bann2.gif

Accueil

Contact

Imprimer

Ajouter aux favoris

 Nos archives Rabat - Kénitra - Salé - Entretiens

 

Alerte
Quel avenir pour l’audiovisuel public au Maroc ?

Le Ministre de la Communication Mustpaha El Khalfi a donné les explications suivantes. Sur le plan juridique, il s’est référé à l’article 49 de la loi 77/03 promulguée en 2005, qui stipule que le gouvernement prépare les cahiers de charges des chaînes de télévision et de radio nationales. Il rappelle également le décret de 2008 attribuant au Ministère de la communication la préparation des cahiers de charges, la remise au Chef de l’exécutif, qui doit les présenter pour validation à la HACA (Haute autorité de la communication audiovisuelle). Le Ministre a affirmé que ces cahiers de charges ont été préparés en impliquant les professionnels, les experts, les syndicats, et les acteurs de la société civile. Il conclue en disant que ces nouveaux cahiers des charges ont été validés par la HACA le 29 Mars 2012.
Les principales dispositions de ces nouveaux cahiers de charges valables pour la période 2012-2014, et qui doivent entrer en vigueur le 1er Mai 2012, concernent plusieurs volets. Au niveau de la programmation, les programmes religieux ont été augmentés de 52 ministres avec diffusion de l’appel aux cinq prières quotidiennes et la retransmission intégrale de la prière du vendredi par les deux chaînes Al Oula et 2M. Au niveau des langues, les émissions d’Al Oula devraient être en arabe à 80%, et 20% des programmes de 2M seront en langue étrangère. Un bilan pondéré des langues à utiliser par les deux chaînes donne 70% pour l’arabe, 20% pour le tamazight et 10% pour les langues étrangères. Enfin, la publicité pour les jeux de hasard a été interdite, entraînent une perte de recettes pour les deux chaînes de 27 millions de dirhams.
La divulgation de ces nouveaux cahiers de charges a entraîné une vive polémique de la part des professionnels, et également des partis politiques de l’opposition et même de la majorité. Le Directeur de 2M Salim Cheikh a qualifié ces nouveaux cahiers de charges de « dirigistes et qui infantilisent les professionnels ». Il ajoute qu’ils n’ont pas tenu compte des remarques importantes des opérateurs autorisés. Accusant le Ministre de la communication de rétention de l’information, il considère qu’il ne s’agit pas de cahiers de charges, mais d’une grille de programmation qui va bouleverser tout le paysage de la chaîne. Il plaide la cause des professionnels qui vont perdre toute initiative de créativité, et tout le savoir-faire acquis par 2M pendant 23 ans d’expérience. Il prend l’exemple de la BBC et de France télévisions qui laissent une grande liberté aux journalistes pour la conception des programmes et la prise de parole. Il conclue en indiquant que les nouveaux cahiers de charges exigent des budgets importants, alors qu’en même temps la chaîne va perdre des ressources financières équivalant à 25 millions de dirhams, du fait de l’interdiction de la publicité des jeux de hasard. Le SNPM (Syndicat national de la presse marocaine) de son côté tire la sonnette d’alarme quant aux menaces qui planent sur la diversité et la liberté de création.
Les partis d’opposition se sont également manifestés. Salaheddine Mezouar du RNI déclare « cette réforme remet en causse la liberté de créer, et impose un modèle de pensée unique avec une vision rétrograde du champ audiovisuel. C’est une approche antinomique qui n’assure ni diversité de l’offre ni une télévision plus attractive ». Ahmed Réda Chami de l’USFP réclame un amendement de la loi de 2003 afin que les cahiers de charges concernant l’audiovisuel soient présentés et débattus par le Parlement. Même les partis de la majorité ont manifesté leur mécontentement. Nabil Benabdallah du PPS menace de quitter la coalition gouvernementale en cas d’atteinte aux libertés fondamentales. Mohamed Ouzzine du Mouvement populaire, Ministre de la jeunesse et des sports et Président du Conseil d’administration de la Marocaine des jeux et des sports, a aussi évalué l’initiative d’El Khalfi « qui est un Ministre de la communication et non un Mufti ou un Fqih qui interdit et autorise ». Enfin, un membre du parti politique du PPS a déclaré « Ce sont des cahiers de charges que nous considérons comme anti-constitutionnels, car ils remettent en cause le principe de l’ouverture consacrée par la Constitution adoptée le 1er Juillet 2011 ».
En tant que société civile, nous ne pouvons pas rester indifférents à cette question de l’audiovisuel public dans notre pays. Tout d’abord, il est regrettable que ces nouveaux cahiers de charges n’aient pas été discutés en Conseil de gouvernement. Même si la loi ne le prévoit pas expressément, le Chef de gouvernement pour renforcer la solidarité gouvernementale, doit mettre à l’ordre du jour du Conseil de gouvernement toutes les questions sensibles. Ceci n’a pas été également le cas lors de la publication par le Ministre des Transports de la liste des bénéficiaires d’agréments. Le Chef de gouvernement qui dispose de larges prérogatives dans la nouvelle Constitution, doit assurer également la discipline de ses ministres afin d’éviter les déclarations tonitruantes. Dans la conjoncture extrêmement difficile, à la fois régionale et nationale, tout doit être fait pour éviter une crise gouvernementale qui serait grandement préjudiciable à notre pays.
Dans ce cas justement de l’audiovisuel public, il est anormal que seuls 10% du temps soit réservé aux langues étrangères, alors qu’elles servent majoritairement de véhicule à notre administration, à nos entreprises, et à nos universités. On peut s’étonner aussi que la HACA a validé si rapidement ces cahiers de charges, alors qu’en tant qu’organe indépendant du gouvernement, elle doit tenir compte de toutes les composantes de la société marocaine. L’économie de notre pays est tournée aux deux tiers vers l’Europe, tant au niveau du commerce extérieur, du tourisme, des transferts RME, et des investissements. De plus, trois millions de marocains vivent à l’étranger, et ne maîtrisent pas parfaitement l’arabe. Il faut absolument encourager l’apprentissage des langues étrangères (anglais, français, espagnol, allemand) pour parfaire l’ouverture de notre pays explicitement mentionnée dans notre Constitution, sans pour cela enlever la primarité à nos deux langues officielles : l’arabe et le tamazight. Il est aujourd’hui admis que la décision politique, prise sans préparation dans les années 80, d’arabiser les cycles primaires et secondaires dans l’enseignement a fait de nombreux dégâts, dont nos subissons les conséquences négatives encore aujourd’hui. Certes, le PJD a remporté les élections législatives du 25 Novembre 2011, mais il n’a représenté que 27,08 % des voix des électeurs. Aussi, pour toute mesure touchant au projet de société, il est indispensable qu’une large concertation soit mise en œuvre avant toute décision définitive. Pour les nouveaux cahiers de charges de l’audiovisuel public qui ne doit entrer en vigueur que le 1er Mai 2012, il est encore temps de rectifier le tir.
Jawad Kerdoudi
Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales)

Alerte
Les partis d’extrême droite européens
dépassent toutes les limites
Les partis d’extrême droite ont connu en Europe cette dernière décennie une progression inquiétante. Ils existent dans pratiquement tous les pays européens avec une influence différenciée.
Ils parviennent à dépasser 9% de voix dans les diverses élections en Autriche, Allemagne, Belgique, Danemark, France, Finlande et Norvège. Les caractéristiques générales des partis d’extrême droite sont la nostalgie du passé et la haine du présent, le refus du changement et l’anti-individualisme. Ils préconisent l’apologie des élites, la nostalgie du sacré, et surtout la peur du métissage génétique et de l’effondrement démographique, d’où leur haine de l’immigration. Ils défendent la censure des mœurs et sont contre la licence sexuelle, et se déclarent opposés aux intellectuels qui d’après eux n’ont aucun contact avec le réel.
On constate ces dernières années et presque partout en Europe, une concentration de leurs attaques sur l’immigration en général, surtout celle d’origine musulmane. Ceci alors que la communauté musulmane en Europe selon le Pew Research Center ne constitue que 6% de la population totale. Les reproches qui sont fait par l’extrême droite à la communauté musulmane sont d’ordre politique, économique, culturel et social. D’abord, elle fait l’amalgame entre les attentats terroristes commis par quelques éléments de l’Islam radical, et la religion musulmane qui n’a rien à voir avec ces jihadistes. Sur le plan économique, elle impute l’augmentation du chômage au fait que les immigrés prennent la place des nationaux. Sur le plan culturel, elle stigmatise le mode de vie des immigrés musulmans, qu’elle considère contraire aux valeurs occidentales. Enfin sur le plan social, elle se plaint que les immigrés bénéficient indûment des avantages sociaux, sans aucune préférence pour les nationaux. Le plus grave, c’est qu’elle met dans le même sac les immigrés de nationalité étrangère, avec les binationaux qui ont acquis la nationalité du pays d’accueil, ou qui y sont nés.
Deux partis d’extrême droite ont malheureusement dépassé toutes les limites. Il s’agit du Front National en France où Marine le PEN mène une campagne virulente contre les immigrés d’origine musulmane. Elle est allée jusqu’à affirmer dans l’un de ses discours de campagne, que les jeunes musulmans après une activité sportive ne se lavent pas pour des raisons religieuses, et que le viande « halal » présente des dangers sanitaires pour le consommateur français. Le 30 Mars dernier, elle a tout simplement réclamé la dissolution de l’Union des organisations islamiques en France. Elle a enfin déclaré que si elle était élue « elle prendrait toutes dispositions nécessaires pour protéger les Français de la menace islamiste ». De son côté, le parti d’extrême droit Autriche FPO « Parti autrichien de la liberté » a diffusé une affiche en vue des élections municipales de 15 Avril 2012 avec le slogan « l’amour de la patrie plutôt que des marocains voleurs ». Je me sens personnellement insulté ainsi que tout le peuple marocain. A juste titre, notre Ministère des Affaires Etrangères a convoqué l’Ambassadeur d’Autriche à Rabat, l’a rappelé à l’ordre, et lui a demandé d’intervenir auprès des autorités autrichiennes par qu’elles prennent les mesures nécessaires. De son côté, notre Ambassadeur à Vienne a intenté des poursuites judiciaires contre ce parti politique.
Il est temps que les hommes de bonne volonté aussi bien chez nous qu’en Europe réagissent pour stopper cette dérive des partis d’extrême droite, dangereuse pour l’avenir de nos relations, et des communautés vivant de part et d’autre de la Méditerranée. Des efforts sont à entreprendre par les deux parties. Dans les pays d’accueil, notre communauté doit s’organiser pour le strict respect des lois et règlements en vigueur, et doit veiller à avoir un comportement exemplaire et éviter toute provocation. Nos Ambassades et Consulats doivent intensifier leur action pour éviter tout débordement préjudiciable à notre communauté. Nous devons condamner plus vigoureusement les actions terroristes perpétrées sur des civils innocents, et prendre toutes mesures pour éradiquer les fléaux du terrorisme et de l’immigration clandestine. Nos coreligionnaires installés en Europe doivent intégrer les partis politiques qui défendent les idées humanitaires, et participer à la vie publique locale et nationale. Un grand effort doit être fait sur le plan culturel pour mieux expliquer l’Islam tolérant, car la quasi-totalité des européens ignorent tout de cette religion. Ceci peut être entrepris en France par les organisations musulmanes et par la Grande Mosquée de Paris. En plus du côté religieux, il faut montrer au public européen la grandeur de la civilisation musulmane à travers ses savants, ses poètes et ses artistes. A cet égard, il faut féliciter l’Institut du Monde Arabe à Paris et la Casa Arabe à Madrid qui font un travail remarquable. Il faut multiplier ces institutions culturelles dans les autres pays européens et intensifier le rôle de l’ISESCO et des médias culturels arabes qui sont très peu visibles sur la scène internationale. De l’autre côté, les pouvoirs publics européens doivent condamner et sanctionner sévèrement toute instigation à la haine et à la discrimination raciale. Ils doivent accorder un soin particulier aux communautés étrangères installées sur leur territoire, pour veiller à leur assurer un logement décent et une bonne éducation. Ils doivent multiplier les efforts d’intégration, particulièrement au niveau des jeunes. Ce n’est que par des efforts communs et soutenus que seront combattues les idées néfastes des partis européens d’extrême droite.
Jawad Kerdoudi
Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales)
Le mal vivre en ce début de siècle
La montée des extrémismes

On assiste en ce début du 21ème siècle à un mal vivre assez généralisé de l’humanité, qui se manifeste par des actes individuels ou collectifs. On peut citer à titre d’exemple le cas de personnes qui ont « pété les plombs » comme on dit vulgairement.
Le 22 Juillet 2011, un jeune norvégien de 32 ans Anders Brevik pose une bombe devant le siège du gouvernement à Oslo qui fait huit morts. Il se rend ensuite à l’Ile d’Utoya où se tient l’Université d’été de la jeunesse du parti travailliste, et cause la mort de 69 jeunes. Le 11 Mars 2012, un sous-officier américain quitte sa base du District de Panjway en Afghanistan, et se rend dans deux villages voisins où il tue 16 civils dont des femmes et des enfants. Enfin, également le 11 Mars 2012, le jeune franco-algérien Mohamed Merah est présumé coupable de l’assassinat d’un sous-officier français à Toulouse. Il récidive le 15 Mars 2012 avec l’assassinat de deux parachutistes de l’armée française à Montauban. Enfin le comble, il tue de sang froid trois enfants et un enseignant dans une école de confession juive à Toulouse.
Au niveau collectif, le mal vivre s’est exprimé pendant l’année 2011 par ce qu’on appelle désormais le Printemps arabe. Suite au suicide d’un jeune diplômé chômeur en Tunisie, un mouvement révolutionnaire a déferlé sur le monde arabe. Il s’en est suivi la chute des dictateurs de Tunisie, d’Egypte, de Libye et du Yémen. D’autres pays arabes ont dû réformer leur système politique, et prendre des mesures d’urgence pour éviter le pire. Se réclamant du Printemps arabe, le Mouvement des Indignés est apparu en Espagne à partir du 15 Mai 2011 par une série de manifestations spontanées, rassemblant plusieurs milliers de personnes, et relayées par les réseaux sociaux. Ce mouvement s’est étendu par la suite au Portugal, France, Allemagne, Italie, Angleterre, Belgique, Grèce et même aux Etats-Unis.
Quelles sont les raisons qui expliquent ce mal-vivre ?
Elles sont d’ordre politique, économique et social. Sur le plan politique sont mis en cause les systèmes politiques en place, qui ne reflètent pas la véritable démocratie. Sont notamment dénoncés le bipartisme entre droite et gauche, et le manque de représentation des partis politiques et des syndicats. D’où la réclamation d’une réforme électorale, qui permettrait une plus grande participation des citoyens. Les revendications portent également sur la lutte contre la corruption et le népotisme, le droit de tous à la culture, à l’éducation et à la santé. Enfin, le droit à la parole en donnant une place médiatique plus grande aux citoyens. Sur le plan économique et social, sont revendiqués le droit au travail avec une réduction significative du chômage, et le droit à un logement décent. Sont également réclamées les réformes du système économique et financier et de la fiscalité, afin de réduire les inégalités sociales.
Sur le plan international, les raisons du mal vivre sont également multiples. La persistance du conflit israélo-arabe qui dure plus d’un demi-siècle empoisonne les relations internationales. L’intransigeance israélienne à résoudre le problème, exacerbe les sentiments des arabes et des musulmans partout dans le monde. L’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan a augmenté le ressentiment vis-à-vis de l’Occident. Enfin la résurgence de la guerre froide telle qu’elle est apparue dans le cas de la Syrie, complique la situation. Tout cela explique la montée des extrémismes de part et d’autre. D’un côté l’Islam radical qui est minoritaire mais actif, recrute des jeunes musulmans fragiles et mal formés, qui commettent des crimes impardonnables. De l’autre côté, surtout en Europe, les mouvements d’extrême–droite se donnent à cœur-joie pour stigmatiser les étrangers, dénoncer les immigrés, et inciter à la haine. Le résultat est un climat malsain qui couvre actuellement toute la planète.
Certes, les problèmes cités sont nombreux, et il est difficile de leur trouver rapidement une solution. Cependant, les hommes de bonne volonté de par le monde doivent se mobiliser et unir leur voix. Il convient tout d’abord de résoudre le problème israélo-arabe dans le cadre d’un Etat palestinien viable, vivant côte à côte avec Israël. Il faut renforcer la démocratie et l’état de droit en Irak, et quitter le plus rapidement possible l’Afghanistan. Une solution doit être trouvée de toute urgence en Syrie pour arrêter l’effusion de sang. Il faut aider les pays concernés par le Printemps arabe à consolider leur marche vers la démocratie, et à se développer économiquement et socialement. Il faut enfin combattre de toutes nos forces tous les extrémismes de quelques bords qu’ils soient. Un soin tout particulier doit être apporté aux jeunes en général, et en particulier à ceux habitant dans les quartiers populaires défavorisés, pour veiller à leur assurer une éducation valorisante, pour occuper leurs loisirs notamment par l’exercice du sport, et surtout les aider à trouver un travail pour subvenir à leurs besoins.

Jawad Kerdoudi
Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales)

Syrie : Halte au massacre
Pour un droit d’ingérence des Nations Unies

Suite au Printemps arabe, et à l’instar des autres pays de la région, la Syrie a connu à partir de Février 2011 une vague de contestations populaires sociales et politiques.
Les revendications exprimées par les manifestants concernent l’instauration de la liberté, la levée de l’état d’urgence, la réforme de l’Etat, et le départ du Président Bachar El Assad. Ce dernier a succédé à son père Hafez El Assad en 2000. Lui-même a pris le pouvoir en 1970 à la faveur d’un coup d’état, instituant une dictature héréditaire s’appuyant sur le Parti Baas (El Baath). Rappelons que Bachar El Assad appartient à la minorité chiite alaouite, alors que la majorité des syriens est sunnite, et qu’il existe également une minorité chrétienne.
Les manifestations quotidiennes ont commencé à Daraa à partir du 18 Mars 2011 avec l’incendie de plusieurs bâtiments symboliques du pouvoir : siège du parti Baas et tribunaux. Le 18 Mars de la même année, les manifestations se sont étendues à Damas, Homs et Banias. Le pouvoir réprime dans le sang les manifestations, arguant qu’il s’agit d’actions terroristes à la solde de l’étranger, et provoquant des centaines morts et des milliers de blessés, ainsi que de multiples arrestations. A partir du 25 Mars, malgré des concessions du pouvoir sur le plan social, le mouvement s’étend à toutes les principales villes du pays. Le 3 Août 2011, le Conseil de sécurité de l’ONU condamne à l’unanimité les « violations généralisées des droits de l’homme et l’emploi de la force contre les civils ». Fin Août 2011 est créé le Conseil National Syrien (CNS) qui est lancé officiellement le 1er Octobre 2011 à Istanbul en Turquie.
En 2012, les manifestations et la répression continuent de plus belle. Plusieurs journalistes et photographes étrangers sont tués ou blessés. Le 3 Février, l’armée syrienne n’hésite pas à tirer au char et au mortier sur la population à Homs faisant plus de 260 morts dont des femmes et des enfants. Selon des témoignages crédibles (Human Rightes Watch), des cas de torture sur des enfants sont signalés. Le 14 Février, l’armée syrienne tire deux roquettes par minute sur le quartier meurtri de Baba Amr à Homs, tandis que le 15 Février la ville de Homs est prise d’assaut par les forces du régime syrien. Le 10 Mars, les forces gouvernementales syriennes assiègent et bombardent la ville d’Idleb, qui tombe aux mains du pouvoir le 14 Mars.
Face à ce véritable massacre estimé à près de 9.000 morts, des milliers de blessés, 30.000 réfugiés et 200.000 déplacés, quelle a été la réaction de la communauté internationale ?
L’Europe et notamment la France ont été les premières à réagir. Dès le 23 Mars 2011, le Ministère des Affaires Etrangères français a appelé le pouvoir syrien à « renoncer à tout usage excessif de la force et a condamné les violences qui font des morts et des blessés ». En Août 2011, l’Union européenne a pris une série de sanctions contre la Syrie, notamment l’embargo sur les exportations de pétrole syriennes. Le 17 Février 2011, la France rappelle son ambassadeur à Damas et ferme les consulats généraux d’Alep et de Lattaquié. Aux Nations Unies, dès le 7 Juillet 2011, le Secrétaire Général Ban Kimon appelle à mettre fin à la répression, et le 3 Août de la même année, le Conseil de sécurité condamne la répression par les autorités syriennes. Le 5 Octobre 2011 et 4 Février 2012, deux résolutions de l’ONU condamnant la répression en Syrie ne sont pas adoptées du fait du véto de la Russie et de la Chine. Enfin le 23 Février 2012, Kofi Anan ancien Secrétaire Général, est nommé émissaire de l’ONU et de la Ligue arabe sur la crise en Syrie.
Les Etats-Unis de leur côté prennent le 10 Août 2011 des sanctions économiques contre les sociétés de télécoms et les banques liées à Damas, tandis que leurs avoirs aux Etats-Unis sont gelés. Le 18 Août 2011, le Président Obama déclare que Bachar El Assad devrait démissionner, et condamne à nouveau la répression brutale. Hillary Clinton annonce le même jour un embargo total sur les importations de pétrole syrien aux Etats-Unis. Les pays arabes de leur côté condamnent le pouvoir syrien le 22 Août 2011, et le 22 Novembre 2011, la Ligue arabe suspend l’adhésion de la Syrie à toutes ses réunions, et prend des sanctions politiques et économiques contre le pouvoir syrien. La position arabe ferme contre la Syrie, menée par l’Arabie Saoudite et Qatar, s’expliquent outre les raisons humanitaires, par le rapprochement de la Syrie avec l’ennemi héréditaire des Arabes qu’est l’Iran. Le Maroc a été également très actif, en prenant l’initiative au Conseil de sécurité de l’ONU dont il est membre, d’une résolution visant à identifier une solution définitive à la question de la Syrie. Le Maroc a d’autre part appelé à un arrêt immédiat de la violence dans les territoires syriens.
Avec le seul appui de la Chine, de la Russie et du Venezuela, le régime syrien se trouve compétemment isolé sur la scène internationale. Deux scénarii sont possibles : une solution politique avec le départ de Bachar El Assad et la constitution d’un gouvernement d’union nationale incluant l’opposition, ou l’intransigeance du régime syrien qui l’amènerait à sa perte, et peut être à une guerre civile. En tout cas, il faut arrêter le massacre de la population syrienne par ses propres dirigeants, car la communauté internationale ne peut rester spectatrice de ce que certains ont qualifiés de véritable génocide. Ceci pose le problème du droit d’ingérence que doit s’arroger l’Organisation des Nations Unies, à savoir le droit de violer la souveraineté nationale d’un Etat, dans le cas de massacre de la population par ses propres dirigeants. Ceci implique également la réforme de l’ONU, car il est inadmissible qu’un seul Etat membre permanent du Conseil de Sécurité, puisse bloquer une résolution à caractère humanitaire. En attendant la réforme du Conseil de sécurité, il faudrait que toute résolution de l’Assemblée Générale de l’ONU, votée au deux tiers des pays membres, puisse acquérir le caractère de résolution contraignante.
Jawad Kerdoudi
Consultant Economiste
Président de l’IMRI

Visite de Martine Aubry au Maroc
Les propositions du parti socialiste

J’ai eu le plaisir de participer à la réunion tenue à Casablanca le 11 Mars 2012 par Martine Aubry, Première secrétaire du Parti socialiste français. J’ai pu admirer le talent de cette femme politique chevillée dans ses convictions, et pétrie de générosité.
J’ai pu admirer le talent de cette femme politique chevillée dans ses convictions, et pétrie de générosité. Elle est venue au Maroc principalement pour présenter le programme du parti socialiste français, à la veille des élections présidentielles françaises des 22 Avril et 6 Mai 2012. Sans revenir sur les 60 engagements du candidat François Hollande, je voudrais mettre en exergue les propositions qui le différencient de son principal rival Nicolas Sarkozy, et relever celles qui intéressent plus particulièrement notre pays le Maroc.
L’orientation générale du parti socialiste français vise principalement à renforcer le rôle de l’Etat, à promouvoir les classes les plus défavorisées, et à appréhender l’étranger avec beaucoup d’humanité. C’est ainsi qu’il propose la création d’une banque publique d’investissements consacrée principalement au développement des PME, et la préservation du statut public des entreprises détenues majoritairement par l’Etat telles que EDF, SNCF, la Poste etc. Sans vouloir nationaliser les banques, il propose de séparer les activités qui sont utiles à l’investissement et à l’emploi, des opérations purement spéculatives. Il veut interdire aux banques d’exercer dans les paradis fiscaux, mettre fin aux produits financiers toxiques, supprimer les stocks-options, et encadrer les bonus. Dans le même ordre d’idées, il propose de stopper la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, et de recruter 60.000 agents supplémentaires pour l’éducation dans les cinq années à venir.
Afin d’assurer un meilleur équilibre de la société française et lutter contre les inégalités sociales, il compte engager une profonde réforme fiscale. La première mesure consisterait à garantir une rémunération du livre A d’épargne populaire supérieure à l’inflation, et à plafonner le coût des services bancaires. Le candidat socialiste veut revenir sur les cadeaux fiscaux et les « niches fiscales » qui permettront de dégager 29 milliards d’euros de recettes supplémentaires pour le budget de l’Etat. Les plus riches des Français seront plus imposés par la création d’une taxe supplémentaire de 45% sur le revenu supplémentaire à 150.000 euros par part. A été ajouté hors programme la proposition de taxer à 75% les revenus supérieures à 1 million d’euros par an. Les niches fiscales qui resteront seront plafonnées à 10.000 euros. L’impôt sur la fortune sera également augmenté, et l’abattement sur les successions ramené à 100.000 euros par enfant. D’autre part, le programme socialiste prévoit une augmentation de 15% de l’imposition des bénéfices des banques, la création d’une taxe sur les transactions financières, et d’une agence européenne de notation. Afin de privilégier la croissance plutôt que l’austérité, il propose de renégocier le Traité européen issu de l’Accord du 9 Décembre 2011, et de créer des Euro-obligations. Afin de diminuer la concurrence déloyale notamment vis-à-vis des pays asiatiques, il propose de fixer des règles strictes de réciprocité en matière sociale et environnementale, et de créer une contribution climat énergie aux frontières de l’Europe.
Le programme socialiste accorde une place importante au volet social, afin de promouvoir les classes sociales les plus défavorisées et réduire les inégalités sociales. C’est ainsi qu’il propose l’augmentation de 25% de l’allocation de rentrée scolaire, le départ à la retraite à l’âge de 60 ans de tous ceux qui auront cotisé la totalité de leurs annuités, ainsi qu’une vaste réforme de la dépendance. Grande défenseur des services publics, le candidat socialiste propose de revoir la tarification des soins médicaux fournis par les hôpitaux, la baisse des prix des médicaments, et une assistance médicalisée pour terminer la vie dans la dignité. Pour ce qui est du logement, il propose l’encadrement des loyers, la construction pendant la quinquennat le 2,5 millions de logements avec une priorité accordée au logements sociaux, et la mise à disposition gratuite des terrains de l’Etat aux collectivités locales.
Des mesures également sont prévues pour lutter contre la précarité du travail, pour imposer l’égalité des rémunérations entre les femmes et les hommes, et pour fixer l’écart maximal de 1 à 20 des rémunérations dans les entreprises publiques. Dans le même ordre idée, et afin d’améliorer la cohésion sociale, il est prévu d’accorder le droit de vote aux étrangers pour les élections locales, de lutter contre le « délit de faciès » dans les contrôles d’identité, contre toute discrimination à l’embauche et au logement, et contre le racisme et l’antisémitisme. Des dispositions importantes sont proposées pour combattre le chômage des jeunes : contrat de génération, création de 150.000 emplois d’avenir, formation professionnelle. En matière environnementale, le programme socialiste propose la réduction de la part du nucléaire dans la production d’électricité de 75% à 50% à l’horizon 2025, l’isolation thermique de 1 million de logements par an, et la mise en place d’une Organisation mondiale de l’environnement.
En politique étrangère, le programme du parti socialiste propose d’œuvrer pour la réforme du Conseil de sécurité de l’ONU, de développer les relations de la France avec la rive sud de la Méditerranée, de rompre avec la « Françafrique », de retirer avant fin 2012 les troupes françaises d’Afghanistan, et de soutenir la reconnaissance internationale de l’Etat palestinien. En conclusion, et sans vouloir s’immiscer dans la politique intérieure française, car il appartient aux Français d’élire leur Président, on ne peut qu’être sensible aux propositions du programme socialiste de réduire les inégalités sociales, d’améliorer la cohésion sociale, de traiter avec humanité les étrangers, et de soutenir plus activement la cause palestinienne. D’autant plus que Martine Aubry a déclaré pendant sa visite au Maroc, que le parti socialiste a toujours appuyé l’initiative marocaine d’autonomie au Sahara et qu’il continuera à le faire s’il est au pouvoir.
Jawad Kerdoudi
Consultant Economiste
Président de l’IMRI

Bienvenue à la BERD au Maroc

La Banque européenne pour la reconstruction et le développement dont le siège est à Londres a été créée le 29 Mai 1990 à Paris suite à la chute du Mur de Berlin
L’objectif principal de cette Banque était d’aider les pays est-européens libérés de l’emprise de l’URSS à passer à l’économie de marché. Soixante et un pays sont actionnaires de cette Banque dont l’Egypte et le Maroc, ainsi que l’Union européenne et la Banque européenne d’investissements. Empruntant sur les marchés financiers internationaux à des conditions très avantageuses, la BERD opère à travers des prêts, des prises de participation et des garanties. Axé sur les PECO (Pays d’Europe Centrale et Orientale), ses critères de participation sont : la démocratie pluraliste, l’existence d’un secteur privé, et l’économie de marché. Ses missions sont les investissements dans les projets dans un cadre de concertation, les conseils aux entreprises, en privilégiant le développement durable et l’efficacité énergétique.
Plus précisément, ses moyens d’actions sont le cofinancement par la mobilisation des capitaux internes et étrangers dans les pays d’opération. La BERD agit aussi bien dans le secteur public que le secteur privé, et peut apporter jusqu’à 35% des fonds propres à long terme d’un projet ou d’une entreprise. Elle bénéficie du statut de créancier privilégié, qui lui permet notamment d’échapper à tout rééchelonnement de dette souveraine. Elle permet aussi aux emprunteurs d’accéder aux marchés financiers grâce à sa garantie qui peut couvrir tous les risques ou des risques spécifiques. Vingt banques commerciales ont été sélectionnées pour cofinancer les prêts accordés par la BERD, qui sont d’origine européenne, canadienne et japonaise. Font notamment partie les banques françaises : Crédit Agricole, BNP Paris et Société Générale.
Les formes de cofinancement sont diverses : il peut s’agir de prêts où la BERD est le prêteur officiel pour la totalité, ou de prêts où une fraction est attribuée par la BERD à des banques commerciales locales. La BERD peut également opérer des cofinancements avec d’autres institutions financières internationales. Elle peut octroyer divers mécanismes de garantie, opérer des placements privés de titres, et cofinancer des prêts avec des investisseurs institutionnels. Elle agit enfin avec un souci de grande intégrité et de bonnes pratiques, en procédant notamment à des Appels d’offre pour ses besoins internes, pour réaliser un projet ou pour solliciter un conseil.
De 1991 à maintenant, la BERD a effectué un excellent travail permettent au PECO de jouir de l’économie de marché et d’un développement économique très appréciable. A titre d’exemple, la BERD en 2006 a financé 301 projets pour une valeur de 4,9 milliards d’euros. Les secteurs où la BERD opère sont très divers : infrastructures, industrie, énergie, immobilier et tourisme, télécoms, transports, finances, exploitation de ressources naturelles, et même sécurité nucléaire.
Faisant suite au Printemps arabe et à ses conséquences sur les économies des pays sud-méditerranéens, les Hautes instances de la BERD ont décidé d’élargir son activité à des pays comme le Maroc, la Tunisie, l’Egypte et la Jordanie. Il a été fixé un montant de 2,5 milliards d’euros par an pour les pays de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. L’Egypte va dès maintenant bénéficier d’un financement de 100 à 200 millions d’euros. Un intérêt particulier est porté au Maroc par la BERD, qui a organisé le 27 Février 2012 à Casablanca un grand colloque sur le thème : « Favoriser la croissance et l’investissement pendant la transaction ». Cette journée à laquelle j’ai eu l’honneur de participer, a été marquée par la présence d’un grand nombre de responsables publics et privés. Ont également participé à ce colloque de hauts responsables de Hongrie, Pologne, Serbie et Turquie. Au cours des séances plénières et des ateliers, il y a eu échange avec les responsables de ces pays, qui ont décrit leur expérience dans le développement de leur économie, et dans leur collaboration avec la BERD. Certes le cas des pays est-européens est différent de celui du Maroc, mais il est toujours utile d’étudier l’expérience de ces pays, qui ont réussi à accentuer leur développement économique durant ces vingt dernières années.
La BERD qui va ouvrir très prochainement un bureau à Casablanca a déjà exprimé son intérêt pour le soutien au PME marocaines, au secteur financier, à l’amélioration des services municipaux, à la rationalisation de l’agriculture, et à l’énergie durable. On ne peut que se réjouir de l’installation dans notre pays de ce nouvel acteur économique et lui souhaiter bonne chance.
Jawad Kerdoudi
Consultant Economiste
Président de l’IMRI

Prévisions économiques 2012 du Haut Commissariat au Plan
Pour le maintien d’une institution indépendante pour l’élaboration des statistiques nationales
Le Haut Commissariat au Plan (HCP) a présenté le 15 Février 2012 à Casablanca ses prévisions de l’économie marocaine pour l’année 2012.
Ces prévisions se basent sur une demande mondiale adressée au Maroc, qui n’augmenterait que de 2,1% au lieu de 5,6% en 2011. Cela est dû à la crise mondiale et notamment celles de la zone euro, principale débouché de notre économie. Le cours moyen du pétrole retenu est de 99 $ le baril au lieu de 104 $ en 2011, alors qu’il est prévu une baisse de 14% des matières premières non énergétiques. Il est supposé également une parité euro-dollar de 1,36 et une stabilité des recettes du tourisme international et de transferts RME à leur niveau de 2011. Par contre, il est espéré une augmentation des investissements directs étrangers (IDE) de 10% après leur forte baisse de 37,2% en 2011. Enfin, les hypothèses retenues prévoient une production céréalière de 60 Millions de quintaux, et intègrent les dispositions annoncées dans le Projet de finances 2012.
Selon ces hypothèses, la croissance économique en 2012 sera de 4,1% au lieu de 4,8% en 2011. Les activités non agricoles s’accroîtraient de 4,9%, alors que le secteur primaire enregistrerait une baisse de valeur ajoutée de 2,2%, étant donné les conditions climatiques en cours. La croissance économique serait principalement tirée par la consommation intérieure : +5% pour les ménages et +2% pour les administrations publiques. La formation brute de capital fixer (FBCF) s’accroîtrait de 6%, alors que l’inflation connaîtrait une légère progression à 2,1% au lieu de 1,3% en 2011. Quant aux échanges extérieurs de biens et services, ils dégageraient de nouveau une contribution négative à la croissance du PIB de 1,3 point. Cela s’explique par d’ampleur des importations par rapport aux exportations. Tout ceci entraînerait un déficit budgétaire de 7,1% du PIB qui s’explique en partie par un taux d’investissement (37% du PIB) largement supérieur au taux d’épargne (29,9% du PIB).
Quelle analyse peut-on faire de ces prévisions du HCP ?
Les hypothèses prises en compte pour le calcul de ces prévisions sont globalement correctes. Ont peut cependant émettre des réserves sur le prix du baril du pétrole à 99 $, étant donné les grandes incertitudes qui pèsent sur le marché pétrolier mondial, du fait des relations tendues entre l’Iran et l’Occident (Etats-Unis et Europe). De même, il est difficile de prévoir la parité euro-dollar, du fait de la grave crise financière de la zone euro, et du grand problème financier de la Grèce qui n’est toujours pas réglé. Enfin, l’accroissement des IDE de 10% dépend essentiellement de la conjoncture économique de la zone euro, principal pourvoyeur du Maroc dans ce secteur.
Pour ce qui est des prévisions proprement dites du HCP, ont peut noter que le taux de croissance prévu de 4,1% est nettement insuffisant pour résorber le chômage. La croissance économique dans notre pays reste tributaire du secteur agricole et des conditions climatiques. Il y a lieu d’accélérer le Plan Maroc Vert pour réduire la dépendance de l’économie marocaine vis-à-vis du secteur primaire. Un autre élément à souligner est que la croissance économique du Maroc est tirée principalement par la consommation intérieure et les investissements surtout publics. Le gros point noir est celui des échanges extérieurs, aussi bien le commerce extérieur de biens et services qui souffre d’un déficit structurel, que la balance des paiements qui n’arrive plus à s’équilibrer par les recettes du tourisme, des RME, et des IDE. Pour remédier à cela, il faut mettre en œuvre une véritable politique de promotion des exportations, et trouver les moyens de réduire les importations, notamment par une politique plus active des changes. Il faudrait également prendre toutes les mesures pour augmenter l’épargne nationale, et développer les investissements du secteur privé. Sans des mesures énergiques, le déficit budgétaire de 7,1% du PIB en 2012 risque de déraper davantage, ainsi que le solde de la balance des paiements qui était déficitaire de 6,7% du PIB en 2011.
Rappelons que le HCP est une structure ministérielle érigée en Septembre 2003 en une administration de mission, dont le responsable est nommé par le Roi avec rang de ministre. Il jouit d’une indépendance institutionnelle et intellectuelle dans l’établissement de ses programmes et la conduite de travaux d’enquêtes et d’études. Le HCP est le principal producteur de l’information statistique, économique, démographique et social, et est chargé de l’établissement des comptes de la nation. Ses études portent principalement sur les données de la conjoncture, le cadrage macroéconomique, et la prospective. Il dispose d’un Observatoire des conditions de vie des ménages et d’un Centre d’études et de recherches démographiques. Le HCP élabore ses statistiques conformément aux normes internationales, et a été admis depuis 2005 à la Norme spéciale de la diffusion des données du FMI. Le HCP représente le Maroc, qui est membre depuis 2000, à la Commission statistique des Nations Unies. Concrètement, le HCP a procédé à de très nombreuses études socio-économiques, démographiques sectorielles ainsi qu’à des réflexions prospectives (Maroc 2030). Il a également mené de multiples enquêtes économiques, socio-démographiques et prospectives. Il procède à des publications diverses et à des conférences entrant dans son champ d’activité.
Selon des rumeurs colportées par la presse, le gouvernement actuel envisagerait la disparition du HCP. Certes, c’est de son droit de réformer les activités du HCP, mais il serait souhaitable le maintien d’une institution indépendante pour l’élaboration des statistiques nationales. Ceci permettrait de garantir son objectivité, et sa neutralité vis-à-vis du gouvernement. D’autant plus, que l’indépendance des organes nationaux des statistiques, est fortement recommandée par les organisations internationales : ONU, Banque mondiale, FMI et OCDE.
Jawad Kerdoudi
Consultant Economiste
Président de l’IMRI
Forum de Paris à Casablanca
« Le Nouvel Ordre Mondial »

Interview accordée à Finances News le 09/02/2012
Par Jawad Kerdoudi
Question : Pensez-vous qu’il existe un ou plusieurs printemps arabes ? Et où se situe le Maroc par rapport à ce qui se passe au Maghreb et au Moyen-Orient ?
Réponse : Le Printemps arabe a eu des causes communes à la fois politiques, économiques et sociales. Sur le plan politique les pays qui ont été touchés étaient tous autoritaires, sans respect des droits de l’homme et des libertés individuelles et collectives. Sur le plan économique, les dirigeants de ces régimes se sont accaparés avec leur famille les richesses du pays, dans un environnement marqué par les abus de pouvoir et la corruption. Enfin sur le plan social, seule une minorité bénéficiait du régime, et une large partie de la population vivait sans dignité dans la pauvreté et la misère. Ceci-dit, chaque pays arabe a eu un changement différencié. Les dictateurs de Tunisie, Egypte, Libye et Yémen ont été demis de leurs fonctions, et remplacées par de nouveaux dirigeants après leur fuite ou leur assassinat. Le cas de la Syrie n’est pas encore réglé, du fait de l’appui de la Russie et de la Chine au dictateur Bachar El Assad, qui mène une répression sanglante contre son peuple. D’autres pays sont en stand by comme l’Algérie, la Mauritanie et les pays du Golfe. Quant au Maroc, il a connu une évolution de son régime politique plutôt qu’une révolution. Suite au mouvement du 20 Février 2011, le Roi a réagi rapidement en procédant à une profonde réforme constitutionnelle et à des élections législatives libres, qui ont porté au pouvoir un parti d’opposition. On peut dire que jusqu’à maintenant le Maroc a bien tiré son épingle du jeu.

Question : On estime qu’un nouvel ordre mondial est en train de naître mais concrètement, l’économique pourrait-il prendre le dessus sur le politique ? Et si nouvel ordre économique il y a, où pourrait-on situer le Maroc ?

Réponse : En effet, un nouvel ordre économique est en train de naître. Il se caractérise principalement par la montée en puissance des pays émergents : Chine, Inde, Brésil, Russie. La Chine est devenue la seconde puissance économique du monde, le Brésil est classé sixième devant le Royaume-Uni et l’Italie, tandis que l’Inde et la Russie occupent la neuvième et la dixième place. De plus, depuis la grande crise financière internationale de 2008, l’économie mondiale est tirée par la croissance des pays émergents. Les Etats-Unis et surtout l’Europe connaissent depuis cette crise des taux de croissance médiocres et mêmes négatifs, ainsi qu’un endettement phénoménal. Le Maroc devant ce grand changement, doit réorienter son économie vers les pays émergents qui représentent l’avenir. Il doit également diversifier ses échanges vers l’Afrique sub-saharienne au sud, les pays du Moyen-Orient à l’Est, et l’Amérique à l’Ouest. Le Maroc doit enfin redoubler d’efforts pour la construction de l’Union maghrébine qui peut seule peser sur la scène internationale.
Question : Sur un autre registre, quelle lecture faites-vous de la visite de Mariano Rajoy au Maroc et la réception d’El Othmani par le Roi Juan Carlos ?
Réponse : Les relations maroco-espagnoles sont compliquées. Beaucoup de questions posent problème entre les deux pays. Sur le plan politique, la question des villes marocaines Sebta et Melilia est dans l’impasse. Les espagnols refusent d’en parler, et le Maroc la met pour le moment en stand by. Sur la question du Sahara, la position du gouvernement espagnol est mitigée, tandis que la société civile espagnole apporte un grand appui au Polisario. Sur le plan économique, l’Espagne tente de faire rejeter par le Parlement européen l’Accord agricole entre le Maroc et l’Union européenne pour protéger ses producteurs de fruits et légumes. Sur le plan de la pêche, c’est l’Espagne qui est demanderesse pour permettre à sa flotte de pêche artisanale d’opérer dans les eaux territoriales marocaines. Enfin, il ne faut oublier que prés d’un millier d’entreprises espagnoles opèrent au Maroc, et que plus de 700.000 immigrés marocains résident en Espagne. Tout cela permet de penser que les deux gouvernements marocains et espagnols vont tenter de trouver des solutions aux problèmes bilatéraux afin d’éviter un nouveau clash.
Question : On nous parle souvent du coup du non-Maghreb, sommes-nous en phase de dépasser ce blocage vu que des contacts ont été pris récemment entre les deux pays ?
Réponse : Des études sérieuses ont montré que le coût du non-Maghreb est évalué à une perte de deux points de PIB par chaque pays le composant. En effet, les synergies sont évidentes entre par exemple le Maroc et l’Algérie. Cette dernière est riche en ressources énergétiques (pétrole et gaz) alors que le Maroc en est dépourvues. L’économie marocaine est plus forte que l’algérienne en matière d’agriculture, d’industries de transformation, de tourisme. La fermeture de la frontière terrestre entre le Maroc et l’Algérie bloque également toute exportation par voie terrestre du Maroc vers la Tunisie et la Libye. Certes depuis le Printemps arabe, les relations bilatérales se sont réchauffées entre l’Algérie et le Maroc. Mais pour le moment rien de concret n’a été fait sur les deux grands questions qui divisent les deux pays : l’ouverture de la frontière terrestre, et le problème du Sahara. Des élections législatives vont avoir lieu en Algérie au printemps prochain. Nous allons voir aux résultats de ces élections s’il y aura un véritable changement politique chez notre voisin, ou si le système actuel va perdurer.
Meilleures salutations

Jawad Kerdoudi
Consultant Economiste
Président de l’IMRI
Prière accuser réception

Le programme du nouveau gouvernement marocain
Peu innovant et non chiffré

Nommé le 3 Janvier 2012, le nouveau gouvernement marocain a présenté le 19 Janvier dernier son programme devant le Parlement.
Le document de 93 pages vise l’édification d’une société « solide, stable, solidaire, prospère » et se base sur trois axes fondamentaux : l’action intégrée et complémentaire, l’approche participative, et le souci de lier la responsabilité à la reddition des comptes.

Au-delà de ces grands principes et à la lecture du document, on constate que le programme du gouvernement de Abdelilah Benkirane est peu innovant et ne comporte que quelques chiffres. On aurait souhaité un programme plus ramassé, identifiant clairement les priorités, et chiffrant les propositions à l’horizon 2016, afin d’évaluer les résultats à la fin de la législature. En effet presque tous les sujets traités, sont soit la continuation des gouvernements précédents, soit l’expression de la volonté d’amélioration de l’existant, mais sans définir des propositions concrètes pour y parvenir.
Reprenons cependant les quelques propositions concrètes et chiffrées. Saluons tout d’abord l’affirmation dans le programme de l’Islam tolérant et de l’égalité des deux sexes. En matière économique, le programme cite des chiffres très ambitieux dans la conjoncture nationale et internationale : croissance de 5,5%, inflation 2%, déficit budgétaire 3%, et chômage 8%. Le programme n’indique pas sur quels critères ces prévisions ont été basées, et ne mentionne pas le SMIG à 3.000,00 dh qui était bien mentionné dans le programme du PJD. Pour la réduction du chômage, il se contente de prévoir de nouveaux programmes : Moubadara (Initiative), Taatir (Encadrement) et Istiaab (Assimilation). Or on sait le peu d’efficacité des programmes de ce genre pour la promotion de l’emploi.
Pour la Caisse de Compensation, il se contente de propositions vagues : rationaliser les dépenses et cibler les bénéficiaires. Pour ce qui est de la fiscalité, il parle d’équité fiscale, d’élargissement de l’assiette de l’impôt, et de réduction des exonérations fiscales, mais sans donner de détails, sauf l’exonération du secteur agricole où il mentionne l’ouverture d’un débat. On ne peut que regretter le manque de courage sur la réforme de la fiscalité marocaine qui doit être profonde, et qui est l’élément principal du renforcement des recettes publiques et de la réduction du déficit budgétaire.
En ce qui concerne la politique sectorielle, les seules propositions concrètes sont de porter l’irrigation des terres bour à 60.000 h/an, et le Fonds de développement rural à 1 milliard de dirhams. Pour le tourisme, il est prévu l’achèvement des 8 stations balnéaires à l’horizon 2016, et la mise en œuvre de la vision 2020 avec l’objectif de 250.000 lits en 2016. Pour les investissements étrangers, il est prévu la diversification au Moyen-Orient, l’Amérique et l’Asie. Quant à l’Artisanat, la seule mesure concrète est la formation de 60.000 stagiaires par an à l’horizon 2015. Le programme prévoit également la mise à niveau du secteur financier sans faire référence à la finance islamique, mais en incitant la place financière de Casablanca à « rayonner au niveau du monde arabe et islamique ».
Tout un chapitre est consacré à la bonne gouvernance, avec le renforcement des attributions du Conseil de la concurrence, et en reprenant toutes les idées générales que chacun connaît. Sur le plan social, le programme prévoit l’extension de l’AMO (Assurance maladie obligatoire) à 10 millions de bénéficiaires et l’assurance maladie à 8,5 millions de personnes qui en sont dépourvus. Il se propose de parachever le Code du Travail notamment la loi sur la grève, qu’aucun gouvernement précédent n’avait réussi à faire passer du fait de l’opposition des syndicats, et de réformer le système des retraites sans donner aucune orientation précise. Par contre, pour la lutte contre l’analphabétisme les chiffres sont précis : un million de bénéficiaire par an, et réduction du taux d’analphabétisme à 20% à l’horizon 2016. Pour le Code de la presse, si la liberté d’opinion et d’expression pour les journalistes est reconnue, il n’est pas fait mention de la dépénalisation des délits de presse. Pour le logement, le programme prévoit de réduire le déficit en logement de 440.000 unités, et la construction de maisons individuelles à 800.000,00 dirhams pour la classe moyenne.
En conclusion, le programme du nouveau gouvernement est décevant. Il se contente de cataloguer les problèmes sans y apporter des propositions concrètes. Il n’a pas fixé les priorités à réaliser absolument pendant la législature. Il a enfin manqué de courage, notamment sur la réforme fiscale, la Caisse de compensation, l’introduction de la finance islamique, et la révision du Code de la presse. La société civile doit rester très vigilante pour contribuer à sortir notre pays des graves difficultés qu’il rencontre.

Jawad Kerdoudi
Consultant Economiste
Président de l’IMRI

La France perd le triple A
Quel impact sur l’économie marocaine ?

Pour comprendre le triple A, il faut revenir aux Agences de notation financière. Ces dernières sont des organismes privés qui ont pour but l’évaluation financière des acteurs économiques. Sont concernées notamment les dettes souveraines, les banques, les grandes sociétés.
Les Agences de notation financière évaluent uniquement le risque financier, et émettent une opinion sans garantie de leur part, et sans responsabilité pour les conséquences. Les critères que les agences de notation doivent respecter sont l’objectivité, l’indépendance, la transparence, l’information du public, un bon niveau de ressources financières et humaines, et enfin de la crédibilité. Il existe près de 150 Agences de notation dans le monde, mais trois « The big Three » dominent à 94% le marché : Standard & Poor’s à égalité avec Moody’s (40%) et Fitch (14%). Les Agences de notation disposent d’une échelle de notation aussi bien pour le long terme que le court terme. A titre d’exemple Standard & Poor’s dispose de 22 niveaux de gradation pour le long terme échelonnée de la lettre A à la lettre D. La première qualité étant AAA, et la dernière D : défaut de paiement. Pour le court terme, elle dispose de 6 niveaux de gradation A. 1+ (première qualité) jusqu’à C (peu d’espoir de recouvrement). A titre d’exemple l’Agence Standard & Poor’s a noté le 1er Décembre 2011 le Maroc, BBB pour les dettes à long terme, et A3 pour les dettes à court terme, correspondant dans son échelle à « qualité moyenne inférieure ». A noter enfin que les Agences de notation sont rémunérées par leurs clients, et ont été l’occasion d’un vive polémique dans l’affaire ENRON et lors de l’évaluation des Subprimes aux Etats-Unis, ce qui a diminué relativement leur crédibilité. Depuis la crise financière internationale 2008-2009, elles sont étroitement surveillées notamment par la SEC américaine (Securities and exchange commission) et par l’Autorité européenne des marchés financiers. On leur reproche aussi d’alimenter la spéculation sur les marchés financiers. Il n’en demeure pas moins que leur notation a toujours un effet considérable, comme ça a été le cas le 5 Août 2011, lorsque le note de la dette souveraine à long terme des Etats-Unis a été dégradée.
Le 13 Janvier 2012, Standard & Poor’s a dégradé la note souveraine de 9 pays de l’Union européenne. La France et l’Autriche sont passés de AAA à AA+ (perte du triple A), l’Italie et l’Espagne ont été dégradés de 2 crans, Malte, la Slovaquie et la Slovénie d’un cran, tandis que les dettes du Portugal et de Chypre ont été classées dans la catégorie investissements spéculatifs. Seule 4 pays de l’Union européenne ont pu conserver le triple A : l’Allemagne, la Finlande, le Luxembourg et les Pays-bas. Pour justifier cette dégradation, Standard & Poor’s estime que les solutions apportées à la crise de la dette souveraine de la zone euro sont insuffisantes. Elle critique les institutions politiques européennes pour leur manque d’efficacité, de stabilité et de prévisibilité. Elle leur reproche d’avoir utilisé un seul pilier, l’austérité budgétaire, sans mobiliser les autres. Elle trouve que les Fonds de secours de la zone euro sont insuffisants en ressources et en flexibilité. Pour le cas de la France, elle relève le niveau élevé de la dette publique et la rigidité du marché de travail. Cette dégradation de l’Agence Standard & Poor’s a eu l’effet d’un bombe, dans un climat économique européen malsain, marqué par le problème de la dette souveraine grecque qui n’a pas encore trouvé de solution, et par la difficulté d’alimenter le FESE (Fonds européen de stabilité financière) qui lui aussi a perdu son triple A. Les réactions ne se sont pas fait attendre : Bruxelles considère cette décision comme une « aberration », le Premier ministre français l’estime à contre-temps, le candidat Hollande comme la perte d’une bataille, tandis que l’Allemagne essaie de calmer le jeu, en rappelant que les liens entre tous les pays européens sont très étroits, et que les mesures prises pour résoudre la crise de la dette sont sur la bonne voie.
Les conséquences de cette prise de position de Standard & Poor’s sont multiples. Elles peuvent d’abord être psychologiques dans une Europe qui est en quasi-récession. Plus concrètement, elles peuvent entraîner des baisses des Bourses européennes, et agir sur le climat des affaires. En effet, il est à craindre un relèvement des taux d’intérêt pour les prochains emprunts des pays concernés, qui risque de se répercuter sur les crédits bancaires aux entreprises et aux ménages. Ceci pourrait entraîner une baisse des investissements et de la consommation, et augmenter le taux de chômage. Cependant, ce sont les semaines à venir qui vont nous éclairer. Certains économistes argumentent que les marchés financiers ont déjà anticipé la perte du triple A, et n’envisagent pas de répercussion grave sur les taux d’intérêts et d’activité économique. D’autre part, les Agences de notation Fitch et Moody’s ont maintenu le triple A pour la France. Ces économistes citent aussi comme exemple les Etats-Unis qui malgré la perte du triple A, ont pû emprunter dans de bonnes conditions.
Notre pays le Maroc doit suivre attentivement la situation en Europe qui concentre les 2/3 de nos échanges, investissements, tourisme, transferts financiers. Et ce particulièrement pour la France, qui est notre premier client, fournisseur, investisseur, et pourvoyeur de touristes et de transferts financiers. D’autre part, une détérioration des banques françaises peut avoir des conséquences sur leurs filiales au Maroc. La diversification de nos partenaires économiques devient de plus en plus impérieuse. D’abord en Europe, où nous devrons intensifier nos relations avec l’Allemagne, qui s’érige en première puissance économique européenne, et avec les autres pays est-européens. En dehors de l’Europe, nous devons développer nos échanges avec l’Afrique sub-saharienne, les pays de Golfe, l’Amérique et l’Asie. La réorientation externe de notre économie est un impératif.

Jawad Kerdoudi
Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales)

 

Maroc
Les défis à court et long terme

L’année 2012 a débuté avec un nouveau gouvernement marocain issu des élections législatives du 25 Novembre 2011. Le Printemps arabe a été doux pour le Maroc, dans la mesure où il n’y a eu ni violences ni effusion de sang.
Ceci est dû aux grands chantiers économiques et sociaux lancés par le pouvoir Royal depuis une décennie. Suite au mouvement du 20 Février 2011, véritable déclencheur du changement politique, le discours du Roi du 9 Mars 2011 et la nouvelle Constitution adoptée le 1er Juillet 2011 ont apporté une réponse qui a apaisé les esprits. Le gouvernement Benkirane issu des transactions avec les partis et le Palais, a certes donné lieu à un exécutif lourd, hétérogène, et comprennent une seule femme. Il faut espérer cependant que ce gouvernement puisse répondre aux nombreux défis de notre pays.
Le défi le plus immédiat est celui de la Loi de finances 2012. On se rappelle que cette dernière avait été élaborée par le précédent gouvernement, puis retirée du Parlement sans explications. Le déficit budgétaire a été de 4,6% du PIB en 2010, et on s’attend à un déficit de 6% en 2011. Ce dernier déficit est dû principalement aux augmentations de salaires, et au déséquilibre de la Caisse de Compensation qui a atteint en 2011 50 milliards de dirhams. Tout le problème de la loi de finances 2012 est de ne pas trop aggraver le déficit budgétaire, tout en satisfaisant même partiellement les promesses électorales. Rappelons que le programme économique du PJD, qui sera certainement amendé lors de la déclaration gouvernementale devant le Parlement, était très ambitieux. Il table sur une croissance de 7%, un déficit budgétaire de 3%, un SMIG mensuel de 3.000 dirhams, et la création de 250.000 emplois. Ce même programme prévoit sur le plan fiscal une baisse de l’IS à 25% et l’exonération de la TVA pour les produits alimentaires et les médicaments. Pour réaliser même en partie ce programme, il est nécessaire de diminuer les dépenses et augmenter les recettes publiques. Pour réduire les dépenses, ce gouvernement aura-t-il le courage de geler les salaires et de réduire les prestations de la Caisse de compensation ? Pour augmenter les recettes, établira-t-il un impôt sur la fortune, touchera-t-il à la dépense fiscale, et taxera-t-il lourdement les produits de luxe ? Autant ses questions qui ne recevront de réponses que dans un au deux mois. En tous cas, la loi de finances 2012 ne pourra se baser que sur un taux de croissance de 4,5 à 5%, étant donné la faible croissance de l’Union européenne (+1,8%), avec laquelle le Maroc opère les 2/3 de ses échanges. Il faut enfin s’attendre à une forte pression des partis d’opposition au Parlement qui connaissent bien les dossiers, et du Cabinet royal qui compte maintenant 11 Conseillers de haut niveau.
Outre la loi de finances, d’autres problèmes doivent recevoir une amorce de solution dès 2012, mais qui ne pourront être résolus qu’à long terme. Il s’agit tout d’abord du problème du chômage qui touche particulièrement les diplômés et les jeunes. C’est une question qui exige une mobilisation de tout le gouvernement, et une politique vigoureuse de formation pour répondre aux besoins du marché du travail. Autre problème préoccupant, le déficit de la Balance des paiements qui s’élève à 5% du PIB, et qui ne permet plus que le financement de 5 mois d’importations. Le déficit est dû principalement au déséquilibre de la Balance commerciale où les exportations ne couvert que 48% des importations. Tenant compte de la conjoncture économique défavorable internationale et particulièrement en Europe, on peut craindre une baisse des investissements directs étrangers, des recettes du tourisme et des transferts des RME, qui contribuent grandement à l’équilibre de la Balance des paiements.
Lors de sa campagne électorale, le PJD s’est engagé à lutter contre le « fassad » c'est-à-dire la corruption, la spéculation, le népotisme et l’économie de rente, afin de moraliser la vie publique. C’est un combat de longue haleine qui exige beaucoup de détermination face à des lobbys puissants. Il s’est engagé également à réformer et améliorer les prestations des départements de l’éducation, de la justice et de la santé. Malgré les plans d’urgence mis en œuvre, ces corps de l’Etat sont encore défaillants pour remplir leur mission. Nous avons besoin d’une éducation qui met fin à l’analphabétisme, et qui forme un citoyen respectueux des valeurs morales, et compétent pour exercer un métier. D’une justice rapide, équitable, et intègre, et de services de santé qui permettent à toute personne là où elle se trouve, de se faire soigner efficacement. Les autres déficits sociaux concernant la couverture médicale qui n’est pas assurée à tous, et le logement social qui ne profite pas à toutes les catégories défavorisées de notre pays.
En conclusion, les défis qui assaillent notre pays sont énormes. En tant que société civile, nous devrons aider autant que possible à résoudre les problèmes, et rester très vigilants sur la démocratie, la bonne gouvernance et le respect des libertés individuelles et collectives.


Jawad Kerdoudi
Consultant Economiste
Président de l’IMRI

Relations internationales
Les grands dossiers de 2012
L’année 2011 qui vient de s’achever a été très chargée sur le plan politique et économique. Sur le plan politique, c’est indéniablement les révoltes dans le monde Arabe qui ont marqué l’actualité de cette année. Pas moins de quatre dictateurs arabes ont été démis de leurs fonctions, tandis que d’autres pays arabes ont été obligés de procéder à des réformes politiques en profondeur.
On peut citer également la disparition de Oussama Ben Laden, et le départ définitif des soldats américains d’Irak. Le Japon a également connu en 2011 un terrible tsunami à Fukushima mettant sérieusement en cause l’énergie nucléaire. Enfin l’année politique s’est terminée par le décès de Vaclav Havel, un homme qui a voué toute sa vie à la cause de la liberté, et son contraire le dictateur nord-coréen Kim Jong. Sur le plan économique, l’année 2011 a été marquée par la grave crise financière et économique qui a frappé l’Europe et plus particulièrement la Zone Euro.
L’année 2012 dans le cadre de la continuité, va reprendre certains dossiers qui n’ont pas encore trouvé leur aboutissement. Il s’agit tout d’abord du Printemps arabe dont les conséquences restent indécises. Le dossier le plus brûlant est celui de la Syrie, où malgré l’envoi d’une mission d’observateurs de la Ligue arabe, la répression sanglante continue et a fait déjà 5.000 morts. Il est très difficile de prévoir ce qui va s’y passer, d’autant plus qu’une intervention étrangère parait peu probable, du fait qu’elle pourrait embraser toute la région très sensible du Moyen-Orient. Si la Tunisie a pû se doter d’institutions crédibles, ce n’est pas le cas de l’Egypte où l’armée se campronne au pouvoir, ou de la Libye où tout est à construire du fait du vide laissé par Kaddafi. Le cas du Yémen malgré le départ Président Saleh reste également compliqué du fait des luttes intestines qui sévissent dans ce pays. Le Maroc est plus stable grâce à la réforme constitutionnelle et l’arrivée au pouvoir d’un parti d’opposition après des élections transparentes, tandis que l’Algérie, le Jordanie et les pays du Golfe se cantonnent dans l’immobilisme, et n’envisagent pas de réformes politiques significatives. Le trait dominant des élections qui ont déjà eu lieu dans certains pays arabes est la montée des partis islamistes. Aussi le dossier du Printemps arabe est loin d’être fermé, et beaucoup d’incertitudes pèsent sur l’instauration d’une véritable démocratie dans les pays arabes respectant les droits fondamentaux de l’Homme.
Non loin du monde arabe, l’Iran pose problème du fait de son intention non déclarée de se doter de l’arme nucléaire, et de la menace récente de bloquer le détroit d’Ormuz par lequel transite 40% du pétrole mondial. La mise en exécution de cette dernière menace serait catastrophique pour l’économie mondiale, dans la mesure où elle ferait grimper le prix du baril de pétrole à 200 ou 300 $. L’Occident et la Chine ne pourraient l’accepter, d’où le risque d’un conflit armé localisé au départ, mais aux conséquences imprévisibles. Il faut souhaiter que les parties concernées fassent l’effort de « raison garder » pour préserver la paix mondiale. Toujours dans le Moyen-Orient, l’intransigeance d’Israël à chercher le chemin de la paix vis-à-vis de son conflit avec les Palestiniens, risque de faire monter la tension si aucun initiative n’est prise d’ici le 26 Janvier 2012, date qu’à fixé le Quartette sur le Proche-Orient pour recevoir de nouvelles propositions des deux parties. Les autres pays de la région (Afghanistan, Irak, Pakistan) sont loin de connaître la tranquillité, puisque des attentats meurtriers s’y multiplient de jour en jour.
Autre dossier important de 2012, la crise économique née aux Etats-Unis en 2008, et qui n’a cessé de provoquer des effets dévastateurs dans le monde entier. C’est l’Europe et tout particulièrement la zone euro qui souffrent actuellement le plus, du fait d’un endettement phénoménal de plusieurs Etats européens. Malgré les multiples mesures prises de 2009 à 2011, le risque de l’éclatement de la zone euro persiste. En effet, les critères de Maastricht se sont avérés insuffisants pour assurer la stabilité monétaire de la zone. L’Allemagne et la France ont pris l’initiative de présenter aux autres membres de l’Union européenne en Décembre 2011, un nouveau pacte intergouvernemental tendant à contrôler les déficits budgétaires des pays membres et à mieux harmoniser les politiques économiques et fiscales. Il faut espérer que ce pacte pourra être mis en point pendant la présidence danoise du premier semestre 2012.
Dernier dossier de 2012 les élections présidentielles qui auront lieu en Mars, Avril et Novembre en Russie, France et Etats-Unis. On ne peut rester indifférent aux résultats de ces élections, vu que ces trois pays jouent un grand rôle sur la scène internationale. Les Etats-Unis malgré un certain affaiblissement, demeurent la première puissance politique et économique du monde. La France qui se classe en cinquième rang de l’économie mondiale, dispose d’une influence certaine sur le plan international, du fait de son histoire et de son vaste réseau diplomatique. Quant à la Russie, c’est le pays le plus vaste du monde, héritier de l’URSS, et qui dispose d’importantes ressources naturelles dont le pétrole et le gaz. Il est impossible de prévoir l’issue de ces élections présidentielles. Certes les trois présidents en exercice Poutine, Sarkozy et Obama sont quelque peu affaiblis par l’usure du pouvoir. Sarkozy et Obama souffrent tout particulièrement de la crise économique qui a frappé leur pays. Poutine fait l’objet de protestations d’une partie de son peuple, qui lui reproche son manque de démocratie, notamment lors des dernières élections législatives peu transparentes. Cependant tous trois ont une chance d’être réélu. Tout dépend de la force de leur adversaire, et des événements qui vont se dérouler pendant les prochains mois.
En conclusion, il faut craindre que l’année 2012 soit aussi chargée que celle qui l’a précédée.

Jawad Kerdoudi
Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales)
REVOLTEZ -VOUS

A l’aube de cette nouvelle année 2012, et en jetant un regard sur l’état du monde, je suis rempli d’une grande tristesse. Quatre constats parmi bien d’autres me révoltent. Le premier est la persistance de la faim, de la misère et de la pauvreté dans le monde. Le second est la manque de libertés et de démocratie dans beaucoup de pays. Le troisième est l’indifférence vis-à-vis du changement climatique qui risque d’emporter la planète à long terme. Le dernier enfin est l’injustice faite aux Palestiniens quant à la non-reconnaissance de leur droit à disposer d’un Etat.
Pour ce qui est de la faim, il faut simplement rappeler que 840 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde. La malnutrition touche 25% des enfants dans les pays en développement, et entraîne le décès de 150 millions de moins de 5 ans. Pour ce qui est de la pauvreté, 2,6 milliards de personnes (soit 37% de la population mondiale) vit avec moins de 2$ par jour. D’après une étude du journal britannique « L’Economist », 55 pays en 2010 souffraient encore de dictature ou de régimes autoritaires. Cette étA l’aube de cette nouvelle année 2012, et en jetant un regard sur l’état du monde, je suis rempli d’une grande tristesse. Quatre constats parmi bien d’autres me révoltent. Le premier est la persistance de la faim, de la misère et de la pauvreté dans le monde. Le second est la manque de libertés et de démocratie dans beaucoup de pays. Le troisième est l’indifférence vis-à-vis du changement climatique qui risque d’emporter la planète à long terme. Le dernier enfin est l’injustice faite aux Palestiniens quant à la non-reconnaissance de leur droit à disposer d’un Etat. ude qui porte sur 167 pays se base sur « un indice de démocratie » reposant sur cinq critères : le processus électoral et le pluralisme politique, les libertés civiles, le fonctionnement du gouvernement, la participation politique et la culture politique. D’après cette étude, il n’y aurait que 26 démocraties parfaites, 53 démocraties imparfaites, et 33 régimes hybrides outre les 55 régimes dictatoriaux et autoritaires. En queue de liste figure à juste titre la Corée du Nord, dont la mort récente du dictateur a occasionné une réaction hallucinante d’un peuple asservi depuis la naissance. Dans le classement de l’Economist de 2010, la quasi-totalité des pays Arabes figurait dans la catégorie régimes autoritaires. Heureusement en 2011, une véritable révolte a fait chuter quatre dictateurs, et a fait émerger un espoir de liberté et de démocratie dans le monde arabe. Il y a encore un long chemin à parcourir pour que l’ensemble des peuples du monde puisse bénéficier réellement de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, adoptée cependant le 10 Décembre 1948.
Le changement climatique menace sérieusement notre planète. Les scientifiques ont prouvé qu’il est dû principalement à l’émanation de gaz à effet de serre, produite par l’activité de l’homme. Pourtant les responsables mondiaux sont sourds et aveugles, et refusent de prendre les mesures nécessaires pour limiter le réchauffement de la planète. Les Conférence internationales se suivent : Rio, Copenhague, Durban, sans parvenir à des engagements concrets. Les grands pollueurs de la planète : Etats-Unis et Chine freinent de toutes leurs forces des initiatives de l’Europe qui vont dans le bon sens. Quant aux pays en développement qui subissent de plein fouet les conséquences du réchauffement climatique, ils ne parviennent pas à obtenir l’aide financière nécessaire pour rendre durable leur économie.
Le conflit israélo-arabe perdure depuis plus d’un demi-siècle. Les juifs voulant créer leur pays après des millénaires de dispersion à travers le monde, ont choisi la Palestine comme terre d’accueil. La création en 1948 d’un Etat israélien en terre arabe a causé un drame épouvantable : l’expulsion des Palestiniens qui sont maintenant près de cinq millions de réfugiés, vivant dans des conditions déplorables, dans des camps alimentés par l’aide internationale. L’Europe qui se sont responsable de l’extermination de six millions de juifs par le régime nazi, a apporté son soutien politique et matériel à l’Etat d’Israël depuis sa création. Plus fort que l’Europe, le soutien des Etats-Unis à l’Etat hébreu est inconditionnel, et est motivé par le puissant lobby pro-israélien et certains mouvements d’obédience chrétienne. Les pays Arabes faibles et divisés, n’ont rien pu faire pour empêcher ce drame, de même que l’ONU empêtrée dans ses contradictions. Alors qu’une solution de paix est proposée par la Ligue Arabe, reconnaissant de plein droit l’existence de l’Etat d’Israël, le gouvernement actuel israélien continue la colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem, afin d’empêcher par le fait accompli toute création d’un Etat palestinien viable, vivant côte à côte avec Israël. Tout dernièrement, les Etats-Unis et Israël ont tenté d’empêcher la Palestine à adhérer à l’UNESCO, tandis que l’admission à l’ONU est en stand-by.

Face à ces grands problèmes, que faire pour leur apporter une solution ?

Pour ce qui est de la faim, de la misère et de la pauvreté, la communauté internationale et les pays concernés ont tenté de lutter contre ces fléaux. L’ONU a lancé en 2000 les objectifs du millénaire pour le développement (OMD), agréées par les 193 membres et 23 organisations internationales. Le premier objectif est de réduire de moitié d’ici 2015 l’extrême pauvreté (moins d’un dollar par jour) et la faim, en fournissant à tous un emploi décent et productif. Les autres objectifs visent à assurer l’école primaire, à promouvoir l’égalité des genres, réduire la mortalité infantile, améliorer la santé maternelle, combattre les pandémies, assurer un environnement humain durable, enfin construire un partenariat mondial pour le développement.
L’ONU a fait un bilan des OMD à mi-parcours le 22 Septembre 2010, qui a conclu à des avancées insuffisantes et des résultats mitigés. A cette date, 925 millions de personnes continuent à souffrir de la faim, tandis que 884 millions n’ont pas accès à l’eau potable, et 2,6 milliards d’individus sont démunis d’installations sanitaires. Les indicateurs sont encore mauvais par la lutte contre le sida, le développement durable, et la réduction de la perte de la biodiversité. D’après le Secrétaire Général de l’ONU, les causes de cette situation sont le manque d’engagement et de ressources, le déficit de responsabilité des dirigeants des pays concernés, enfin l’insuffisance de soutien technique et de partenariats.
Afin d’accélérer la résolution des fléaux de la faim, de la misère et de la pauvreté, il y a lieu de réformer les organisations internationales, notamment l’ONU et la Banque mondiale, en donnant plus de poids dans la décision aux pays émergents et en développement. Il faut également augmenter les ressources financières en procédant à une taxation de la spéculation internationale sous toutes ses formes, et notamment les flux financiers. Afin de réduire l’écart flagrant entre les pays riches et les pays pauvres, il y a lieu d’augmenter l’aide publique au développement (APD) des pays riches à 1% de leur PIB. Enfin, il faut donner plus de reconnaissance et de moyens financiers aux ONG agissant dans le secteur du développement économique et social.
Pour le développement des libertés et de la démocratie à tous les peuples de la planète, il y a lieu tout d’abord de réformer le Conseil de Sécurité de l’ONU où cinq pays disposent du droit de véto, qui ne correspond plus à la réalité du monde actuel. Toujours dans le cadre de l’ONU, il faudrait adopter une résolution générale de suspension de tout membre de l’Organisation, qui porterait gravement atteinte dans son pays, aux droits de l’homme, aux libertés, à l’Etat de droit et à la démocratie. Il faut saluer et étendre la décision de l’Organisation Africaine, de non-reconnaissance de tout pouvoir issu d’un coup d’Etat militaire. Une autre mesure consisterait à codifier le droit d’ingérence, par la force s’il faut, dans tout pays ou la population civile est menacée par ses propres dirigeants. Une législation internationale devrait d’autre part interdire toute limitation ou censure des réseaux sociaux et des mass-médias (Presse, Internet, télévision, radios). Enfin, il faudrait aider sous toutes ses formes les mouvements démocratiques qui luttent contre les régimes autoritaires.
Le développement durable devrait devenir une priorité internationale, par une sensibilisation plus importante des populations sur les risques encourus par la planète du fait du changement climatique. Il faudrait accompagner cette sensibilisation par l’encouragement des énergies renouvelables tels que l’éolien et le solaire, et l’instauration d’une économie verte, pauvre en carbone, et créatrice d’emplois. Enfin pour ce qui est du conflit israélo-palestinien, il faudrait que la communauté internationale et les pays Arabes et Musulmans en particulier en fassent une priorité. A l’instar du lobby pro-israélien, il faudrait créer aux Etats-Unis et en Europe un lobby pro-arabe qui pourrait défendre la cause des Palestiniens. Des actions énergiques devraient être menées aux Etats-Unis, pour amener ce pays à avoir une position plus équilibrée sur le conflit israélo-palestinien, si nécessaire en utilisant l’arme économique (pétrole et flux financiers).
En conclusion, il faut reconnaître qu’il ne suffit pas de l’année 2012 pour résoudre tous les problèmes du monde, qui nécessitent beaucoup de temps. Cependant, l’important est d’en prendre conscience et de contribuer même très modestement à leur résolution. La pire des attitudes est l’indifférence, et à l’instar du message de Stephane Hessel « Révoltez-vous ». 
 

 
Le sauvetage de la Zone Euro
Quelles perspectives ?

Par Jawad Kerdoudi
L’économie marocaine dépend environ aux deux tiers de la zone euro, aussi bien au niveau des échanges, des investissements directs étrangers, que du tourisme et des transferts des marocains résidant en Europe. Aussi, nous ne pouvons rester indifférent vis-à-vis de la situation économique et financière de cette zone. La zone euro a connu depuis le déclenchement de la grave crise financière née en 2008 aux Etats-Unis, une situation marquée par un très fort endettement de certains Etats européens tels que l’Irlande, la Grèce, le Portugal, l’Espagne et l’Italie. Ces pays appartenant à la zone euro, et vu les multiples imbrications économiques et financières entre les membres, il y a un grand risque de contagion vis-à-vis des autres pays de la zone. Or lors de la création de l’Euro, il n’a pas été prévu de règles précises quant à une politique commune dans les domaines budgétaires, économiques et fiscaux.
Pour sauver la zone euro, et à l’initiative des deux grands pays de la zone l’Allemagne et la France, a été créé le Fonds économique de stabilité financière (FESF) doté de 250 milliards d’euros, et qui a effectivement aidé l’Irlande et le Portugal. Mais ce Fonds s’est avéré insuffisant pour parer aux difficultés financières de l’Italie et l’Espagne. Entre-temps, l’Agence Moody’s a baissé la note de trois grands banques françaises, tandis que Standard and Poor’s menace de dégrader la note des pays de la zone euro y compris l’Allemagne et la France.
Devant cette grave situation, un Conseil européen s’est tenu à Bruxelles, et a adopté dans la nuite du Jeudi au Vendredi 9 Décembre 2012 un certain nombre de mesures. Les plus immédiates ont concerné la création d’un nouveau Fonds appelé Mécanisme économique de stabilité (MES) qui sera doté de 500 milliards d’euros, et qui sera opérationnel en Juillet 2012. En parallèle, le FESF sera prolongé jusqu’à Juin 2013.
Seront également mobilisés le Fonds monétaire international qui sera doté d’une enveloppe supplémentaire de 200 milliards d’euros, ainsi que la Banque Centrale européenne (BCE) qui sera chargée d’opérer les deux Fonds FESF et MES. Le but de tous ces fonds est de racheter la dette souveraine des Etats fragiles afin de diminuer les taux d’intérêt.
A moyen terme, il a été décidé de négocier un nouveau Traité européen pour refonder la zone euro, et qui sera rédigé d’ici le mois de Mars 2012. Le Traité aura pour principal objet un contrôle plus strict des budgets nationaux des pays membres, et une plus grande cohésion en matière économique et fiscal. Sur le plan pratique, les pays membres devront présenter aux institutions européennes (Commission de Bruxelles et Eurogroupe) les budgets nationaux, et ce avant le 15 Octobre pour l’année budgétaire qui suit. En cas de dépassement de 3% du déficit budgétaire, les institutions européennes pourront demander des changements au pays concerné, sans peine de sanctions financières. Par ailleurs, « un règle d’or » permettant de maintenir les déficits budgétaires sous le seuil de 0,5% du PIB sur la durée du cycle économique, devra être intégrée aux législations nationales, sous le contrôle de la Cour de Justice européenne. En fait, il s’agit de créer un gouvernement économique de la zone euro, qui sera contrôlé par le Parlement européen et les Parlements nationaux.
Comme à son habitude, le Royaume Uni a exigé un traitement spécifique de la place financière de Londres, un droit de regard sur les projets de régulation financière, et a finalement refusé de participer au prochain Traité. Par contre, l’accord a été conclu par les 17 pays de la zone euro et six pays non-membres de la zone euro : Bulgarie, Danemark, Lettonie, Lituanie, Pologne et Roumanie. Trois pays : Hongrie, République Tchèque et Suède ont réservé leur réponse en attendant la consultation de leur Parlement.
En conclusion, il est certain que le prochain Traité européen renforcera la stabilité de la zone euro. Il est en effet anormal de disposer d’une monnaie commune, sans une politique commune en matière budgétaire, économique et fiscal. Le Maroc a tout intérêt à avoir à l’avenir un partenaire européen stable et prospère.

Le programme économique du PJD
Est-il réalisable ?

Le PJD a remporté largement les élections législatives marocaines du 25 Novembre 2011. Il a proposé un programme économique très ambitieux. En premier lieu, un taux de croissance du PIB de 7%, un déficit budgétaire de 3%, un SMIC mensuel de trois mille Dirhams, et la création de 250.000 emplois.

Ses autres propositions portent sur la réduction de la pauvreté de 50%, la diminution de l’IS à 25% et du seuil d’investissements à 100 millions de Dirhams pour bénéficier des avantages spéciaux de la Commission Nationale des Investissements. Il a complété ses propositions par la réservation de 30% des marchés publics aux PME, l’exonération de TVA pour les produits alimentaires et les médicaments, et la promotion de la finance islamique. Enfin, il prévoit d’augmenter la pension de retraite minimum à 1.500 Dirhams et réduire le taux de chômage de deux points soit à 7,2% de la population active.

Pour réaliser ces objectifs, le PJD table sur une amélioration de la gouvernance économique, notamment par la lutte contre la corruption et l’économie de rente. Il compte également éradiquer l’analphabétisme pour les 15-24 ans d’ici 2016, renforcer la justice, booster l’investissement public, et diversifier les exportations. Afin d’augmenter les recettes de l’Etat, il compte taxer les revenus les plus élevés et les signes extérieurs de richesse.

Ce programme économique est-il réalisable ?
Tout d’abord on ne peut qu’être d’accord sur les propositions d’amélioration de la gouvernance, de lutte contre la corruption et l’économie de rente, l’éradication de l’analphabétisme, la réforme de la justice et la taxation des plus riches. Cependant, force est de constater que dans la conjoncture actuelle, il sera très difficile d’atteindre les objectifs économiques escomptés par le PJD, même à l’issue de la législature. L’économie mondiale après la grave crise financière de 2008-2009 ne s’est pas encore relevée. Plus grave pour nous, l’Europe qui absorbe prés des deux tiers de notre économie connaît une grave crise de l’endettement, qui se traduit par une très faible croissance qui sera de 1,8% en 2012 selon le Fonds monétaire international.

Le taux de croissance prévu par le programme économique du PJD est irréaliste. Rappelons que les taux de croissance réalisés durant les trois dernières années (2008-2010) ont été de 5,6%, 4,8% et 3,7%, et que le FMI prévoit un taux de croissance de 4,5% à 5% pour 2012. De même la réduction du déficit budgétaire à 3% du PIB sera difficile, puisqu’il a été de 4,6% en 2010 et que le FMI prévoit un déficit de 7,5% pour 2012, si des mesures correctives ne sont pas prises. La création de 250.000 emplois est très aléatoire, ainsi que la baisse du taux de chômage de deux points, si on relève qu’en 2010 il n’a été créé que 120.000 emplois nets selon le Haut Commissariat au Plan. Un SMIC à trois mille Dirhams grèverait gravement la compétitivité de l’économie marocaine qui n’est pas déjà très forte, du fait que nous perdons chaque année des parts de marché sur le plan mondial. Le secteur textile marocain serait gravement atteint, du fait de la concurrence très vive de l’Asie.

Les autres mesures : réduction de l’IS à 25%, l’exonération de TVA sur les produits alimentaires et les médicaments, la pension retraite minimum à mille cinq cent Dirhams, vont diminuer les recettes et augmenter les dépenses de l’Etat. Est-ce que le manque à gagner va être compensé par la taxation des riches ? Une étude préalable doit être faite sur cette question. Par contre, la diminution du seuil d’investissement à 100 millions de Dirhams, la promotion de la finance islamique, et la réservation de 30% des marchés publics aux PME, sont de bonnes mesures pour stimuler l’investissement et élargir les ressources financières en provenance des pays islamiques. Encore faut-il renforcer la capacité du PME pour qu’elles puissent effectivement absorber les 30% des marchés publics.

On peut regretter que le programme économique du PJD n’a rien prévu de précis pour réduire le déficit abyssal du commerce extérieur qui s’est élevé à 152 milliards de Dirhams en 2010, avec un taux de couverture de seulement 48,8%. De même pour le déficit de la balance des paiements qui va atteindre 5% du PIB en 2011. Rien non plus pour la Caisse de Compensation, dont le déficit va atteindre 40 milliards de Dirhams en 2011, dont 85% pour les produits pétroliers et le gaz butane. Outre qu’elle constitue une ponction insoutenable sur le budget de l’Etat, cette Caisse n’est pas ciblée et bénéficie aussi bien aux riches qu’aux pauvres, et produit un effet pervers sur le consommateur. En effet ce dernier n’oriente pas sa consommation en fonction du prix réel du produit qu’il consomme. La réforme de cette Caisse est de plus en plus urgente.

En conclusion, la situation économique de notre pays est très préoccupante. Au delà des positions partisanes, il y a lieu de multiplier les efforts pour trouver les meilleures solutions aux grands défis qui nous attendent. Il faut espérer que le futur Parlement puisse être le lieu où toutes ces questions difficiles seront sérieusement examinées, en associant également la société civile.

Jawad Kerdoudi
Consultant Economiste
Président de l’IMRI

 

 
Printemps arabe : la vague islamique

Il s’est étendu par la suite à la quasi-totalité du monde arabe, soit sous forme de révolution, soit par l’évolution plus démocratique des régimes en place. Les révolutions avec chute du dictateur ont eu lieu en Tunisie, Egypte, Libye et Yémen. D’autres pays arabes ont connu une évolution de leur régime politique, tel que le Maroc. Les pays arabes du Golfe ont été peu touchés jusqu’à maintenant à l’exception de Bahreïn. La Syrie connaît une répression sanglante, l’Egypte se débat dans une situation malsaine où l’armée ne veut pas quitter le pouvoir, tandis que l’Algérie se complait dans l’immobilisme.

Ce mouvement révolutionnaire acté principalement par des jeunes, a été aidé par les nouvelles techniques de la communication et d’information, et galvanisé par les télévisions satellitaires, dont Al Jazira. Contrairement à la théorie du complot venu de l’étranger, ce fût un mouvement spontané des peuples de la région. Les revendications des manifestants ont porté sur la situation économique désastreuse, marquée par un chômage élevé, et des conditions misérables ne permettant pas une vie digne. Le manque de liberté, la lutte contre la corruption et le népotisme, les inégalités sociales, ont été également dénoncés avec force par les manifestants. Enfin, l’aspiration à la démocratie a été unanimement réclamée.

Cependant, force est de constater que les principaux bénéficiaires du Printemps arabe ont été jusqu’à maintenant les partis islamiques. En Tunisie, les premières élections libres de l’Assemblée constituante après la « Révolution de Jasmin » ont donné comme vainqueur le parti islamique « Ennahda » avec 90 sièges sur 217, soit un pourcentage de 41,7% de l’Assemblée. Il est suivi par le parti de centre gauche « Le Congrès pour la République » qui a obtenu 33 sièges. Le parti social démocrate « Takatoul » a obtenu 21 sièges, tandis que le parti centriste PDP n’est parvenu qu’à la 5ème place, et que la gauche laïque PDM n’a obtenu que 5 sièges. En Libye le 24 Octobre 2011, le Chef du Conseil National de Transition Mustapha Abdeljalil a affirmé dans une déclaration que la Chariaa (loi islamique) serait la principale source de législation dans la nouvelle Libye.

Au Maroc les élections législatives du 25 Novembre 2011 qui se sont déroulées d’une manière transparente, ont donné également le parti islamique PJD vainqueur. Il a remporté 107 sièges sur 395, soit 27,08% de la Chambre des Représentants. Loin derrière lui, le parti traditionaliste « Istiqlal » n’a obtenu que 60 sièges, et le plus grand parti de droite le RNI n’a remporté que 52 sièges. Le parti socialiste USFP a été classé 5ème avec 39 sièges et le PPS (ex-communiste) n’a recueilli que 18 sièges. On peut s’attendre à ce que la vague islamique touche également l’Egypte où le parti des « Frères musulmans » est très influent, et où les élections législatives ont débuté le 28 Novembre 2011.

Cette vaque islamique qui a touché la plupart des pays de la région après le Printemps arabe, peut s’expliquer par différents raisons. Elle exprime un besoin de changement et une aspiration à la démocratie. Elle répond à la plupart des revendications des manifestants : plus de liberté, lutte contre la corruption, le népotisme, et les inégalités sociales, enfin moralisation de la société. Or les partis de droite et de gauche qui ont gouverné les pays de la région pendant des décennies, n’ont pas obtenu de résultats satisfaisants, et ont reçu un vote de sanction. D’autre part, les partis islamiques ont toujours mené une politique de proximité vis-à-vis des plus démunis. Enfin, et d’une façon sous-jacente, l’attachement à l’Islam est très fort dans tous les pays arabes, et entraîne une sympathie naturelle vers ceux qui s’en réclament.
Faut-il craindre ou se féliciter de cette vague islamique qui a déferlé sur le monde arabe ? En tant que démocrates nous devons l’accepter, car c’est la volonté de la majorité du peuple. Mais nous devons également rester très vigilants quant à d’éventuelles dérives sur les droits de l’homme et l’égalité homme-femme. Pour cela, il faut consolider les institutions démocratiques, renforcer les droits de l’opposition, et élargir le champ d’action de la société civile. D’autre part, les partis islamiques pour gouverner, doivent s’allier avec d’autres partis, qui on l’espère, seront intransigeants sur les droits de l’homme.
En tous cas, nous vivons une période où le monde arabe est à la croisée des chemins. Agissons tous pour qu’il emprunte la bonne voie.
 

 
Forum Medays de Tanger
Quelle évaluation ?

La quatrième édition du Forum Medays à laquelle j’ai eu l’honneur de participer, s’est tenue à Tanger du 16 au 19 Novembre 2011 sur le thème « Le Sud dans la gouvernance mondiale au 21ème siècle ». Elle a connu la participation d’éminentes personnalités marocaines et étrangères, ainsi que près de 200 experts internationaux. Les travaux de cette édition ont concerné tout d’abord les problèmes de la gouvernance mondiale à l’aube du 21ème siècle. L’unanimité s’est faite au sujet de la réforme de l’ONU, et notamment du Conseil de Sécurité qui ne reflète plus l’état du monde actuel. Concernant le G20, il a été recommandé l’accélération de la régulation de la finance internationale, afin de mieux contrôler les transactions financières, et réduire l’exposition aux risques du secteur bancaire et financier. Un avis favorable a été donné à la proposition française de taxer les transactions financières internationales. Il a été demandé également l’élargissement du G20 à cinq représentants non permanents élus pour un mandat de deux ans. Le Forum a déploré, malgré sa demande de l’année dernière, qu’une Banque Euro-Méditerranéenne n’a pas encore vu le jour pour promouvoir les investissements au sud de la Méditerranée.
Le Forum Medays s’est félicité du Printemps arabe qui a fait tomber trois dictateurs, et qui a renforcé la dignité et les droits de l’homme. Il espère que les révolutions et les évolutions qu’il a entraînées, vont aboutir à une véritable démocratisation des régimes politiques concernés. Il appelle la communauté internationale et notamment l’Europe dans le cadre du Pacte de Dauvile, à apporter toute l’aide technique et financière pour assurer une bonne transition démocratique. Le Forum exhorte la Ligue Arabe à prendre le leadership dans la résolution des conflits interarabes, et de soutenir sans compromis la démocratie et le respect des droits fondamentaux, notamment dans la grave crise politique que connaît actuellement la Syrie. Il appelle toute la communauté internationale à condamner et à protégé les populations civiles contre les violences armées et la répression sanglante.
Le conflit israélo-arabe qui dure depuis plus d’un demi-siècle a également retenu l’attention du Forum. La seule solution à ce conflit est la constitution d’un Etat palestinien indépendant et viable vivant côte à côte avec Israël. Lors du Panel concernant les relations entre les Etats-Unis et le monde arabe, a été noté le déséquilibre de la position des Etats-Unis en faveur d’Israël, à qui est accordé un soutien inconditionnel quelque soit le Président en fonctions. Ce soutien s’est manifesté dernièrement par le vote négatif des Etats-Unis à l’adhésion de la Palestine à l’UNESCO, et même par la suppression de la subvention américaine à cette organisation humanitaire, qui œuvre pour l’éducation, la culture, et la préservation du patrimoine mondial pour les futures générations. Le Forum exhorte les Etats-Unis à soutenir l’adhésion de la Palestine à l’ONU, et à renoncer à sa décision de cesser de verser ses cotisations à l’UNESCO. Il lance un Appel aux pays arabes et musulmans, et notamment les membres du Conseil de Coopération du Golfe et de l’Organisation de la Coopération Islamique, à soutenir financièrement les institutions internationales accueillant l’Etat palestinien en tant que membre à part entière.
Malgré les efforts entrepris ces dernières années, l’intégration économique et des échanges est insuffisante entre les pays du sud. Tenant compte de la crise économique qui frappe actuellement les Etats-Unis et l’Europe, il y a lieu de renforcer les liens économiques sud-sud, où les grands pays émergents Brésil, Inde, Chine doivent jouer le premier rôle. D’autre part, la crise économique mondiale qui persiste, a quelque peu éclipsé le grand défi du changement climatique. Il appartient aux pays du sud, qui seront les premières victimes du réchauffement climatique, à prendre des initiatives pour relancer les débats sur cette importante question, et préparer activement les conférences de Durban en 2011 et de Rio en 2012. L’idée a également été avancée de l’établissement d’une institution mondiale, chargée du contrôle du respect des engagements pris par les Etats dans les Traités environnementaux.
En conclusion, le Forum Medays a abordé des questions fondamentales, telles que la gouvernance mondiale, le Printemps arabe, le conflit israélo-palestinien, l’intégration économique sud-sud, et les problèmes du changement climatique. Il ne prétend pas apporter des solutions définitives, mais son mérite est d’avoir permis d’en discuter et de proposer aux décideurs des pistes d’avenir.

Jawad Kerdoudi
Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales)
 

 
Les élections législatives marocaines
Quelle politique étrangère pour l’avenir ? La crise de la Zone Euro

 Le 25 Novembre 2011, trente trois partis politiques vont participer aux élections législatives pour former le prochain Parlement. Il est regrettable que la politique étrangère est quasi-absente des programmes électoraux de ces partis. Certes, il est normal de donner la priorité aux problèmes intérieurs, mais la politique étrangère est également importante, d’autant plus que la nouvelle Constitution adoptée le 1er Juillet 2011, donne toutes prérogatives au futur gouvernement pour gérer les Affaires étrangères à l’instar des autres départements ministériels.
Les problèmes de politique étrangère du Maroc sont nombreux et compliqués. Le premier d’entre eux est la question du Sahara qui dure depuis trente six ans, et qui n’a pas trouvé jusqu’à maintenant une solution définitive. Certes, la position de notre pays sur la scène internationale s’est beaucoup améliorée grâce au plan d’autonomie du Sahara présenté en 2007 à l’ONU. Notre position se trouve renforcée du fait de l’instabilité de la région du Sahel, aggravée par les conséquences du Printemps arabe, et qui fait craindre à la communauté internationale l’instauration dans cette région d’une situation chaotique comparable à la Somalie. Malgré ces avancées, les négociations de Manhasset s’essoufflent, et le sort de déplorable de nos compatriotes à Tindouf n’a pas connu de changement. Aussi faut-il analyser en profondeur cette importante question et réfléchir à de nouvelles initiatives propres à faire avancer notre cause.
Notre région a connu depuis le début de cette année 2011 une véritable séisme politique désigné sous le nom de Printemps arabe, qui a fait tomber trois régimes dictatoriaux : le Tunisie, l’Egypte et la Libye. Des troubles continuent au Yémen, tandis que la Syrie connaît une répression sanglante. Certes le Maroc a agi positivement devant cette nouvelle situation en apportant son aide morale et matérielle à la Tunisie et à la Libye, Cependant la construction de l’unité maghrébine reste au point mort, et l’Algérie continue à faire la sourde oreille à toute solution, et notamment à l’ouverture de la frontière terrestre algéro-marocaine. Il y a lieu que notre diplomatie face à ses bouleversements renouvelle ses analyses et ses plans d’action.
La zone euro connaît l’une des plus graves crises économiques et financières depuis sa création. Des membres de cette zone comme l’Irlande, la Grèce, l’Espagne et l’Italie sont au bord de la faillite. Certes, le Conseil européen conscient de la gravité de la crise a fait de gros efforts pour la résorber. Mais cette crise financière va être durable, et sera accompagnée d’une faible croissance de l’économie européenne, sinon d’une récession. L’économie marocaine dépend largement à cette zone, puisque notre monnaie le dirham est liée très étroitement à l’euro, deux tiers de nos échanges commerciaux et des investissements directs étrangers se font sur cette zone, d’où provient la majorité de nos touristes. Dans ce cas également, il faut réfléchir à nos relations futures avec cette zone, et envisager sérieusement une diversification de notre économie vis-à-vis d’autres régions dont en priorité l’Afrique sub-saharienne.
Nos relations bilatérales avec les Etats-Unis sont bonnes tant sur le plan politique qu’économique. Mais la position de ce pays vis-à-vis du problème palestinien inspire beaucoup d’inquiétudes. Le Président Obama a fait naître beaucoup d’espoirs quant au rétablissement de bonnes relations de son pays avec le monde arabe et musulman. Son discours du Caire du 4 Juin 2009 annonçant « un nouveau départ » est resté dans nos mémoires. En Septembre 2010, il avait espéré que l’ONU accueille dès l’année suivante la Palestine en tant que nouveau membre. En mai 2011, il avait déclaré son souhait de la création d’un Etat palestinien sur la base des frontières de Juin 1967. Hélas en Septembre 2011, les Etats-Unis se sont opposés à l’admission de la Palestine à l’ONU, et en Octobre 2011 à son admission à l’UNESCO. Le Président Obama qui a obtenu le prix Nobel de la Paix le 9 Octobre 2009 a beaucoup déçu les peuples arabes et musulmans. On peut expliquer le revirement de la présidence américaine par les difficultés économiques que connaissent les Etats-Unis depuis la grave crise financière de 2008, et la montée inexorable du chômage. L’approche des élections présidentielles de 2012 fait craindre également au Président Obama un vote négatif du puissant lobby pro-israélien AIPAC. Il nous appartient en tant qu’ami traditionnel des Etats-Unis, d’expliquer à ses dirigeants la grande sensibilité du problème palestinien dans le monde arabe et musulman, et insisté sur une position plus équilibrée dans la résolution de ce conflit.
Il faut également réfléchir à nos relations avec les autres pays du monde. Des efforts de rapprochement ont été faits avec l’Amérique latine et l’Asie, mais insuffisants. Le XXIème siècle verra l’éclosion de nouvelles puissances telles que la Chine, l’Inde, et le Brésil. Il faut dès maintenant étoffer nos ambassades dans ces régions du monde pour préparer l’avenir, et multiplier les délégations économiques vis-à-vis de ces destinations prometteuses.
En conclusion, est lancé par cette chronique un appel aux partis politiques pour connaître leur position sur ces questions fondamentales de politique étrangère de notre pays.

Jawad Kerdoudi
Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales)

La crise de la Zone Euro
Quel impact sur l’économie marocaine

Rappelons tout d’abord que la Zone Euro est une zone monétaire qui regroupe les pays de l’Union européenne qui ont adopté l’euro comme monnaie unique. Elle a été créée en 1999 par onze pays qui ont été rejoint par six autres. Actuellement, la Zone Euro comprend 17 pays sur les 27 de l’Union européenne, dont les principales économies de l’Europe :Allemagne, France, Belgique, Italie, Pays-bas, Portugal. Par contre le Royaume-Uni ne s’est pas joint à la Zone Euro et garde sa monnaie nationale, la livre sterling. Pour accéder à la Zone Euro, les pays de l’Union européenne doivent remplir certaines conditions : monnaie nationale stable, déficit public inférieur à 3% du PIB, dette publique inférieure à 60% du PIB, inflation maîtrisée, et indépendance de la banque centrale.
La Zone Euro a plus ou moins bien fonctionné depuis sa création. C’est ainsi que la parité de l’euro vis-à-vis des autres monnaies étrangères a été satisfaisante, et que le rôle de l’euro dans la finance internationale s’est régulièrement accru. Cependant, la Zone Euro a connu un taux de croissance moyen nettement inférieur à celui de l’Asie et des Etats-Unis. Mais c’est à partir de la grande crise financière internationale de 2008 que la Zone Euro a commencé à avoir des difficultés. Les deux grands problèmes qui ont affecté certains pays membres de la Zone Euro ont concerné le niveau très élevé de la dette publique et du déficit public. C’est ainsi que si pour l’ensemble de la Zone Euro en 2010, la dette publique s’est située à 85,1% du PIB et le déficit public à 6,4%, certains pays sont arrivés à des chiffres catastrophiques. On peut citer la Grèce qui a atteint un endettement public de 142,8% du PIB et un déficit public de 10,5%. L’Irlande a eu un endettement public de 96,2% et un déficit public de 32,4%. Enfin l’Italie, l’Espagne et le Portugal connaissent également un taux trop élevé d’endettement et de déficit public.
Devant cette grave crise de la Zone Euro, les dirigeants surtout allemands et français se sont mobilisés pour sauver cette zone qui regroupe plus de 300 millions d’habitants. Le plus urgent étant le cas de la Grèce qui était menacé de faillite, et qui a fait l’objet du Sommet européen du 26 Octobre 2011. Ce Sommet après de difficiles négociations est arrivé à trois décisions principales. La première consiste pour les banques créancières de l’Etat grec à renoncer à 50% de leurs créances qui correspondent à environ 100 milliards d’euros. En contrepartie, elles ont obtenu des garanties des Etats européens pour un montant de 30 milliards d’euros sur les nouvelles obligations qui seront contractées par elles. L’objectif de cette mesure est de ramener la dette grecque actuellement de 165% du PIB à 120% à l’horizon 2020.
La deuxième décision est la recapitalisation des banques à hauteur de 106 milliards d’euros. Cette recapitalisation différentielle selon les pays, doit faire l’objet d’un plan de recapitalisation à présenter par les banques aux autorités nationales de supervision d’ici fin 2011. Etant entendu que les créances détenues par les banques ne doivent pas dépasser 9% de leurs fonds propres d’ici Juin 2012. Enfin, la troisième mesure est de porter les ressources du FESF (Fonds européen de soutien financier) actuellement entre 250 à 275 milliards d’euros, à 1.000 milliards d’euros. Deux mécanismes seront utilisés à cet effet : la garantie par les Etats européens des pertes éventuelles des investisseurs privés, et la création de fonds spéciaux adossés au FMI destinés à attirer les investisseurs extérieurs privés ou publics comme la Chine et la Russie.
Outre ces mesures, le Conseil européen a discuté de la réforme de la gouvernance de la Zone Euro, en prévoyant notamment la réunion au moins deux fois par an d’un Sommet de la Zone Euro dont l’objectif est d’étudier les politiques économiques et fiscales des pays membres. Ces mesures semblent avoir rassuré les marchés financiers qui ont connu dès le 27 Octobre des progressions significatives de l’ordre de 2% (Bourse de Tokyo) à 5,4% (Bourse de Paris). Cependant on ne peut pas considérer que la crise de la zone euro est terminée, d’autant plus que le Premier ministre grec a soumis à référendum le 1er Novembre 2011 l’accord conclu par le Conseil européen.
Notre pays le Maroc doit être vigilant vis-à-vis de la Zone Euro et suivre son évolution. L’Europe est un partenaire économique primordial du Maroc. Tout d’abord notre monnaie le Dirham, est liée à un panier de devises étrangères dont l’euro est l’élément principal. D’autres part, pour des raisons historiques et géographiques, les échanges commerciaux du Maroc se font aux deux tiers avec l’Europe aussi bien pour les importations que pour les exportations. Au niveau des investissements directs étrangers, 65% proviennent de l’Europe, et constituent un facteur important du développement de l’industrie et des services. Les Résidents marocains en Europe participent très largement aux transferts qui contribuent substantiellement à l’équilibre de notre balance des paiements. Enfin si on ajoute nos compatriotes qui résident en Europe et qui viennent passer leur vacance au Maroc, la part de l’Europe au tourisme marocain tourne autour de 80%. C’est pour ces raisons qu’il faut rester très vigilant vis-à-vis de l’évolution de la Zone Euro, et qu’il faut redoubler d’efforts pour diversifier notre économie vers l’Afrique, l’Asie, et l’Amérique.

Jawad Kerdoudi
Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales

Le nouveau panorama méditerranéen à la lumière du Printemps arabe

Euromesco (Euro-Mediterranean Study Commission) qui regroupe les Instituts Euro-Méditerranéens spécialisés dans le volet politique, a tenu une conférence internationale les 6 et 7 Octobre 2011 à Barcelone sur le thème « Un nouveau panorama politique méditerranéen : le Printemps arabe et les relations Euro-Méditerranéennes ». Cette conférence a laquelle l’IMRI a participé à abordé plusieurs sujets tous de grande importance. Le premier sujet traité a concerné la crise du système autoritaire dans le monde arabe méditerranéen. Tous les participants ont admis que les causes du Printemps arabe sont dûes au manque d’ouverture politique, et même à la dictature dans certains pays. Ont été cités également le manque de libertés fondamentales et l’insuffisance de la démocratie. Pour couronner le tout, certains chefs d’Etat et leur entourage se sont accaparés les richesses du pays grâce au népotisme et à la corruption, laissant leur peuple vivre dans la pauvreté et la misère.
Cette situation lamentable qui a duré plusieurs décennies a implosé le 17 Décembre 2010 par la tentative de suicide du jeune tunisien Mohamed BOUAZIZI. La série des révoltes tel qu’un tsunami a déferlé sur la quasi-totalité des pays arabes, mais sous différentes formes. Les panélistes ont fait la différence entre d’une part la Tunisie, l’Egypte et la Libye qui ont connu une véritable révolution, puisque leurs dirigeants ont été démis de leur fonctions, et de nouvelles instances ont pris le pouvoir. Et d’autres part d’autres pays comme le Maroc, la Jordanie, l’Algérie et Bahreïn, qui ont entamé des réformes politiques pour assurer une transition démocratique pacifique. La troisième catégorie de pays concerne le Yémen et la Syrie, où les dirigeants ont opté pour une répression brutale laissant peu de place au compromis. Evidemment, ce diagnostic établi début Octobre 2011 peut changer dans l’avenir, qui est plein d’incertitudes quant à l’instauration d’une véritable transition démocratique.
Les expériences de transition démocratique ont été examinées notamment en Espagne et dans les pays est-européens. D’après les participants à la conférence, ces transitions ont été un succès puisque tous ces pays bénéficient actuellement d’une véritable démocratie. Pour le cas de l’Espagne, a été mis en exergue le rôle du Roi Juan Carlos et des deux partis politiques majeurs, qui ont su capter la voix des électeurs espagnols et combattre la balkanisation du champ politique. Pour le cas des pays de l’Est européen, c’est surtout l’aide multiforme de l’Union européenne, et leur adhésion à l’Union, qui expliquent le succès de la transition démocratique. Evidemment le cas des pays méditerranéens arabes est différent, et chaque pays a ses propres spécificités. Cependant, ce qui caractérise l’ensemble de ces pays arabes, est l’existence d’une mouvance islamiste dont il est difficile d’évaluer l’impact pour le moment. Un autre danger menace la démocratisation des pays arabes méditerranéens, c’est le retour possible de l’autoritarisme sous une forme ou une autre. Cependant l’évolution des différentes sociétés, marquée par le rôle grandissent des jeunes, des femmes et de la société civile, permet d’espérer que les pays arabes méditerranéens réussissent également leur transition démocratique.
Le Printemps arabe n’a pas laissé indifférent le reste du monde. C’est l’Europe, du fait de sa proximité géographique et historique, qui a réagi le plus intensément. D’abord sur le plan militaire, en participant activement aux opérations aériennes de l’OTAN en Libye. Puis sur le plan économique, en procédant à une révision de la Politique de Voisinage, donnant plus d’importance à l’aide et au soutien des pays sud-méditerranéens. Il est question également de relancer l’Union pour la Méditerranée, par la promotion de projets régionaux qui pourraient impliquer plusieurs pays de la région. L’autre intervenant majeur a été la Turquie, dont l’objectif est d’étendre son influence en Méditerranée, pour pallier aux difficultés d’adhésion à l’Union européenne. Il est évident que la Turquie, par son importance stratégique et économique, jouera un rôle de plus en plus grand dans la région méditerranéenne. Par contre, il a été noté la perte d’influence dans la région des Etats-Unis d’Amérique, qui semblent concentrer leurs efforts sur les problèmes économiques internes, et sur l’Afghanistan et l’Irak où ils sont lourdement engagés militairement. Quant aux pays BRIC : Brésil, Russie, Inde, Chine, ils sont restés dans une certain réserve par rapport au Printemps arabe.
En conclusion, on peut affirmer que le Printemps arabe a été une heures surprise initiée principalement par les peuples et la jeunesse de la région. Puisse ce Printemps aboutir une véritable démocratisation de tous les pays arabes. L’Europe et le monde arabe doivent apporter leur aide à ce grand mouvement de libéralisation, afin qu’enfin les peuples arabes puissent vivre enfin dans la démocratie, la dignité et la prospérité.

 

TGV Tanger-Casablanca
Un cas d’Ecole

 

L’inauguration de la ligne de train à grande vitesse (LGV) a eu lieu à Tanger le Jeudi 29 Septembre 2011 en présence des Chefs d’Etat du Maroc et de la France. Rappelons que ce projet qui a été initié en 2007, a pour objet la construction d’une ligne ferroviaire nouvelle à grande vitesse de 200 km reliant Tanger à Kenitra, et le renforcement de la ligne classique Kenitra-Casablanca afin de permettre au train à grande vitesse de relier Tanger à Casablanca.
Cette ligne qui sera achevée fin 2015 permettra d’accéder à une vitesse de 320 km/heure, et nécessitera un investissement de 20 milliards de dirhams. Le partenaire privilégié de ce projet est la France, qui contribuera aux études et à la réalisation de l’investissement, ainsi qu’à la fourniture du matériel roulant. Le financement de cet investissement d’un montant total de 1,8 Milliard d’euros sera assuré par la France (920 M), le Maroc (500M), l’Arabie Saoudite (144M), le Koweït (100M), Abou Dhabi (70 M) et le FADES (66M).
Les défenseurs de ce projet soulignent qu’il s’agit d’un investissement structurant avec une rentabilité de 9%, qui permettra de renforcer et d’améliorer le transport au Maroc, et qui s’inscrit dans la politique des grands chantiers. La LGV s’inscrit également dans le schéma directeur des lignes à grande vitesse établi en 2006, et qui prévoit la construction de 150km de lignes nouvelles dans le cadre de 2 axes : Atlantique (Tanger, Casablanca, Marrakech, Agadir) et Maghrébin (Rabat, Fès, Oujda). Cette nouvelle ligne permettra un gain de temps de 2h35 entre Tanger et Casablanca, l’accroissement du nombre de passagers de 2 Millions à 8 Millions par an, et la mise en synergie des deux grands pôles économiques de Tanger et de Rabat-Casablanca. La LGV permettra de renforcer la sécurité routière, et de réduire de 20.000 tonnes l’émission de gaz à effet de serre. Elle permettra également de dégager des capacités de transport dans la ligne ferroviaire classique, qui pourront être utilisées pour le transport des containers. Cette nouvelle ligne permettra l’extension vers l’Afrique du réseau ferroviaire Trans-européen. La LGV aura un impact économique au niveau de l’industrie de sous-traitance, par la construction au Maroc d’une usine de câbles et composants électriques et électroniques, d’une usine d’assemblage de l’équipement roulant, et d’un atelier d’entretien. Au niveau de l’emploi, il est prévu la création de 5.000 emplois dans les usines de sous-traitance, 2.500 emplois et 30.000 de journées de travail pendant les phases de travaux et d’exploitation. Enfin au niveau de la formation, un protocole d’accord a été signé pour la création d’un Institut de formation aux métiers ferroviaires.
Les détracteurs de la LGV indiquent que c’est un projet politique, qui a été affecté en 2007 à la France pour compenser le non-achat par le Maroc des avions de chasse français « Rafale ». Ils estiment que le coût est trop élevé, et qu’il attendrait selon certaines estimations 33 Milliards de Dh, au lieu de 20 Milliards annoncés. Ils se demandent qu’en ce temps de crise, il ne faudrait pas s’orienter plutôt vers d’autres projets plus prioritaires, comme par exemple la lutte contre l’analphabétisme qui frappe encore 35% de la population, ou l’extension du réseau ferroviaire actuel vers des destinations non desservies. Ils dénoncent le manque de transparence de ce projet, qui n’a fait l’objet d’aucun débat au Parlement quant à sa rentabilité réelle et son impact effectif sur l’économie marocaine. Ils soulignent le manque d’appel d’offres pour l’achat du matériel roulant, qui a été affectée de grè à gré au français ALSTOM, ainsi que l’absence de financement de la part de la Banque Européenne d’Investissement (BEI). Aucune indication précise n’a été donnée quand à la tarification du LGV, et notamment son adéquation avec le pouvoir d’achat du consommateur marocain. Enfin plus grave, ils indiquent que le TGV n’est pas rentable même en France, comme l’a indiqué en 2008 la Cour des comptes françaises, qui a produit un rapport d’évaluation du TGV Méditerranée.
Devant ces arguments et contre-arguments, il est difficile de porter un jugement objectif sans une connaissance exhaustive et chiffrée des données de ce projet. Maintenant que ce projet est entré dans sa phase de réalisation, il serait opportun que le gouvernement publie l’étude qui lui a permis d’annoncer un taux de rentabilité de 9%, et une étude complémentaire sur l’impact de ce projet sur l’économie marocaine. Ceci permettrait du faire adhérer les décideurs et l’opinion publique à ce grand projet, qui présente par ailleurs des gros avantages pour notre pays. La leçon à tirer pour l’avenir est que dans le cadre de la nouvelle Constitution qui a été adoptée massivement par le peuple le 1er Juillet dernier, il conviendrait que les grands projets suivent un cheminement normal, en passant par le Parlement, et en informant l’opinion publique en toute transparence.

Jawad Kerdoudi
Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales)
 

 

Haut de page

Conception, réalisation et régie publicitaire : Enigma Communication. 489, Boulevard Mohammed V, Rabat Tél. - Fax: +212 37 76 47 49
Direction :
Abdallah Bensmain l Chroniques : Youssef Issari l Dr Fayçal Bouhlal l Infographie : Amina Bouabid l
Pour nous contacter :
rabatinfo@menara.ma