’Assemblée constituante
après la « Révolution de Jasmin » ont donné comme
vainqueur le parti islamique « Ennahda » avec 90 sièges
sur 217, soit un pourcentage de 41,7% de l’Assemblée. Il
est suivi par le parti de centre gauche « Le Congrès
pour la République » qui a obtenu 33 sièges. Le parti
social démocrate « Takatoul » a obtenu 21 sièges, tandis
que le parti centriste PDP n’est parvenu qu’à la 5ème
place, et que la gauche laïque PDM n’a obtenu que 5
sièges. En Libye le 24 Octobre 2011, le Chef du Conseil
National de Transition Mustapha Abdeljalil a affirmé
dans une déclaration que la Chariaa (loi islamique)
serait la principale source de législation dans la
nouvelle Libye.
Au Maroc les élections législatives du 25 Novembre 2011
qui se sont déroulées d’une manière transparente, ont
donné également le parti islamique PJD vainqueur. Il a
remporté 107 sièges sur 395, soit 27,08% de la Chambre
des Représentants. Loin derrière lui, le parti
traditionaliste « Istiqlal » n’a obtenu que 60 sièges,
et le plus grand parti de droite le RNI n’a remporté que
52 sièges. Le parti socialiste USFP a été classé 5ème
avec 39 sièges et le PPS (ex-communiste) n’a recueilli
que 18 sièges. On peut s’attendre à ce que la vague
islamique touche également l’Egypte où le parti des
« Frères musulmans » est très influent, et où les
élections législatives ont débuté le 28 Novembre 2011.
Cette vaque islamique qui a touché la plupart des pays
de la région après le Printemps arabe, peut s’expliquer
par différents raisons. Elle exprime un besoin de
changement et une aspiration à la démocratie. Elle
répond à la plupart des revendications des
manifestants : plus de liberté, lutte contre la
corruption, le népotisme, et les inégalités sociales,
enfin moralisation de la société. Or les partis de
droite et de gauche qui ont gouverné les pays de la
région pendant des décennies, n’ont pas obtenu de
résultats satisfaisants, et ont reçu un vote de
sanction. D’autre part, les partis islamiques ont
toujours mené une politique de proximité vis-à-vis des
plus démunis. Enfin, et d’une façon sous-jacente,
l’attachement à l’Islam est très fort dans tous les pays
arabes, et entraîne une sympathie naturelle vers ceux
qui s’en réclament.
Faut-il craindre ou se féliciter de cette vague
islamique qui a déferlé sur le monde arabe ? En tant que
démocrates nous devons l’accepter, car c’est la volonté
de la majorité du peuple. Mais nous devons également
rester très vigilants quant à d’éventuelles dérives sur
les droits de l’homme et l’égalité homme-femme. Pour
cela, il faut consolider les institutions démocratiques,
renforcer les droits de l’opposition, et élargir le
champ d’action de la société civile. D’autre part, les
partis islamiques pour gouverner, doivent s’allier avec
d’autres partis, qui on l’espère, seront intransigeants
sur les droits de l’homme.
En tous cas, nous vivons une période où le monde arabe
est à la croisée des chemins. Agissons tous pour qu’il
emprunte la bonne voie.
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Forum Medays de Tanger
Quelle évaluation ? |
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La quatrième édition du
Forum Medays à laquelle j’ai eu l’honneur de participer,
s’est tenue à Tanger du 16 au 19 Novembre 2011 sur le
thème « Le Sud dans la gouvernance mondiale au 21ème
siècle ». Elle a connu la participation d’éminentes
personnalités marocaines et étrangères, ainsi que près
de 200 experts internationaux. Les travaux de cette édition ont
concerné tout d’abord les problèmes de la gouvernance
mondiale à l’aube du 21ème siècle. L’unanimité s’est
faite au sujet de la réforme de l’ONU, et notamment du
Conseil de Sécurité qui ne reflète plus l’état du monde
actuel. Concernant le G20, il a été recommandé
l’accélération de la régulation de la finance
internationale, afin de mieux contrôler les transactions
financières, et réduire l’exposition aux risques du
secteur bancaire et financier. Un avis favorable a été
donné à la proposition française de taxer les
transactions financières internationales. Il a été
demandé également l’élargissement du G20 à cinq
représentants non permanents élus pour un mandat de deux
ans. Le Forum a déploré, malgré sa demande de l’année
dernière, qu’une Banque Euro-Méditerranéenne n’a pas
encore vu le jour pour promouvoir les investissements au
sud de la Méditerranée.
Le Forum Medays s’est félicité du Printemps arabe qui a
fait tomber trois dictateurs, et qui a renforcé la
dignité et les droits de l’homme. Il espère que les
révolutions et les évolutions qu’il a entraînées, vont
aboutir à une véritable démocratisation des régimes
politiques concernés. Il appelle la communauté
internationale et notamment l’Europe dans le cadre du
Pacte de Dauvile, à apporter toute l’aide technique et
financière pour assurer une bonne transition
démocratique. Le Forum exhorte la Ligue Arabe à prendre
le leadership dans la résolution des conflits
interarabes, et de soutenir sans compromis la démocratie
et le respect des droits fondamentaux, notamment dans la
grave crise politique que connaît actuellement la Syrie.
Il appelle toute la communauté internationale à
condamner et à protégé les populations civiles contre
les violences armées et la répression sanglante.
Le conflit israélo-arabe qui dure depuis plus d’un
demi-siècle a également retenu l’attention du Forum. La
seule solution à ce conflit est la constitution d’un
Etat palestinien indépendant et viable vivant côte à
côte avec Israël. Lors du Panel concernant les relations
entre les Etats-Unis et le monde arabe, a été noté le
déséquilibre de la position des Etats-Unis en faveur
d’Israël, à qui est accordé un soutien inconditionnel
quelque soit le Président en fonctions. Ce soutien s’est
manifesté dernièrement par le vote négatif des
Etats-Unis à l’adhésion de la Palestine à l’UNESCO, et
même par la suppression de la subvention américaine à
cette organisation humanitaire, qui œuvre pour
l’éducation, la culture, et la préservation du
patrimoine mondial pour les futures générations. Le
Forum exhorte les Etats-Unis à soutenir l’adhésion de la
Palestine à l’ONU, et à renoncer à sa décision de cesser
de verser ses cotisations à l’UNESCO. Il lance un Appel
aux pays arabes et musulmans, et notamment les membres
du Conseil de Coopération du Golfe et de l’Organisation
de la Coopération Islamique, à soutenir financièrement
les institutions internationales accueillant l’Etat
palestinien en tant que membre à part entière.
Malgré les efforts entrepris ces dernières années,
l’intégration économique et des échanges est
insuffisante entre les pays du sud. Tenant compte de la
crise économique qui frappe actuellement les Etats-Unis
et l’Europe, il y a lieu de renforcer les liens
économiques sud-sud, où les grands pays émergents
Brésil, Inde, Chine doivent jouer le premier rôle.
D’autre part, la crise économique mondiale qui persiste,
a quelque peu éclipsé le grand défi du changement
climatique. Il appartient aux pays du sud, qui seront
les premières victimes du réchauffement climatique, à
prendre des initiatives pour relancer les débats sur
cette importante question, et préparer activement les
conférences de Durban en 2011 et de Rio en 2012. L’idée
a également été avancée de l’établissement d’une
institution mondiale, chargée du contrôle du respect des
engagements pris par les Etats dans les Traités
environnementaux.
En conclusion, le Forum Medays a abordé des questions
fondamentales, telles que la gouvernance mondiale, le
Printemps arabe, le conflit israélo-palestinien,
l’intégration économique sud-sud, et les problèmes du
changement climatique. Il ne prétend pas apporter des
solutions définitives, mais son mérite est d’avoir
permis d’en discuter et de proposer aux décideurs des
pistes d’avenir.
Jawad Kerdoudi
Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales)
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Les élections législatives marocaines
Quelle politique étrangère pour l’avenir ? La crise de la Zone Euro |
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Le
25 Novembre 2011, trente trois partis politiques vont
participer aux élections législatives pour former le
prochain Parlement. Il est regrettable que la politique
étrangère est quasi-absente des programmes électoraux de
ces partis.
Certes, il est normal de donner la priorité
aux problèmes intérieurs, mais la politique étrangère est
également importante, d’autant plus que la nouvelle
Constitution adoptée le 1er Juillet 2011, donne toutes
prérogatives au futur gouvernement pour gérer les Affaires
étrangères à l’instar des autres départements ministériels.
Les problèmes de politique étrangère du Maroc sont nombreux
et compliqués. Le premier d’entre eux est la question du
Sahara qui dure depuis trente six ans, et qui n’a pas trouvé
jusqu’à maintenant une solution définitive. Certes, la
position de notre pays sur la scène internationale s’est
beaucoup améliorée grâce au plan d’autonomie du Sahara
présenté en 2007 à l’ONU. Notre position se trouve renforcée
du fait de l’instabilité de la région du Sahel, aggravée par
les conséquences du Printemps arabe, et qui fait craindre à
la communauté internationale l’instauration dans cette
région d’une situation chaotique comparable à la Somalie.
Malgré ces avancées, les négociations de Manhasset
s’essoufflent, et le sort de déplorable de nos compatriotes
à Tindouf n’a pas connu de changement. Aussi faut-il
analyser en profondeur cette importante question et
réfléchir à de nouvelles initiatives propres à faire avancer
notre cause.
Notre région a connu depuis le début de cette année 2011 une
véritable séisme politique désigné sous le nom de Printemps
arabe, qui a fait tomber trois régimes dictatoriaux : le
Tunisie, l’Egypte et la Libye. Des troubles continuent au
Yémen, tandis que la Syrie connaît une répression sanglante.
Certes le Maroc a agi positivement devant cette nouvelle
situation en apportant son aide morale et matérielle à la
Tunisie et à la Libye, Cependant la construction de l’unité
maghrébine reste au point mort, et l’Algérie continue à
faire la sourde oreille à toute solution, et notamment à
l’ouverture de la frontière terrestre algéro-marocaine. Il y
a lieu que notre diplomatie face à ses bouleversements
renouvelle ses analyses et ses plans d’action.
La zone euro connaît l’une des plus graves crises
économiques et financières depuis sa création. Des membres
de cette zone comme l’Irlande, la Grèce, l’Espagne et
l’Italie sont au bord de la faillite. Certes, le Conseil
européen conscient de la gravité de la crise a fait de gros
efforts pour la résorber. Mais cette crise financière va
être durable, et sera accompagnée d’une faible croissance de
l’économie européenne, sinon d’une récession. L’économie
marocaine dépend largement à cette zone, puisque notre
monnaie le dirham est liée très étroitement à l’euro, deux
tiers de nos échanges commerciaux et des investissements
directs étrangers se font sur cette zone, d’où provient la
majorité de nos touristes. Dans ce cas également, il faut
réfléchir à nos relations futures avec cette zone, et
envisager sérieusement une diversification de notre économie
vis-à-vis d’autres régions dont en priorité l’Afrique
sub-saharienne.
Nos relations bilatérales avec les Etats-Unis sont bonnes
tant sur le plan politique qu’économique. Mais la position
de ce pays vis-à-vis du problème palestinien inspire
beaucoup d’inquiétudes. Le Président Obama a fait naître
beaucoup d’espoirs quant au rétablissement de bonnes
relations de son pays avec le monde arabe et musulman. Son
discours du Caire du 4 Juin 2009 annonçant « un nouveau
départ » est resté dans nos mémoires. En Septembre 2010, il
avait espéré que l’ONU accueille dès l’année suivante la
Palestine en tant que nouveau membre. En mai 2011, il avait
déclaré son souhait de la création d’un Etat palestinien sur
la base des frontières de Juin 1967. Hélas en Septembre
2011, les Etats-Unis se sont opposés à l’admission de la
Palestine à l’ONU, et en Octobre 2011 à son admission à
l’UNESCO. Le Président Obama qui a obtenu le prix Nobel de
la Paix le 9 Octobre 2009 a beaucoup déçu les peuples arabes
et musulmans. On peut expliquer le revirement de la
présidence américaine par les difficultés économiques que
connaissent les Etats-Unis depuis la grave crise financière
de 2008, et la montée inexorable du chômage. L’approche des
élections présidentielles de 2012 fait craindre également au
Président Obama un vote négatif du puissant lobby
pro-israélien AIPAC. Il nous appartient en tant qu’ami
traditionnel des Etats-Unis, d’expliquer à ses dirigeants la
grande sensibilité du problème palestinien dans le monde
arabe et musulman, et insisté sur une position plus
équilibrée dans la résolution de ce conflit.
Il faut également réfléchir à nos relations avec les autres
pays du monde. Des efforts de rapprochement ont été faits
avec l’Amérique latine et l’Asie, mais insuffisants. Le
XXIème siècle verra l’éclosion de nouvelles puissances
telles que la Chine, l’Inde, et le Brésil. Il faut dès
maintenant étoffer nos ambassades dans ces régions du monde
pour préparer l’avenir, et multiplier les délégations
économiques vis-à-vis de ces destinations prometteuses.
En conclusion, est lancé par cette chronique un appel aux
partis politiques pour connaître leur position sur ces
questions fondamentales de politique étrangère de notre
pays.
Jawad Kerdoudi
Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales)
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La crise de la Zone Euro
Quel
impact sur l’économie marocaine |
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Rappelons tout d’abord que la Zone Euro est une zone
monétaire qui regroupe les pays de l’Union européenne
qui ont adopté l’euro comme monnaie unique. Elle a été
créée en 1999 par onze pays qui ont été rejoint par six
autres. Actuellement, la Zone Euro comprend 17 pays sur
les 27 de l’Union européenne, dont les principales
économies de l’Europe :Allemagne, France, Belgique, Italie,
Pays-bas, Portugal. Par contre le Royaume-Uni ne s’est pas
joint à la Zone Euro et garde sa monnaie nationale, la livre
sterling. Pour accéder à la Zone Euro, les pays de l’Union
européenne doivent remplir certaines conditions : monnaie
nationale stable, déficit public inférieur à 3% du PIB,
dette publique inférieure à 60% du PIB, inflation maîtrisée,
et indépendance de la banque centrale.
La Zone Euro a plus ou moins bien fonctionné depuis sa
création. C’est ainsi que la parité de l’euro vis-à-vis des
autres monnaies étrangères a été satisfaisante, et que le
rôle de l’euro dans la finance internationale s’est
régulièrement accru. Cependant, la Zone Euro a connu un taux
de croissance moyen nettement inférieur à celui de l’Asie et
des Etats-Unis. Mais c’est à partir de la grande crise
financière internationale de 2008 que la Zone Euro a
commencé à avoir des difficultés. Les deux grands problèmes
qui ont affecté certains pays membres de la Zone Euro ont
concerné le niveau très élevé de la dette publique et du
déficit public. C’est ainsi que si pour l’ensemble de la
Zone Euro en 2010, la dette publique s’est située à 85,1% du
PIB et le déficit public à 6,4%, certains pays sont arrivés
à des chiffres catastrophiques. On peut citer la Grèce qui a
atteint un endettement public de 142,8% du PIB et un déficit
public de 10,5%. L’Irlande a eu un endettement public de
96,2% et un déficit public de 32,4%. Enfin l’Italie,
l’Espagne et le Portugal connaissent également un taux trop
élevé d’endettement et de déficit public.
Devant cette grave crise de la Zone Euro, les dirigeants
surtout allemands et français se sont mobilisés pour sauver
cette zone qui regroupe plus de 300 millions d’habitants. Le
plus urgent étant le cas de la Grèce qui était menacé de
faillite, et qui a fait l’objet du Sommet européen du 26
Octobre 2011. Ce Sommet après de difficiles négociations est
arrivé à trois décisions principales. La première consiste
pour les banques créancières de l’Etat grec à renoncer à 50%
de leurs créances qui correspondent à environ 100 milliards
d’euros. En contrepartie, elles ont obtenu des garanties des
Etats européens pour un montant de 30 milliards d’euros sur
les nouvelles obligations qui seront contractées par elles.
L’objectif de cette mesure est de ramener la dette grecque
actuellement de 165% du PIB à 120% à l’horizon 2020.
La deuxième décision est la recapitalisation des banques à
hauteur de 106 milliards d’euros. Cette recapitalisation
différentielle selon les pays, doit faire l’objet d’un plan
de recapitalisation à présenter par les banques aux
autorités nationales de supervision d’ici fin 2011. Etant
entendu que les créances détenues par les banques ne doivent
pas dépasser 9% de leurs fonds propres d’ici Juin 2012.
Enfin, la troisième mesure est de porter les ressources du
FESF (Fonds européen de soutien financier) actuellement
entre 250 à 275 milliards d’euros, à 1.000 milliards
d’euros. Deux mécanismes seront utilisés à cet effet : la
garantie par les Etats européens des pertes éventuelles des
investisseurs privés, et la création de fonds spéciaux
adossés au FMI destinés à attirer les investisseurs
extérieurs privés ou publics comme la Chine et la Russie.
Outre ces mesures, le Conseil européen a discuté de la
réforme de la gouvernance de la Zone Euro, en prévoyant
notamment la réunion au moins deux fois par an d’un Sommet
de la Zone Euro dont l’objectif est d’étudier les politiques
économiques et fiscales des pays membres. Ces mesures
semblent avoir rassuré les marchés financiers qui ont connu
dès le 27 Octobre des progressions significatives de l’ordre
de 2% (Bourse de Tokyo) à 5,4% (Bourse de Paris). Cependant
on ne peut pas considérer que la crise de la zone euro est
terminée, d’autant plus que le Premier ministre grec a
soumis à référendum le 1er Novembre 2011 l’accord conclu par
le Conseil européen.
Notre pays le Maroc doit être vigilant vis-à-vis de la Zone
Euro et suivre son évolution. L’Europe est un partenaire
économique primordial du Maroc. Tout d’abord notre monnaie
le Dirham, est liée à un panier de devises étrangères dont
l’euro est l’élément principal. D’autres part, pour des
raisons historiques et géographiques, les échanges
commerciaux du Maroc se font aux deux tiers avec l’Europe
aussi bien pour les importations que pour les exportations.
Au niveau des investissements directs étrangers, 65%
proviennent de l’Europe, et constituent un facteur important
du développement de l’industrie et des services. Les
Résidents marocains en Europe participent très largement aux
transferts qui contribuent substantiellement à l’équilibre
de notre balance des paiements. Enfin si on ajoute nos
compatriotes qui résident en Europe et qui viennent passer
leur vacance au Maroc, la part de l’Europe au tourisme
marocain tourne autour de 80%. C’est pour ces raisons qu’il
faut rester très vigilant vis-à-vis de l’évolution de la
Zone Euro, et qu’il faut redoubler d’efforts pour
diversifier notre économie vers l’Afrique, l’Asie, et
l’Amérique.
Jawad Kerdoudi
Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales |
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Le nouveau
panorama méditerranéen à la lumière du Printemps arabe |
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Euromesco (Euro-Mediterranean Study Commission) qui
regroupe les Instituts Euro-Méditerranéens spécialisés
dans le volet politique, a tenu une conférence
internationale les 6 et 7 Octobre 2011 à Barcelone sur
le thème « Un nouveau panorama politique méditerranéen :
le Printemps arabe et les relations
Euro-Méditerranéennes ». Cette conférence a laquelle l’IMRI
a participé à abordé plusieurs sujets tous de grande
importance. Le premier sujet traité a concerné la crise
du système autoritaire dans le monde arabe méditerranéen.
Tous les participants ont admis que les causes du Printemps
arabe sont dûes au manque d’ouverture politique, et même à
la dictature dans certains pays. Ont été cités également le
manque de libertés fondamentales et l’insuffisance de la
démocratie. Pour couronner le tout, certains chefs d’Etat et
leur entourage se sont accaparés les richesses du pays grâce
au népotisme et à la corruption, laissant leur peuple vivre
dans la pauvreté et la misère.
Cette situation lamentable qui a duré plusieurs décennies a
implosé le 17 Décembre 2010 par la tentative de suicide du
jeune tunisien Mohamed BOUAZIZI. La série des révoltes tel
qu’un tsunami a déferlé sur la quasi-totalité des pays
arabes, mais sous différentes formes. Les panélistes ont
fait la différence entre d’une part la Tunisie, l’Egypte et
la Libye qui ont connu une véritable révolution, puisque
leurs dirigeants ont été démis de leur fonctions, et de
nouvelles instances ont pris le pouvoir. Et d’autres part
d’autres pays comme le Maroc, la Jordanie, l’Algérie et
Bahreïn, qui ont entamé des réformes politiques pour assurer
une transition démocratique pacifique. La troisième
catégorie de pays concerne le Yémen et la Syrie, où les
dirigeants ont opté pour une répression brutale laissant peu
de place au compromis. Evidemment, ce diagnostic établi
début Octobre 2011 peut changer dans l’avenir, qui est plein
d’incertitudes quant à l’instauration d’une véritable
transition démocratique.
Les expériences de transition démocratique ont été examinées
notamment en Espagne et dans les pays est-européens. D’après
les participants à la conférence, ces transitions ont été un
succès puisque tous ces pays bénéficient actuellement d’une
véritable démocratie. Pour le cas de l’Espagne, a été mis en
exergue le rôle du Roi Juan Carlos et des deux partis
politiques majeurs, qui ont su capter la voix des électeurs
espagnols et combattre la balkanisation du champ politique.
Pour le cas des pays de l’Est européen, c’est surtout l’aide
multiforme de l’Union européenne, et leur adhésion à
l’Union, qui expliquent le succès de la transition
démocratique. Evidemment le cas des pays méditerranéens
arabes est différent, et chaque pays a ses propres
spécificités. Cependant, ce qui caractérise l’ensemble de
ces pays arabes, est l’existence d’une mouvance islamiste
dont il est difficile d’évaluer l’impact pour le moment. Un
autre danger menace la démocratisation des pays arabes
méditerranéens, c’est le retour possible de l’autoritarisme
sous une forme ou une autre. Cependant l’évolution des
différentes sociétés, marquée par le rôle grandissent des
jeunes, des femmes et de la société civile, permet d’espérer
que les pays arabes méditerranéens réussissent également
leur transition démocratique.
Le Printemps arabe n’a pas laissé indifférent le reste du
monde. C’est l’Europe, du fait de sa proximité géographique
et historique, qui a réagi le plus intensément. D’abord sur
le plan militaire, en participant activement aux opérations
aériennes de l’OTAN en Libye. Puis sur le plan économique,
en procédant à une révision de la Politique de Voisinage,
donnant plus d’importance à l’aide et au soutien des pays
sud-méditerranéens. Il est question également de relancer
l’Union pour la Méditerranée, par la promotion de projets
régionaux qui pourraient impliquer plusieurs pays de la
région. L’autre intervenant majeur a été la Turquie, dont
l’objectif est d’étendre son influence en Méditerranée, pour
pallier aux difficultés d’adhésion à l’Union européenne. Il
est évident que la Turquie, par son importance stratégique
et économique, jouera un rôle de plus en plus grand dans la
région méditerranéenne. Par contre, il a été noté la perte
d’influence dans la région des Etats-Unis d’Amérique, qui
semblent concentrer leurs efforts sur les problèmes
économiques internes, et sur l’Afghanistan et l’Irak où ils
sont lourdement engagés militairement. Quant aux pays BRIC :
Brésil, Russie, Inde, Chine, ils sont restés dans une
certain réserve par rapport au Printemps arabe.
En conclusion, on peut affirmer que le Printemps arabe a été
une heures surprise initiée principalement par les peuples
et la jeunesse de la région. Puisse ce Printemps aboutir une
véritable démocratisation de tous les pays arabes. L’Europe
et le monde arabe doivent apporter leur aide à ce grand
mouvement de libéralisation, afin qu’enfin les peuples
arabes puissent vivre enfin dans la démocratie, la dignité
et la prospérité.
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TGV Tanger-Casablanca
Un cas d’Ecole |
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L’inauguration de la ligne
de train à grande vitesse (LGV) a eu lieu à Tanger le
Jeudi 29 Septembre 2011 en présence des Chefs d’Etat du
Maroc et de la France. Rappelons que ce projet qui a été
initié en 2007, a pour objet la construction d’une ligne
ferroviaire nouvelle à grande vitesse de 200 km reliant
Tanger à Kenitra, et le renforcement de la ligne
classique Kenitra-Casablanca afin de permettre au train
à grande vitesse de relier Tanger à Casablanca.
Cette ligne qui sera achevée fin 2015
permettra d’accéder à une vitesse de 320 km/heure, et
nécessitera un investissement de 20 milliards de dirhams. Le
partenaire privilégié de ce projet est la France, qui
contribuera aux études et à la réalisation de
l’investissement, ainsi qu’à la fourniture du matériel
roulant. Le financement de cet investissement d’un montant
total de 1,8 Milliard d’euros sera assuré par la France (920
M), le Maroc (500M), l’Arabie Saoudite (144M), le Koweït
(100M), Abou Dhabi (70 M) et le FADES (66M).
Les défenseurs de ce projet soulignent qu’il s’agit d’un
investissement structurant avec une rentabilité de 9%, qui
permettra de renforcer et d’améliorer le transport au Maroc,
et qui s’inscrit dans la politique des grands chantiers. La
LGV s’inscrit également dans le schéma directeur des lignes
à grande vitesse établi en 2006, et qui prévoit la
construction de 150km de lignes nouvelles dans le cadre de 2
axes : Atlantique (Tanger, Casablanca, Marrakech, Agadir) et
Maghrébin (Rabat, Fès, Oujda). Cette nouvelle ligne
permettra un gain de temps de 2h35 entre Tanger et
Casablanca, l’accroissement du nombre de passagers de 2
Millions à 8 Millions par an, et la mise en synergie des
deux grands pôles économiques de Tanger et de
Rabat-Casablanca. La LGV permettra de renforcer la sécurité
routière, et de réduire de 20.000 tonnes l’émission de gaz à
effet de serre. Elle permettra également de dégager des
capacités de transport dans la ligne ferroviaire classique,
qui pourront être utilisées pour le transport des
containers. Cette nouvelle ligne permettra l’extension vers
l’Afrique du réseau ferroviaire Trans-européen. La LGV aura
un impact économique au niveau de l’industrie de
sous-traitance, par la construction au Maroc d’une usine de
câbles et composants électriques et électroniques, d’une
usine d’assemblage de l’équipement roulant, et d’un atelier
d’entretien. Au niveau de l’emploi, il est prévu la création
de 5.000 emplois dans les usines de sous-traitance, 2.500
emplois et 30.000 de journées de travail pendant les phases
de travaux et d’exploitation. Enfin au niveau de la
formation, un protocole d’accord a été signé pour la
création d’un Institut de formation aux métiers
ferroviaires.
Les détracteurs de la LGV indiquent que c’est un projet
politique, qui a été affecté en 2007 à la France pour
compenser le non-achat par le Maroc des avions de chasse
français « Rafale ». Ils estiment que le coût est trop
élevé, et qu’il attendrait selon certaines estimations 33
Milliards de Dh, au lieu de 20 Milliards annoncés. Ils se
demandent qu’en ce temps de crise, il ne faudrait pas
s’orienter plutôt vers d’autres projets plus prioritaires,
comme par exemple la lutte contre l’analphabétisme qui
frappe encore 35% de la population, ou l’extension du réseau
ferroviaire actuel vers des destinations non desservies. Ils
dénoncent le manque de transparence de ce projet, qui n’a
fait l’objet d’aucun débat au Parlement quant à sa
rentabilité réelle et son impact effectif sur l’économie
marocaine. Ils soulignent le manque d’appel d’offres pour
l’achat du matériel roulant, qui a été affectée de grè à gré
au français ALSTOM, ainsi que l’absence de financement de la
part de la Banque Européenne d’Investissement (BEI). Aucune
indication précise n’a été donnée quand à la tarification du
LGV, et notamment son adéquation avec le pouvoir d’achat du
consommateur marocain. Enfin plus grave, ils indiquent que
le TGV n’est pas rentable même en France, comme l’a indiqué
en 2008 la Cour des comptes françaises, qui a produit un
rapport d’évaluation du TGV Méditerranée.
Devant ces arguments et contre-arguments, il est difficile
de porter un jugement objectif sans une connaissance
exhaustive et chiffrée des données de ce projet. Maintenant
que ce projet est entré dans sa phase de réalisation, il
serait opportun que le gouvernement publie l’étude qui lui a
permis d’annoncer un taux de rentabilité de 9%, et une étude
complémentaire sur l’impact de ce projet sur l’économie
marocaine. Ceci permettrait du faire adhérer les décideurs
et l’opinion publique à ce grand projet, qui présente par
ailleurs des gros avantages pour notre pays. La leçon à
tirer pour l’avenir est que dans le cadre de la nouvelle
Constitution qui a été adoptée massivement par le peuple le
1er Juillet dernier, il conviendrait que les grands projets
suivent un cheminement normal, en passant par le Parlement,
et en informant l’opinion publique en toute transparence.
Jawad Kerdoudi
Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales)
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